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la vérité, première partie: épistémologie

LA VERITE, Première partie

 

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définir et méditer les mots suivants :

Opinion certitude évidence paradoxe mensonge erreur illusion relativisme scepticisme doute dogmatisme tolérance lucidité véracité

 

 

 

Sujets :

Peut-on parler légitimement de vérité personnelle ?

N’y a-t-il que des vérités relatives ?

Chacun peut-il avoir « sa vérité » ?

Peut-on être sûr d’avoir raison ?

 

Faut-il distinguer certitude et vérité ?

La vérité n’est-elle qu’une idée utile ?

 

 Peut-on préférer l’illusion à la vérité ?

 

Problématiques :

 

-          Unicité de la vérité: on parle de « la » vérité (au singulier), on applique donc spontanément le principe de non-contradiction quand il s’agit d’établir la vérité d’une affirmation (une affirmation ne peut pas être vraie et fausse en même temps), mais on admet tout aussi bien que chacun puisse avoir « sa » vérité, son point de vue, et que plusieurs affirmations contradictoires puissent avoir le même « droit » à valoir pour vraies aux yeux de ceux qui les énoncent. Toutes les opinions se valent-elles ?

-          Critères de la vérité : Si l’on répond que la vérité se définit par son unicité, on se demandera alors selon quels critères peut-on distinguer le vrai du faux, et ainsi fonder une science effective.

-          Nature de la vérité : Le problème consistera plus fondamentalement à définir la nature de la vérité : dépend-elle de la chose dont on parle ou du sujet qui l’énonce ? A moins que la vérité soit telle qu’elle se fonde elle-même.

-          Valeur et usage de la vérité : On se questionnera sur la valeur accordée à la vérité : aime-t-on la vérité par amour de la connaissance ? ou parce qu’elle est utile ? faut-il préférer l’illusion, admettre le mensonge ? Quelle valeur peut avoir l’erreur ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

I-                   « A chacun sa vérité » : relativisme et scepticisme vs philosophie

 

Le sens commun accorde volontiers que chacun puisse avoir « sa vérité », que chacun voie les choses à sa façon. On invoque alors la liberté de pensée, la tolérance, un peu comme si la notion de vérité était dictatoriale, dogmatique.

Or on peut se demander si la vérité doit se conjuguer au pluriel, ou au contraire si la multiplicité des vérités ne fait pas perdre au mot « vérité » tout son sens.

 

A-    Relativisme : des vérités multiples

Le premier à avoir théorisé le relativisme total est le sophiste grec Protagoras ( Protagoras d’Abdère, 485 –420 av. J. C.)

La thèse la plus célèbre de Protagoras est que « L’homme est la mesure de toute chose ». Ce qui signifie que chaque homme connaît, perçoit à sa façon. Par exemple, ce qui est doux au goût quand on est bien portant, semblera amer à l’homme malade. Il n’y a effectivement pas de vérité absolue si l’on base nos affirmations sur le ressenti subjectif de chacun.

 « Autant de têtes, autant d’avis », dira ironiquement Spinoza.

 

Si le ressenti de chacun est indéniablement subjectif et singulier, on peut se demander si l’on est cependant en droit d’ériger notre perception des choses au statut de vérité. Si je dis qu’il fait chaud et que vous dites qu’il fait froid, peut-il à la fois faire chaud et froid ? Le relativisme ne rend-il pas impossible la constitution d’un savoir effectif ?

De plus, le relativisme amène une certaine tolérance, mais elle peut s’accompagner d’indifférence et d’absence d’échanges : si chacun pense comme il le « sent », alors pourquoi discuter ?

 

Il nous faut commencer par dénoncer la confusion opinion/vérité. Chacun peut certes avoir un ressenti, une perception, une croyance, une opinion différents des autres, il en a parfaitement le droit. Mais c’est lorsqu’il prétend ériger cette opinion ou ce sentiment au statut de vérité, que les choses se compliquent : il tente alors d’universaliser son ressenti subjectif, ce qui ne va pas de soi.

Il nous faudra alors définir précisément la nature de la vérité, nous y reviendrons plus loin. Nous savons d’ors et déjà qu’il y a une différence fondamentale entre l’opinion qui exprime une perception ou un pré-jugé, et la vérité qui exprime un savoir.

 

B-    Philosophie: La vérité des essences

Contre le relativisme: Platon

Socrate puis Platon se sont opposés aux thèses de Protagoras et des sophistes : le sophisme met en question la possibilité même de constituer un savoir.

Revoir les bases de la philosophie de Platon et l’essentialisme:

FICHE wiki :

Dans la République2, Platon mentionne que l’opinion regroupe deux types de connaissances : la croyance et l’illusion. Dans ces deux cas, nos opinions peuvent être influencées par notre milieu social, notre caractère affectif et nos préjugés. Dans l’allégorie de la caverne, l’opinion est représentée par les ombres projetées au fond de la caverne et qui maintiennent les esclaves dans leur « prison ». Toujours pour Platon, l’opinion s’oppose à la science, c’est-à-dire la connaissance

Platon voyait l’essence comme idée2. Les  choses sensibles sont des copies ou des imitations imparfaites des idées. Les idées sont des modèles. Les idées sont pures et éternelles, sont séparées du monde des sens, et sont la réalité authentique.

Les philosophes réalistes croyaient que l’essence était séparée des choses, qu’elle les déterminait. Par exemple, l’idée de la beauté, en ce qui concerne les belles choses. Platon est un réaliste3 (ou un idéaliste objectif) : ce réalisme métaphysique consiste à soutenir la thèse de l’existence de formes ou d’archétypes extérieurs et indépendants de nous, archétypes qui servent de modèles aux choses du monde sensible, au devenir. Ce sont ces archétypes qui constituent la réalité de toutes choses, leur essence par quoi nous pouvons les penser, permettant ainsi à la science et la philosophie, d’avoir une assise immuable. La réalité des choses sensibles, est inférieure. Les choses du monde sensible, en perpétuel devenir, participent à ces archétypes ou formes, dont elles reçoivent le nom4. L’image est un peu celle d’un moule et des beignets qu’il fabriquerait et dont la similitude suggérerait l’existence

Voir aussi : http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Platon/138416

NB : bon nombre de sujets sur la vérité peuvent être traités en se basant sur Platon !

