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la liberté (premiere partie)

 

 INTRO

La liberté apparaît comme une valeur fondamentale : nous nous disons prêts à mourir pour elle, nous la considérons comme un droit naturel imprescriptible.

Pourtant la liberté, pour être une dimension constitutive de l’homme, n’en est pas moins une question très épineuse. Notre vie peut-elle échapper aux contraintes naturelles, sociales, économiques, juridiques, morales qui la bornent et la conditionnent de toute part ? Nos choix ne sont-ils pas déterminés par des facteurs extérieurs qui nous échappent et dont nous n’avons pas conscience ? Et si la liberté n’était qu’une illusion, quelles en seraient les conséquences politiques, morales, existentielles ?

La science éclaire en effet les comportements humains pour en dégager les déterminismes. Le cerveau est un organe physique, matériel, et il est le centre de nos décisions. Les sciences humaines montrent de leur côté à quel point nos opinions et nos comportements dépendent de notre milieu. Dès lors, nos actes, nos pensées même nous seraient en fait imposées par les circonstances extérieures.

La science nous amène à déconstruire la notion de liberté. Cependant il nous faudra peut-être admettre que la science ne peut décrire qu’un aspect limité de l’expérience humaine, et que celle-ci se déploie aussi sur un autre plan que celui de la « réalité matérielle ». Il nous faudra dès lors comprendre comment s’articulent en l’homme ce plan de la réalité temporelle et celui dans lequel la liberté se déploie.

 

 

PROBLEMATIQUES :

 

Les problématiques s’entrecroisent souvent de manière complexe. Pour simplifier, on peut en cerner quatre, les plus « fréquentes » :

 

-          Un problème moral : pour être libre faut-il agir selon son désir ou selon sa volonté ?

-          Un problème moral plus fondamental : si la liberté existe, alors nous pourrions choisir le mal pour le mal, ce qui semble incompréhensible. Et si nous ne pouvons choisir le mal alors sommes-nous libres ?

-          Un problème métaphysique : le libre-arbitre n’est-il qu’une illusion ? (science, Spinoza, Freud…)

-          Un enjeu politique : être un sujet libre nécessite de comprendre l’articulation  obéissance/liberté, mais aussi (et c’est lié) l’articulation entre ma liberté et celle des autres.

 

 


 

I-                   La liberté comme licence

 

La question de la liberté a d’abord surgit comme problème moral : L’homme ne serait presque jamais libre, puisqu’il subit des contraintes sociales (lois, morale) dès lors qu’il vit avec les autres. Seul serait libre celui qui fait fi de toutes conventions, lois ou normes, qui s’affranchit de tout lien d’obligation envers ses semblables, pour ne suivre que son bon plaisir et ses désirs quels qu’ils soient. La licence est-elle donc synonyme de liberté ? Pour être libre, faut-il obéir à ses désirs ou à sa volonté ?

Notre problème consistera à distinguer la liberté comme soumission au désir et la liberté comme exercice de la volonté, et à montrer comment, en faisant usage de sa volonté, l’homme s’affranchit des nécessités naturelles pour s’humaniser.

Qu’appelle-t-on « liberté » ?

Délimiter un champ problématique : les divers sens du mot « liberté » peuvent nous égarer ; avant toute réflexion sur la notion, il faut délimiter un champ de questionnement par rapport à un sens précis du terme. Nous commençons par une petite analyse de ces champs, pour nous y retrouver – dans une dissertation, vous aurez intérêt à faire rapidement ce travail de délimitation, mais n’y passez pas trop de temps non plus !

a)      Etymologie : du latin liber : sans entraves, sans chaînes

Le mot « liberté » désigne d’abord chez les Antiques un statut politique : est libre le citoyen, en tant que membre de droit de la communauté civique et comme tel reconnu et protégé par la loi.