Platon:  Seule la connaissance des essences peut nous permettre de formuler des idées vraies.

 

C-    Scepticisme : aucune certitude n’est possible

Les dialogues de Platon ont amenés certains penseurs ultérieurs à adopter cette position: la connaissance des essences est impossible à atteindre pour l’homme (comment un mortel pourrait-il concevoir ce qui est éternel? Il est dans la temporalité, le mouvant, donc il ne peut concevoir que des opinions incertaines). Comme le disait déjà Démocrite, « la vérité est au fond du puits ».

Contrairement au relativisme qui admet encore qu’une vérité soit possible bien qu’elle ne soit pas universelle mais à la mesure d’un seul individu, le scepticisme pose quant à lui, plus logiquement l’impossibilité définitive pour la pensée humaine d’obtenir aucune certitude.

Le sceptique le plus célèbre était un grec dénommé Pyrrhon (Pyrrhon d’Elis, 360 – 270 av. J.C.) Le scepticisme qu’il pratiquait était une méthode pour atteindre l’ataraxie. La méthode consistait dans la réfutation systématique, jusqu’à ce que toutes les opinions soient détruites.

Le sage n’aura donc aucune opinion sur rien. En effet, dans la suite du sophisme, les débats sans fin ne démontrent qu’une seule chose : il est possible de soutenir des opinions contradictoires et de les tenir également pour vraies.

Les choses sont toutes sans différence entre elles, également incertaines et indiscernables. Aussi nos sensations et nos jugements ne nous apprennent-ils ni le vrai ni le faux. Par suite, nous ne devons nous fier ni aux sens, ni à la raison, mais demeurer sans opinion, sans incliner ni d’un côté ni de l’autre, impassibles. Quelle que soit la chose dont il s’agisse, nous dirons qu’il faut l’affirmer et la nier à la fois, ou bien qu’il ne faut ni l’affirmer ni la nier.

« Peut-être, peut-être pas », « je suspends mon assentiment », voilà les expressions du scepticisme.

Objections :

Le scepticisme radical est une position difficile à tenir réellement car la simple survie exige que l’on croie à ce qu‘on voit, à ce que l’expérience nous apprend, mais aussi à la vérité de certains principes.

-> Nécessité d’une élucidation de la notion de vérité. Il faut chercher la vérité, mais la tâche de la philosophie sera d’abord de cerner davantage la nature même des idées vraies.

 

II-                Nature de la vérité

 

Qu’appelle-t-on « vérité » ?

 

A-    La vérité qualifie un jugement

a)      Le sens commun : la vérité c’est la réalité

On croit souvent que la vérité c’est la réalité elle-même. C’est ainsi que Bossuet nous dit : « Le vrai est ce qui est. Le faux est ce qui n’est pas »  Logique, L1, chap XIV.

Ainsi la vérité, nous pensons l’avoir sous nos yeux. Elle serait de l’ordre de la plus simple objectivité, dans l’objet qui se présente à nous.

Si je dis d’un métal que c’est de l’or et que je me trompe, est-ce le métal qui est faux ? Ou ce que j’en dis ? La vérité ne serait pas dans les choses, mais dans les mots qui portent un jugement sur les choses.

Donc : Le réel n’est pas vrai, il est réel ; les choses ne sont pas « vraies », elles existent.

 

b)      La vérité est une correspondance entre la chose et la pensée.

Ainsi Thomas dira : « la vérité est l’adéquation de l’intellect et de la chose. »

La vérité apparaît donc comme la correspondance d’une pensée et d’un objet. La vérité est vérité d’une affirmation, d’une proposition, dans son rapport adéquat au réel.

La question de la vérité concerne donc non pas seulement le réel, mais la pensée, et le sujet qui la pense.

 

Le vrai et le faux sont des valeurs attachées au jugement que l’on énonce.

Exemple: soi le jugement  » le livre est sur la table. « J’attache » la valeur « vrai » à l’énoncé: il est vrai que le livre est sur la table.

Les adjectifs « vrai » ou « faux » ne doivent donc pas en toute rigueur être appliqués à des choses, mais ils doivent qualifier (être attachés à) une affirmation, un jugement.

Aristote disait bien que « La vérité et l’erreur ne sont pas dans les choses, mais dans la pensée ».

 

B-    Vérité de fait et vérité de raison

 

Les choses se compliquent : la vérité met en relation les faits et la pensée. Mais sur laquelle de ces instances peut-on la fonder ? Laquelle est la plus solide ? Laquelle détermine l’autre? La vérité est déterminée en dernière instance  par le réel, ou bien par la forme même de la pensée? La vérité est-elle ce qui est réel, ou ce qui est logique?

 

a)      Vérité de fait

La vérité de fait (ou matérielle) rend compte d’un seul fait précis (aujourd’hui il fait beau…) C’est une vérité factuelle (concernant des faits précis, situés dans le temps et dans l’espace). Les vérités de fait sont basées sur l’expérience et nous sont accessibles par nos sens.

-          Problème de la vérité de la perception : On croit pouvoir facilement vérifier ce type de vérité. On aurait alors raison dire « je crois ce que je vois », et de baser notre jugement sur nos sens. Cependant cette belle assurance est trompeuse : comment puis-je vérifier que ma perception est bien conforme à la réalité ? Revoir le cours sur la perception : ce que je perçois rouge est-il bien rouge ? Lorsque je dis qu’une chose est rouge et qu’autrui est d’accord avec mon jugement, puis-je savoir qu’il perçoit exactement la même sensation que moi ? Etc. Risque de relativisme.