L’esclave ne jouit d’aucun droit, ne dispose ni de lui-même ni de ce qu’il produit, n’est protégé par aucune loi : son maître à tout pouvoir sur lui.

b)     La liberté est par extension l’absence d’obstacles ainsi que la simple disposition de soi-même, conçue d’abord au niveau physique comme liberté d’aller où bon nous semble: comme un objet qui fait une chute « libre » s’il ne rencontre pas d’opposition. On dit « libre comme l’air, comme l’oiseau ». Cette définition toute « matérielle » et extérieure de la liberté se retrouve chez Hobbes et d’autres penseurs politiques du libéralisme anglo-saxon. Ceux-ci tendent à penser les libertés comme invasives les unes par rapport aux autres (une question de plates-bandes !)

On se demandera si la présence d’autrui est synonyme d’une limitation de liberté. Si l’on sort d’une définition « territoriale » de la liberté, on s’apercevra que la liberté peut très bien s’augmenter de la présence et de l’action d’autrui !

Nous traiterons en dernière partie les différents problèmes liés à la notion de liberté en son sens politique (obéir/être libre ; liberté et lois, liberté de penser, être libre avec autrui, Etat libre, et – revoir les cours sur la justice et la politique)

 

c)      La liberté comme licence : agir selon son désir 

Le sens commun s’empare du mot liberté pour désigner l’absence de contraintes, la liberté consiste à agir selon sa nature, selon ses penchants.

Nous allons traiter les problèmes qui surgissent lorsqu’on considère ce dernier sens du mot « liberté »: être libre, c’est faire ce qui nous plaît.

Dans ce cas, l’animal est libre, il agit spontanément, sans contrainte, il suit son seul instinct.

L’homme n’est jamais libre sauf s’il vit seul ou s’il se fait le tyran des autres.

 

A-    La licence, liberté ou soumission à la nécessité ? 

 

a)      Agir selon la nature est la seule règle que se donne  le sophiste Calliclès, personnage du Gorgias de Platon.

 

Calliclès prône de suivre la nature, et de ne se soumettre à aucune loi. Suivre ses désirs naturels et les satisfaire tous, sans aucune considération d’ordre moral, telle est sa définition de la liberté.

 

« Veux-tu savoir ce que sont le beau et le juste selon la nature ? [...] Si on veut vivre comme il faut, on doit laisser aller ses propres passions, si grandes soient-elles, et ne pas les réprimer. Au contraire, il faut être capable de mettre son courage et son intelligence au service de si grandes passions et les assouvir avec tout ce qu’elles peuvent désirer. Seulement, tout le monde n’est pas capable, j’imagine, de vivre comme cela. C’est pourquoi la masse des gens blâme les hommes qui vivent ainsi, gênée qu’elle est de devoir dissimuler sa propre incapacité à le faire. La masse déclare donc bien haut que la démesure [...] est une vilaine chose. C’est ainsi qu’elle réduit à l’état d’esclaves les hommes dotés d’une plus forte nature que celle des hommes de la masse ; et ces derniers, qui sont eux-mêmes incapables de se procurer les plaisirs qui les combleraient, font la louange de la tempérance et de la justice à cause du manque de courage de leur âme. [...] » Platon, Gorgias, (492a-b, p. 229)

Exercice : résumez la conception de l’esclavage et de la liberté selon le personnage de Calliclès. Comment selon lui les faibles justifient-ils leur soumission aux lois ?

 

b)     Passion et aliénation

Si la liberté consiste donner libre cours à tous ses désirs, elle ne peut que nous rendre malheureux, puisqu’elle amène le dérèglement des passions, la démesure et la destruction des autres et de soi. Le passionné est dépendant de sa passion, il ne peut être considéré comme libre, ni d’ailleurs atteindre le bonheur (revoir ce cours).

Nous ne pourrons jamais échapper à toute contrainte, ne serait-ce que parce que le monde existe en dehors de nous, et que sa réalité même résiste à notre désir de toute-puissance. C’est même parce que nous reconnaissons une limite (le réel) à notre désir que nous ne sommes pas « fous ». 

C’est pourquoi Platon donne la parole à Socrate pour répondre à Calliclès : la vie de l’homme passionné ressemble au Tonneau des Danaïdes, que l’on ne peut combler. Et c’est un esclavage sans fin que de devoir sans cesse alimenter ses désirs insatiables.

Socrate ironisera sur la « vie de pluvier » que la soumission aux désirs procure à celui qui s’y adonne : manger et fienter à la fois, et sur la belle liberté qui consiste à pouvoir « se gratter lorsque ça nous démange ».

 

Il nous faut maintenant établir que l’homme possède effectivement le pouvoir de s’affranchir de la nécessité, c’est-à-dire de l’ordre du besoin, par un arrachement à soi, qui le sépare également du plan de l’immédiateté.

 

B-    Agir selon sa raison

 

a)      Agir par jugement

Exercice : étude d’un texte de Saint Thomas

 

L’homme est libre : sans quoi conseils, exhortations, préceptes, interdictions, récompenses et châtiments seraient vains. Pour mettre en évidence cette liberté, on doit remarquer que certains êtres agissent sans discernement, comme la pierre qui tombe, et il en est ainsi de tous les êtres privés du pouvoir de connaître. D’autres, comme les animaux, agissent par un discernement, mais qui n’est pas libre. En voyant le loup, la brebis juge bon de fuir, mais par un discernement naturel et non libre, car ce discernement est l’expression d’un instinct naturel (…). Il en va de même pour tout discernement chez les animaux. Mais l’homme agit par jugement, car c’est par le pouvoir de connaître qu’il estime devoir fuir ou poursuivre une chose. Et comme un tel jugement n’est pas l’effet d’un instinct naturel, mais un acte qui procède de la raison, l’homme agit par un jugement libre qui le rend capable de diversifier son action.

Thomas D’Aquin, Somme théologique, I, q. 83, a. 1.

 

1)      Dégagez l’idée principale du texte et les étapes de son argumentation

 

2)      Expliquez :

a-      « il en est ainsi de tous les êtres privés du pouvoir de connaître»

b-      « sans quoi conseils, exhortations, préceptes, interdictions, récompenses et châtiments seraient vains »

c-      « un tel jugement n’est pas l’effet d’un instinct naturel, mais un acte qui procède de la raison »

 

3)      La liberté est-elle le propre de l’homme ?

 

b)     Conscience morale et liberté

 

C’est parce que nous sommes « dotés du pouvoir de connaître » comme le dit Saint Thomas, que nous sommes libres.

 

L’animal fait ce qu’il lui plaît, mais il n’est pas libre, car il ne choisit pas de faire ce qu’il fait.

C’est parce que l’homme n’est pas une chose, mais un sujet conscient, qu’il peut être blâmé ou félicité, qu’il peut répondre de ses actes devant ses semblables et en assumer la responsabilité.

La conscience morale en effet va porter un jugement de valeur sur les actes ou les intentions du sujet, dans la mesure où ce jugement présuppose que celui sur lequel il porte a agi délibérément et selon sa volonté propre. On s’accorde donc généralement à penser qu’un acte délictueux peut être condamné pénalement mais avant tout moralement dans la mesure où son auteur pouvait ne pas agir comme il l’a fait, et donc qu’il avait le choix.

Une pierre a tué un homme, on ne va pas juger la pierre car elle ne pouvait faire autrement que de tomber.

La liberté implique la conscience de soi et donc la responsabilité.

(Revoir le cours sur la conscience)

L’homme se définit comme un sujet, c’est-à-dire un être qui agit volontairement, et non une chose qui subit passivement ce qui lui arrive. La liberté fait donc la dignité de l’homme comme sujet pensant. Et c’est parce que l’homme est libre qu’il peut faire des choix, qu’il pense que ses actes émanent de ses décisions.