 

-          Le problème de la nature de la vérité se pose d’autant plus lorsque la vérité passe sur le plan d’une vérité générale, dès que l’on veut énoncer une règle générale concernant les faits. En effet, une vérité factuelle ne constitue pas un savoir au sens fort. On parlera d’une vérité générale lorsqu’il s’agit d’englober un ensemble de faits similaires sous un concept ou sous une théorie : lois de la physique, telle que les théories de la gravitation, de la relativité, de l’inertie, etc.

Pour qu’une connaissance devienne un savoir, une théorie scientifique, il faut donc qu’elle passe de la singularité du fait à la généralité du concept ou de la loi. Or une généralité ne « copie » rien. Voir plus loin le texte de Bergson

D’où le problème : comment garantir l’adéquation de la pensée et de la chose », lorsque les choses sont singulières et que la vérité est générale ?

Le critère de l’adéquation de la chose et de l’intellect n’est pas suffisant.

De plus, on se souvient du platonisme: qu’il n’y a de science que des essences, or les faits sont contingents.

 

b)     Vérités de raison

La vérité de raison, ou vérité formelle, reposant sur la logique, est celle qui semble présenter le plus grand degré de certitude, puisqu’elle repose sur la démonstration et concerne non pas le domaine de la contingence (faits, généralités) mais celui de la nécessité (lois invariables) (revoir cours sur la démonstration et sur théorie et expérience).La forme logique du discours permet d’en assurer la cohérence et d’en valider la conclusion. La démonstration met donc tout le monde d’accord. La vérité formelle est unique, elle convainc tous les esprits en se basant sur l’universalité supposée du fonctionnement de la raison. Elle est nécessaire, il ne peut en être autrement.

De plus, elle ne se fonde pas sur les sens dont on sait qu’ils peuvent nous tromper (on se souvient du mythe de la Caverne dans la République de Platon par exemple). Pour Descartes comme pour Platon, les sens nous conduisent aux préjugés. Nous devons nous détourner du monde sensible et des opinions qu’il induit, pour accéder au niveau intelligible (qu’on se souvienne par exemple de la difficulté des contemporains de Galilée à concevoir que la Terre n’était pas plate : leurs yeux – et la Bible – disaient le contraire).

TEXTE LEIBNIZ

Il nait une question, si toutes les vérités dépendent de l’expérience, c’est-a-dire de l’induction et des exemples, ou s’il y en a qui ont encore un autre fondement. Car si quelques événements se peuvent prévoir avant toute épreuve qu’on en ait faite, il est manifeste que nous y contribuons quelque chose de notre part. Les sens, quoique nécessaires pour toutes nos connaissances actuelles, ne sont point suffisants pour nous les donner toutes, puisque les sens ne donnent jamais que des exemples, c’est-a-dire des vérités particulières ou individuelles. Or tous les exemples qui confirment une vérité générale, de quelque nombre qu’ils soient, ne suffisent pas pour établir la nécessite universelle de cette même vérité, car il ne suit pas que ce qui est arrivé arrivera de même. Par exemple les Grecs et les Romains et tous les autres peuples ont toujours remarqué qu’avant le décours de 24 heures, le jour se change en nuit, et la nuit en jour. Mais on se serait trompé si l’on avait cru que la même règle s’observe partout ailleurs, puisque depuis on a expérimenté le contraire dans le séjour de Nova Zembla[1]. Et celui-là se tromperait encore qui croirait que, dans nos climats du moins, c’est une vérité nécessaire et éternelle qui durera toujours, puisqu’on doit juger que la terre et le soleil même n’existent pas nécessairement, et qu’il y aura peut-être un temps ou ce bel astre ne sera plus, au moins dans la présente forme, ni tout son système. D’où il parait que les vérités nécessaires, telles qu’on les trouve dans les mathématiques pures et particulièrement dans l’arithmétique et dans la géométrie, doivent avoir des principes dont la preuve ne dépende point des exemples, ni par conséquent du témoignage des sens, quoique sans les sens on ne se serait jamais avisé d’y penser. C’est ce qu’il faut bien distinguer, et c’est ce qu’Euclide a si bien compris, qu’il démontre souvent par la raison ce qui se voit assez par l’expérience et par les images sensibles.       

Leibniz, Nouveaux essais sur l’entendement humain (1704),

[1] Archipel de l’Océan Glacial Arctique.

 

 

 

Tous les objets de la raison humaine ou de nos recherches peuvent se diviser en deux genres, à savoir les relations d’idées et les faits. Du premier genre sont les sciences de la géométrie, de l’algèbre et de l’arithmétique et, en bref, toute affirmation qui est intuitivement ou démonstrativement certaine. Le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux côtés de l’angle droit, cette proposition exprime une relation entre ces figures. Trois fois cinq est égal à la moitié de trente exprime une relation entre ces nombres. Les propositions de ce genre, on peut les découvrir par la seule opération de la pensée, sans dépendre de rien de ce qui existe dans l’univers. Même s’il n’y avait jamais eu de cercle ou de triangle dans la nature, les vérités démontrées par Euclide conserveraient pour toujours leur certitude et leur évidence. Les faits, qui sont les seconds objets de la raison humaine, on ne les établit pas de la même manière ; et l’évidence de leur vérité, aussi grande qu’elle soit, n’est pas d’une nature semblable à la précédente. Le contraire d’un fait quelconque est toujours possible, car il n’implique pas contradiction et l’esprit le conçoit aussi facilement et aussi distinctement que s’il concordait pleinement avec la réalité. Le Soleil ne se lèvera pas demain, cette proposition n’est pas moins intelligible et elle n’implique pas plus contradiction que l’affirmation : il se lèvera. Nous tenterions donc en vain d’en démontrer la fausseté. Si elle était démonstrativement fausse, elle impliquerait contradiction et l’esprit ne pourrait jamais la concevoir distinctement.