Paradoxalement, la conscience morale nous amène à nous contraindre et à renoncer à cette liberté-licence, parce que lorsque nous savons ce que nous faisons, nous pouvons nous autoriser ou nous interdire de le faire ; mais elle nous fait accéder à une liberté véritable, qui s’accompagne d’une maîtrise de soi autrement dit d’une autonomie. (nous y reviendrons)

 

La liberté est alors la condition de la morale. En effet, comment reconnaître à l’homme la dimension de sujet de droit, estimer qu’il a des devoirs, qu’il est imputable de ses actes et responsable moralement de ce qu’il fait, si l’on nie qu’il dispose de libre-arbitre ?

 

 

C-     La liberté comme libre-arbitre

 

a)      L’opposition désir/volonté

 

Si l’homme est souvent soumis à ses désirs, sa volonté au contraire peut s’y opposer. Ce n’est pas quand l’homme fait ce qu’il a envie qu’il est libre, mais quand il fait ce qu’il veut, c’est-à-dire non pas en suivant ses penchants ou son instinct, mais en suivant ce que décide sa seule volonté.

 

La volonté peut choisir indépendamment de tout penchant.

Seul l’homme est capable de choisir entre différentes possibilités,  sans être déterminé par autre chose que sa volonté propre.

C’est pour Descartes une évidence incontestable :

 

« il est évident que nous avons une volonté libre qui peut donner son consentement ou ne pas le donner quand bon lui semble, que cela peut-être compté pour une de nos plus communes notions ».

 

Le libre-arbitre serait alors le propre de l’homme, ce qui le distingue de l’animal: Le libre-arbitre représente la possibilité pour l’homme de choisir entre plusieurs partis, autrement dit de prendre parti en toute indépendance. Seul l’homme pourrait agir sans raisons : l’âne de Buridan ne peut choisir entre l’eau et l’avoine, l’homme pourrait au contraire se déterminer par lui-même.

 

b)     Le libre-arbitre comme capacité morale

Lire fiche wikipedia :

 

Origine augustinienne du concept[modifier | modifier le code]

 

Saint Augustin fut l’un des premiers à méditer le concept de libre arbitre (portrait imaginaire par Botticelli, v. 1480).

L’expression française de « libre arbitre » rend insuffisamment compte du lien indissoluble qui l’unit à la notion de volonté, lien apparaissant plus clairement dans les expressions anglaise (Free will) et allemande (Willensfreiheit), qui présentent cependant le désavantage de dissoudre la notion d’arbitre ou de choix, essentielle au concept. « Libre arbitre » (liberum arbitrium en latin) est le plus souvent utilisé comme la contraction de l’expression technique : « libre arbitre de la volonté ».

De ce concept forgé par la théologie patristique latine, il n’est pas exagéré d’écrire qu’il fut développé pour préciser la responsabilité du mal, en l’imputant à la créature de Dieu. Ceci apparaît dans le traité De libero arbitrio de saint Augustin (Augustin d’Hippone). Ce traité est une œuvre de jeunesse, commencée à Rome vers 388 (Livre I) alors qu’Augustin avait 34 ans (c’est-à-dire deux ans seulement après sa conversion), et achevée à Hippone entre 391 et 395 (livres II et III)1 . Il décrit le dialogue d’Evodius et d’Augustin. Evodius pose le problème en des termes abrupts : « Dieu n’est-il pas l’auteur du mal ? ». Si le péché est l’œuvre des âmes et que celles-ci sont créées par Dieu, comment Dieu n’en serait-il pas, in fine, l’auteur ? Augustin répond sans équivoque que « Dieu a conféré à sa créature, avec le libre arbitre, la capacité de mal agir, et par-là même, la responsabilité du péché ».