David HUME

 

Ces textes semblent bien privilégier la raison comme fondement de la vérité. Les sens sont incertains, seule la raison peut nous procurer une certitude.

Mais peut-on se fier au sentiment de certitude que nous éprouvons subjectivement lorsque nous raisonnons? La certitude est-elle un critère suffisant pour établir la  vérité ? Ne pouvons-nous pas nous tromper en raisonnant, et être certains d’avoir trouvé le vrai tout en étant dans l’erreur? Tous les élèves de classes de mathématiques savent de quoi nous parlons ici…

 

III- Critères de la vérité ?

 

Ce sont nos affirmations qui sont vraies ou fausses, mais comment le vérifier ? Suffit-il d’éprouver une certitude pour être dans le vrai ? La certitude est-elle un critère de l’idée vraie ? Comment discerner entre une simple opinion subjectivement certaine, et une véritable idée de la raison ?

Existe-t-il un critère qui permette de différencier un discours vrai d’un discours faux? Et si ce critère n’existe pas, cela nous reconduit-il fatalement au scepticisme ?

 

La certitude est l’état d’esprit de celui qui se pense en possession de la vérité. Mais cet état d’esprit est d’autant plus intense que la personne qui l’éprouve est ignorante ! Mon sentiment de certitude peut découler de mon aveuglement. Il faut dégager un autre critère, moins subjectif.

 

 

A-    Descartes : l’évidence comme critère du vrai

 

Si le sentiment de certitude est peu fiable, cherchons un autre critère. Lorsqu’il nous arrive de douter de la vérité d’une idée, nous questionnons assez naturellement les autres. L’opinion d’autrui doit confirmer ou infirmer la mienne. Lorsque je veux être sûr d’avoir raison,lorsque je n’en crois pas mes yeux,  j’interroge ceux du voisin. Le critère de la vérité serait l’accord des esprits.

Qu’est-ce que cela signifie? Quand on questionne les autres, on présuppose implicitement que la vérité est la même pour moi et pour autrui, donc unique. C’est en creusant ce caractère d’unicité de la vérité que Descartes dégagera le critère de l’évidence, qui englobe alors l’unicité et l’universalité de la notion de vérité.

 

a)      L’unicité de la vérité

 

« Dans les sciences, en effet, il n’y a peut-être pas une question, sur laquelle les savants n’aient été souvent en désaccord. Or, chaque fois que sur le même sujet deux d’entre eux sont d’un avis différent, il est certain que l’un des deux au moins se trompe ; et même aucun d’eux, semble-t-il, ne possède la science : car, si les raisons de l’un étaient certaines et évidentes, il pourrait les exposer à l’autre de telle manière qu’il finirait par le convaincre à son tour

« Nous voyons donc que, sur tout ce qui ne donne lieu qu’à des opinions probables, il est impossible d’acquérir une connaissance parfaite, parce que nous ne pouvons sans présomption espérer de nous-mêmes plus que les autres n’ont fait, en sorte que, si notre raisonnement est juste, il ne reste de toutes les sciences déjà connues que l’arithmétique et la géométrie, auxquelles l’observation de cette règle nous ramène. »

Descartes, Règles pour la direction de l’esprit

Descartes affirme ici le présupposé de l’unicité de la vérité : si deux esprits dotés de raison ne parviennent pas à tomber d’accord, c’est qu’aucun des deux ne possède la vérité. En même temps il affirme l’universalité de la raison : « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ».

La seule chose que l’on puisse établir, c’est que le désaccord, et donc la multiplicité des « vérités », est un indice qui parle en faveur de l’absence de vérité, la vérité étant à même de convaincre tous les hommes capables de raisonner. Descartes réserve la notion de vérité aux mathématiques, modèle de toute vérité.

Mais si l’unicité de la vérité est un caractère de la vérité, ce n’est pourtant pas un critère: la vérité est unique, mais tout ce qui est unique n’est pas vrai. Le dogmatisme découle d’ailleurs d’une erreur logqiue de ce type: la vérité étant unique, il faut imposer une opinion unique à tous et cette opinion deviendra vraie… lamentable erreur, dans laquelle nous nous garderons bien de tomber.

 

b)     Nécessité d’une méthode

 

Quelle est la source de nos erreurs ?

Si nous sommes dotés de raison, comment se fait-il que nous nous trompions si souvent ? La raison serait-elle faillible tout autant que nos sens ?

Descartes: Si nous ne parvenons cependant pas à voir clairement la vérité, si nous nous trompons parfois, cela est dû à notre précipitation : nous pré-jugeons au lieu de juger. Notre volonté va plus vite que notre entendement, nous adhérons trop vite à ce que nos sens nous présentent, nous acceptons pour vrai ce que nous n’avons pas suffisamment analysé.

Nous devons donc nous munir d’une méthode fiable, qui puisse nous éviter de juger trop superficiellement et trop hâtivement. Et cette méthode doit être simple pour convenir à tous.

Dans Le Discours de la Méthode, Descartes explique cette méthode selon quatre préceptes :

 

« Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être telle : c’est-à-dire, d’éviter soigneusement la précipitation et la prévention ; et de ne comprendre rien de plus en mes jugements, que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute.

Le second, de diviser chacune des difficultés que j’examinerais, en autant de parcelles qu’il se pourrait, et qu’il serait requis pour les mieux résoudre.

Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu, comme par degrés, jusqu’à la connaissance des plus composés ; et supposant même de l’ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres.

Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers, et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre. »

Descartes, Règles pour la direction de l’esprit

 

Premier précepte : L’EVIDENCE : c’est l’idée claire et distincte (du latin videre, voir »)

L’évidence est saisie dans un acte d’intuition rationnelle.

Second : L’ANALYSE

Troisieme : LA SYNTHESE

Quatrieme : LE DENOMBREMENT

 

 

NB : La mathématique, le passage par le nombre et la mesure, sont pour Descartes le meilleur moyen d’établir une connaissance vraie. Cela ne signifie nullement qu’il n’y ait de savoir qu’abstrait, sans rapport avec le réel ! Cela signifie simplement que le savoir, pour être scientifique, doit s’armer des outils mathématiques, seuls à même d’objectiver les savoirs (le bâton paraît rompu dans l’eau, l’étude de la géométrie rend compte de la diffraction et fait disparaître le trouble de la pensée ).

 

c)      Le doute comme étape nécessaire

Descartes nous conseille « de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être telle ». On ne retient que ce qui est clair, et on écarte tout ce qui est douteux, confus, obscure, indistinct.

Il nous dit aussi  « de ne comprendre rien de plus en mes jugements, que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute ». Autrement dit, l’évidence serait ce qui résiste au doute. Elle se distinguerait de la certitude par le fait que l’évidence surgit au terme d’une analyse scrupuleuse des énoncés et de leur fondementL’épreuve du doute est  implicite, mais décisive.

C’est l’évidence pleine et entière qui devra fonder la certitude et l’adhésion.

On définira l’évidence comme une idée claire et distincte, contraire au doute. Le doute est une idée indistincte, confuse, contradictoire. L’évidence entraine l’adhésion, mais une adhésion pleine et entière.

Penser, ce serait commencer par douter, l’adhésion sans réflexion sera donc à proscrire. On cerne un peu mieux la différence entre une certitude « précipitée » et une évidence qui saute enfin aux yeux (il aura fallu analyser avant)

 

Descartes nous apprend donc que pour accéder à la vérité il faut user de son bon sens ou de sa raison seule, sans se fier au jugement d’autrui, ni à l’autorité des « maîtres » et des « savants », et surtout sans se fier à notre sensibilité qui nous conduit trop souvent à préjuger.

 La raison est la Lumière qui nous permet de voir clairement où se trouve la vérité. Si nous tombons d’accord avec les autres, et avec nous-mêmes, c’est par notre jugement propre et non en nous conformant à l’opinion d’autrui. 

Le critère de la vérité réside dans la connaissance claire et distincte, autrement dit dans l’évidence intellectuelle.

 

B-    Spinoza : La vérité est « norme d’elle-même est du faux » : index sui

 

Spinoza va radicaliser la thèse de Descartes. En effet, Descartes restait attaché à la définition scolastique de l’adéquation entre l’idée et la chose, donc l’adéquation de la pensée à un réel situé à l’extérieur d’elle, et garantie par la véracité de Dieu.

La notion d’évidence pourtant comportait l’idée une adéquation interne de la pensée à elle-même, qu’il reviendra à Spinoza de mettre en lumière.

« Qui a une idée vraie sait en même temps qu’il a une idée vraie et ne peut douter de la vérité de sa connaissance. […]

Car nul, ayant une idée vraie, n’ignore que l’idée vraie enveloppe la plus haute certitude; avoir une idée vraie, en effet, ne signifie rien, sinon connaître une chose parfaitement ou le mieux possible; et certes personne ne peut en douter, à moins de croire que l’idée est quelque chose de muet comme une peinture sur un panneau et non un mode de penser, savoir l’acte même de connaître; et, je le demande, qui peut savoir qu’il connaît une chose, s’il ne connaît auparavant la chose? c’est-à-dire qui peut savoir qu’il est certain d’une chose, s’il n’est auparavant certain de cette chose ? D’autre part, que peut-il y avoir de plus clair et de plus certain que l’idée vraie, qui soit norme de vérité’? Certes, comme la lumière se fait connaître elle-même et fait connaître les ténèbres, la vérité est norme d’elle-même et du faux. Par là je crois avoir répondu aux questions suivantes, savoir: si une idée vraie, en tant qu’elle est dite seulement s’accorder avec ce dont elle est l’idée, se distingue d’une fausse; une idée vraie ne contient donc aucune réalité ou perfection de plus qu’une fausse (puisqu’elles se distinguent seulement par une dénomination extrinsèque), et conséquemment un homme qui a des idées vraies ne l’emporte en rien sur celui qui en a seulement de fausses? Puis d’où vient que les hommes ont des idées fausses? Et, enfin, d’où quelqu’un peut-il savoir avec certitude qu’il a des idées qui conviennent à leurs objets? À ces questions, dis-je, je pense avoir déjà répondu. Quant à la différence, en effet, qui est entre l’idée vraie et la fausse, il est établi par la Proposition 35′ qu’il y a entre elles deux la même relation qu’entre l’être et le non-être. […]

Par là apparaît aussi quelle différence est entre un homme qui a des idées vraies et un homme qui n’en a que de fausses. Quant à la dernière question enfin : d’où un homme peut savoir qu’il a une idée qui convient avec son objet, je viens de montrer suffisamment et surabondamment que cela provient uniquement de ce qu’il a une idée qui convient avec son objet, c’est-à-dire de ce que la vérité est norme d’elle-même. Ajoutez que notre Âme, en tant qu’elle perçoit les choses vraiment, est une partie de l’entendement infini de Dieu […] et qu’il est donc aussi nécessaire que les idées claires et distinctes de l’Âme soient vraies, que cela est nécessaire des idées de Dieu ».
Baruch Spinoza, Éthique (1677)
1. Spinoza fait de l’évidence un critère de la vérité. Est évident, au sens propre (du latin videre, a voir »), ce qui ne peut pas ne pas être vu, ce qui s’impose par sa totale clarté.

2. « La fausseté consiste dans une privation de connaissance qu’enveloppent les idées inadéquates, c’est-à-dire mutilées et confuses.

Spinoza repart de Descartes pour dégager les propriétés d’une idée vraie : unicité, nécessité, clarté, distinction et complétude. Une idée certaine est une idée qui, intrinsèquement, c’est-à-dire sans qu’il soit nécessaire de la confronter à un objet extérieur à elle, possède les propriétés d’une idée vraie.

Donc une idée vraie n’est pas une idée « conforme au réel », elle est vraie en elle-même : veritas index sui.

L’idée vraie est une idée adéquate : claire, distincte, la seule possible, complète, nécessaire, auto-suffisante :

Par exemple, l’affirmation « tous les corps sont soit en mouvement, soit au repos » . Si on se limitait aux sens, on ne pourrait jamais être certain de sa validité réelle, car ils ne nous permettent pas de connaître tous les corps. Mais c’est une idée adéquate parce qu’elle est unique et nécessaire : il n’y a pas d’autre façon possible de concevoir l’état des corps, soit le mouvement, soit le repos, il ne peut pas en être autrement, on ne peut en concevoir d’autre (qui ne se ramène pas d’une façon ou d’une autre à l’une de ces deux possibilités). Cette affirmation est claire et distincte parce qu’on ne peut la confondre avec une autre affirmation, puisqu’elle est la seule possible. Ensuite, cette idée se suffit à elle-même, elle est complète puisqu’il n’y a pas d’autre façon possible de concevoir l’état des corps. Cette idée adéquate a donc toutes les propriétés de ce que serait une idée vraie sur l’état possible des corps : on peut donc être certain que cette évidence est non seulement conforme aux propriétés d’une idée vraie, mais également conforme à la réalité elle-même.

L’idée vraie est donc une « narration mentale » de la nature. La pensée reconstruit la réalité de manière adéquate et cohérente. Les idées en effet ne sont rien d’autre que des histoires mentales de la nature (Ideae enim nihil aliud sunt, quam narra-tiones sive historiae naturae mentales). »

Pour Spinoza, l’ordre universel objectif des choses se reflète ou s’exprime entièrement dans l’ordre subjectif de nos idées rationnelles.

 

FICHE: SPINOZA

Les trois genres 
de connaissance


Pour Spinoza, les connaissances se répartissent en trois catégories.


• Les connaissances du premier genrecorrespondent à la perception sensible (je vois, j’entends, je ressens), aux opinions courantes (connaissances acquises par « ouï-dire », nous dit Spinoza) et à l’expérience. Ces connaissances sont partielles et douteuses car nos sens nous trompent parfois, les opinions sont diverses et contradictoires, et l’expérience de la vie est relative à chacun.


• La connaissance du deuxième genre nous est donnée par la raison. Elle s’exerce en mathématique, par exemple. Ce savoir est objectif, universel et affranchi des passions. Mais il ne nous donne qu’une connaissance abstraite et désincarnée du monde, telle qu’on la trouve dans la physique galiléenne de l’époque.


• La connaissance du troisième genre est celle que peut acquérir le philosophe. C’est une sorte de perception globale et intuitive, obtenue au terme d’un long cheminement intellectuel. Elle permet de percevoir les choses dans leurs relations, leur développement, leur unité. Cette vision synthétique ou « holiste » du monde est censée procurer sérénité et béatitude. À ce moment, le philosophe vit une sorte de communion avec Dieu et la nature (pour Spinoza, « Deus, sive natura » : Dieu et la Nature sont une et même chose).


 

La solution spinoziste est convaincante, mais elle repose sur un parti pris métaphysique que l’on peut ne pas partager : le présupposé selon lequel l’ordre de la nature est similaire à l’ordre des idées. Pour Spinoza, l’ordre de la Nature est prédéterminé, il est Dieu (« Dieu, autrement dit la Nature). Ce présupposé métaphysique reste invérifiable. Au contraire, la science moderne tend à montrer que la nature est  plutôt régie par le hasard, plutôt contingente, et nos idées apparaissent plutôt comme des tentatives maladroites et sans garantie d’objectivité totale, de projeter un ordre sur un univers dont nous ne sommes plus certains qu’il soit absolument ordonné.

Il reste que Spinoza a sans doute mis en lumière la nature de la vérité mieux que ses prédécesseurs : la vérité est une reconstruction par l’esprit d’une idée adéquate et complète, qui exprime par sa structure le même ordre que la Nature elle-même.

 

 

C-    Le pragmatisme : le critère de la vérité est l’efficacité

 

Si l’ordre de la Nature est une idée que la science ne tient plus aujourd’hui pour acquise, la notion de vérité semble avoir perdu son aura magique. La démarche scientifique ne pose plus que des probabilités, des théories indéfiniment rectifiables, de plus en plus complexes, dont la valeur scientifique réside dans la réfutabilité, et la valeur pratique dans l’efficacité qu’elles déploient. Finalement, on pourrait admettre avec les pragmatistes que la vérité se définit par l’avantage qu’elle nous procure, l’efficacité qu’elle nous permet d’acquérir. La vérité pour nos contemporains, c’est seulement une idée qui marche, qui nous permet de maîtriser le réel ou tout au moins de parvenir à nos fins.

William James « « le vrai » consiste tout simplement dans ce qui est avantageux pour notre pensée ». Le pragmatisme

Objection : La vérité n’est-elle pas plutôt ce qui bouleverse l’esprit et le conduit à remanier des conceptions anciennes qui pourtant « étaient avantageuses pour la pensée »? (revoir cours sur théorie et expérience : les révolutions scientifiques, et les obstacles épistémologiques)

 

 

IV-             Reconstruire la vérité

On retrouvera ici la valeur du questionnement, du paradoxe et de la crise qu’il induit dans la pensée, comme nature et critère de la vérité: surgissement, éclair, révélation, la vérité est ce qui dérange. Une vérité « reçue » est une vérité morte, elle tombe dans le domaine de l’opinion et doit être à questionnée à nouveaux frais pour que d’elle se dévoile à nouveau quelque chose.

A-    L’erreur, obstacle ou chemin vers la vérité ?

a) Les obstacles épistémologiques, Bachelard:

On a dit souvent qu’une hypothèse scientifique qui ne peut se heurter à aucune contradiction n’est pas loin d’être une hypothèse inutile. De même, une expérience qui ne rectifie aucune erreur, qui est platement vraie, sans débat, à quoi sert-elle ? Une expérience scientifique est alors une expérience qui contredit l’expérience commune. D’ailleurs, l’expérience immédiate et usuelle garde toujours une sorte de caractère tautologique, elle se développe dans le règne des mots et des définitions ; elle manque précisément de cette perspective d’erreurs rectifiées qui caractérise, à notre avis, la pensée scientifique. (…)

 

b) Les changements de paradigmes, Thomas Kuhn

(revoir théorie et expérience)

 

c) Déduire le vrai du faux

C’est une maladie naturelle à l’homme de croire qu’il possède la vérité directement ; et de là vient qu’il est toujours disposé à nier tout ce qui lui est incompréhensible ; au lieu qu’en effet il ne connaît naturellement que le mensonge, et qu‘il ne doit prendre pour véritables que les choses dont le contraire lui paraît faux. Et c’est pourquoi, toutes les fois qu’une proposition est inconcevable, il faut en suspendre le jugement et ne pas la nier à cette marque, mais en examiner le contraire ; et si on le trouve manifestement faux, on peut hardiment affirmer la première, tout incompréhensible qu’elle est.

Pascal, Opuscule sur l’esprit de géométrie, Section I

 

 

B-    Les théories scientifiques ne sont pas prouvées, mais elles sont réfutables

 

Habituellement, on juge qu’une théorie est scientifique parce qu’elle est vérifiable. Or, pour Popper, ce qui définit la scientificité d’une proposition, ce n’est pas la vérification, mais sa capacité à affronter des tests qui pourraient l’infirmer, la rendre fausse ou « falsifiable ».

Prenons par exemple la formule « tous les cygnes sont blancs ». Cette proposition est une hypothèse tirée de l’expérience. Elle ne peut pas être prouvée. En effet, il est matériellement impossible de vérifier que tous les cygnes de la Terre sont blancs. L’hypothèse est en revanche « falsifiable » en principe, puisqu’il suffit de trouver un contre-exemple pour réfuter la théorie. La thèse « tous les cygnes sont blancs » n’est jamais prouvée mais reste valide tant qu’on ne trouve pas de contre-exemple.

 

« J’en arrivais à cette conclusion que l’attitude scientifique était l’attitude critique. Elle ne recherchait pas des vérifications mais des expériences cruciales. Ces expériences pouvaient réfuter la théorie soumise à l’examen, jamais elles ne pourraient l’établir. » Karl Popper

 

 

Conjecture et réfutation

On ne prouve jamais la vérité absolue d’une théorie mais on peut juger de sa plus ou moins grande fiabilité face à des expériences critiques.

Une bonne théorie, comme l’est la théorie de la relativité, n’est qu’une hypothèse (ou « conjecture ») qui a su résister à certaines expériences critiques. Il n’y a donc pas de différences de nature entre hypothèses et théories ; la science progresse par « essais et par erreurs », par critiques successives des théories antérieures, par « conjectures et réfutations ».

Pour Popper, le propre de la science réside dans sa capacité à se corriger elle-même et non dans le fait de proposer des vérités définitives.

 

Toute vérité scientifique n’est donc qu’une erreur en sursis : vérités provisoires, mouvantes, qui semblent s’éloigner de l’idéal d’une vérité unique et nécessaire.

 

C-    la vérité (supposée unique et objective) est un présupposé nécessaire à toute énonciation

a) la vérité comme absence

« Nous avons une impuissance de prouver, invincible à tout le dogmatisme. Nous avons une idée de la vérité invincible à tout le Pyrrhonisme.» Pascal, Pensées

 

Pascal veut dire que le dogmatisme ne peut vaincre notre impossibilité de prouver quoi que ce soit. En somme, les sceptiques ont raison ; cependant, nous avons une idée de la vérité, malgré le scepticisme (pyrrhonisme), et cette idée resurgit quoi qu’en disent les sceptiques, et quelque soit la force de leurs raisonnements.

 

Platon se demandait déjà comment on pouvait chercher la vérité sans la connaître. Savoir que l’on ne sait pas ne conduit cependant pas au scepticisme ni au relativisme, puisque c’est au contraire le moteur de toute recherche.

En somme, la vérité brille par son absence, mais c’est de la connaissance de ce manque que surgit le désir de la chercher.

 

 

b) La vérité se présuppose elle-même.

Comme l’a montré le logicien Frege, la vérité se présuppose toujours elle-même, quelle que soit la définition que j’en donne : que je définisse la vérité comme adéquation, comme cohérence logique de la proposition ou comme intuition certaine, je présuppose déjà le « sens » de la vérité. Cette circularité ne rend pas la vérité nulle et non avenue, mais invite plutôt à remarquer le paradoxe : la vérité se précède toujours elle-même.

On comprend ici que toute énonciation a pour présupposé la possibilité de la vérité. Sans ce présupposé selon lequel une vérité est possible, nous ne pourrions tout simplement pas parler !

 

c) la vérité comme dévoilement

Heidegger

 

Conclusion :

Eléments de réponse possibles:

 

è . La vérité dans son unicité est l’horizon sans lequel  aucun de nos énoncés, aucune de nos opinions ne pourraient avoir de sens. Elle est même le présupposé de tout mensonge !

è Je dois supposer que la vérité existe et qu’elle est la même pour tous, pour formuler une idée, tout en admettant que moi ou les autres puissent faire erreur. Je ne pourrai jamais dire ou penser autre chose qu’une simple opinion provisoire et seulement probable, tout en visant l’universalité.

L’éthique de la vérité réside alors dans le fait de toujours chercher à se rapprocher de la vérité, et donc de l’universalité, par les moyens dont dispose la raison (doute, critique, questionnement, expérience, logique, méthode,  accord avec autrui) tout en gardant à l’esprit que la vérité est un horizon supposé, mais jamais atteint.

è La vérité ne peut pas être imposée par les autres ; il faut la chercher par soi-même. Mais on ne peut la chercher tout seul : c’est autrui qui nous met en chemin (Socrate). Nécessité du doute, du paradoxe.

- La vérité présuppose sans pouvoir le prouver un parallélisme entre la raison et le réel, l’un reflétant l’autre, l’un mettant l’autre en forme. De même qu’un axiome est un présupposé dont la mathématique a besoin mais qu’elle ne peut fonder, la vérité a besoin de se fier à la correspondance entre la raison et le réel mais ne peut vérifier ce présupposé.

è La liberté de pensée ne s’oppose pas à l’unicité de la vérité : c’est parce que le sujet conscient est doté de raison qu’il peut reconnaître par lui-même la vérité, rectifier ses erreurs. Rôle du dialogue dans la recherche de la vérité. : la vérité n’est ni la raison du plus fort ni la raison de la majorité. La vérité fonctionne dialectiquement avec ses « autres »: l’erreur, le mensonge, le doute, et ne peut en être séparée sans tomber dans le dogmatisme. Finalement, le lieu du dévoilement de la vérité serait peut-être le paradoxe…

TEXTES:

Qu’est-ce qu’un jugement vrai ? Nous appelons vraie l’affirmation qui concorde avec la réalité. Mais en quoi peut consister cette concordance? Nous aimons à y voir quelque chose comme la ressemblance du portrait au modèle : l’affirmation vraie serait celle qui copierait la réalité. Réfléchissons-y cependant : nous verrons que c’est seulement dans des cas rares, exceptionnels, que cette définition du vrai trouve son application. Ce qui est réel, c’est tel ou tel fait déterminé s’accomplissant en tel ou tel point de l’espace et du temps, c’est du singulier, c’est du changeant. Au contraire, la plupart de nos affirmations sont générales et impliquent une certaine stabilité de leur objet. Prenons une vérité aussi voisine que possible de l’expérience, celle-ci par exemple : « la chaleur dilate les corps ». De quoi pourrait-elle bien être la copie ? Il est possible, en un certain sens, de copier la dilatation d’un corps déterminé à des moments déterminés, en la photographiant dans ses diverses phases. Même, par métaphore, je puis encore dire que l’affirmation «cette barre de fer se dilate » est la copie de ce qui se passe quand j’assiste à la dilatation de la barre de fer. Mais une vérité qui s’applique à tous les corps, sans concerner spécialement aucun de ceux que j’ai vus, ne copie rien, ne reproduit rien.

Henri Bergson, La pensée et le mouvant

 

 

« Dans les sciences, en effet, il n’y a peut-être pas une question, sur laquelle les savants n’aient été souvent en désaccord. Or, chaque fois que sur le même sujet deux d’entre eux sont d’un avis différent, il est certain que l’un des deux au moins se trompe ; et même aucun d’eux, semble-t-il, ne possède la science : car, si les raisons de l’un étaient certaines et évidentes, il pourrait les exposer à l’autre de telle manière qu’il finirait par le convaincre à son tour. Nous voyons donc que, sur tout ce qui ne donne lieu qu’à des opinions probables, il est impossible d’acquérir une connaissance parfaite, parce que nous ne pouvons sans présomption espérer de nous-mêmes plus que les autres n’ont fait, en sorte que, si notre raisonnement est juste, il ne reste de toutes les sciences déjà connues que l’arithmétique et la géométrie, auxquelles l’observation de cette règle nous ramène. »

Descartes, Règles pour la direction de l’esprit

 

 

On a dit souvent qu’une hypothèse scientifique qui ne peut se heurter à aucune contradiction n’est pas loin d’être une hypothèse inutile. De même, une expérience qui ne rectifie aucune erreur, qui est platement vraie, sans débat, à quoi sert-elle ? Une expérience scientifique est alors une expérience qui contredit l’expérience commune. D’ailleurs, l’expérience immédiate et usuelle garde toujours une sorte de caractère tautologique, elle se développe dans le règne des mots et des définitions ; elle manque précisément de cette perspective d’erreurs rectifiées qui caractérise, à notre avis, la pensée scientifique. (…)

Bachelard, Formation de l’esprit scientifique

 

Celui qui n’a aucune teinture de philosophie traverse l’existence, prisonnier de préjugés dérivés du sens commun, des croyances habituelles à son temps ou à son pays et de convictions qui ont grandi en lui sans la coopération ni le consentement de la raison. Pour un tel individu, le monde tend à devenir défini, fini, évident ; les objets ordinaires ne font pas naître de questions et les possibilités peu familières sont rejetées avec mépris. Dès que nous commençons à penser conformément à la philosophie, au contraire, nous voyons, comme il a été dit dans nos premiers chapitres, que même les choses les plus ordinaires de la vie quotidienne posent des problèmes auxquels on ne trouve que des réponses très incomplètes. La philosophie, bien qu’elle ne soit pas en mesure de nous donner avec certitude la réponse aux doutes qui nous assiègent, peut tout de même suggérer des possibilités qui élargissent le champ de notre pensée et délivre celle-ci de la tyrannie de l’habitude. Tout en ébranlant notre certitude concernant la nature de ce qui nous entoure, elle accroît énormément notre connaissance d’une réalité possible et différente ; elle fait disparaître le dogmatisme quelque peu arrogant de ceux qui n’ont jamais parcouru la région du doute libérateur, et elle garde intact notre sentiment d’émerveillement en nous faisant voir les choses familières sous un aspect nouveau.

Bertrand Russell, Problèmes de philosophie, Petite Bibliothèque Payot, 1968, pp. 182-183.

 


[1] Archipel de l’Océan Glacial Arctique.

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