Grâce au libre arbitre, Dieu reste impeccamineux (non coupable) : sa bonté ne saurait être tenue pour responsable d’aucun mal moral. Mais n’est-ce pas déplacer le problème sans le résoudre ? Pourquoi Dieu nous a-t-il conféré la capacité de pécher :

d’où vient que nous agissons mal ? Si je ne me trompe, l’argumentation a montré que nous agissons ainsi par le libre arbitre de la volonté. Mais ce libre arbitre auquel nous devons notre faculté de pécher, nous en sommes convaincus, je me demande si celui qui nous a créés a bien fait de nous le donner. Il semble, en effet, que nous n’aurions pas été exposés à pécher si nous en avions été privés ; et il est à craindre que, de cette façon, Dieu aussi passe pour l’auteur de nos mauvaises actions (De libero arbitrio, I, 16, 35).

La réponse d’Augustin est que la volonté est un bien, dont l’homme peut certes abuser, mais qui fait aussi la dignité de l’homme. Qui voudrait ne pas posséder de mains sous prétexte que celles-ci servent parfois à commettre des crimes ? Or, cela est plus vrai encore du libre arbitre : si on peut vivre moralement en étant privé de l’usage de ses bras, on ne saurait jamais accéder à la dignité de la vie morale sans libre arbitre :

la volonté libre sans laquelle personne ne peut bien vivre, tu dois reconnaître et qu’elle est un bien, et qu’elle est un don de Dieu, et qu’il faut condamner ceux qui mésusent de ce bien plutôt que de dire de celui qui l’a donné qu’il n’aurait pas dû le donner (ibid., II, 18, 48).

 

c)      Le libre-arbitre comme acquiescement à ce que dicte la raison

Car elle ( la volonté) consiste seulement en ce que nous pouvons faire une chose ou ne la faire pas, (c’est-à-dire affirmer ou nier, poursuivre ou fuir) ou plutôt seulement en ce que pour affirmer ou nier, poursuivre ou fuir les choses que l’entendement nous propose, nous agissons en telle sorte que nous ne sentons point qu’aucune force extérieure nous y contraigne. Car, afin que je sois libre, il n’est pas nécessaire que je sois indifférent à choisir l’un ou l’autre des deux contraires, mais plutôt d’autant plus que je penche vers l’un, soit que je connaisse évidemment que le bien et le vrai s’y rencontrent, soit que Dieu dispose ainsi l’intérieur de ma pensée, d’autant plus librement j’en fais choix et je l’embrasse : Et certes le grâce divine et la connaissance naturelle, bien loin de diminuer ma liberté, l’augmentent plutôt et la fortifient. De façon que cette indifférence que je sens, lorsque je ne suis point emporté vers un côté plutôt que vers un autre par le poids d’aucune raison, est le plus bas degré de liberté, et fait plutôt paraître un défaut dans la connaissance, qu’une perfection dans la volonté ; car si je connaissais toujours clairement ce qui est vrai, et ce qui est bon, je ne serais jamais en peine de délibérer quel jugement, et quel choix je devrais faire ; et ainsi je serais entièrement libre, sans jamais être indifférent.

DESCARTES ; Méditations métaphysiques ; IV.

Explication :

Descartes part de l’hypothèse célèbre de la liberté d’indifférence : pour que je sois réellement libre, il faut que mon choix ne soit influencé par aucun facteur extérieur et ne provienne que de ma seule volonté. En d’autres termes, si je voyais un bien et que je ne pouvais faire autrement que de le choisir, je ne serais pas libre de mon choix. Et si aucun bien ne m’apparaissait, alors je serais incapable de choisir. Or selon Descartes il n’en est rien : je peux choisir le mal, et je peux choisir a      lors même que les éléments qui se présentent à mon choix sont indifférents.

Revenons à la « liberté d’indifférence » : Selon une fable célèbre à l’époque de Descartes, un âne (« l’âne de Buridan ») ayant également faim et soif ne saurait choisir entre un seau d’avoine et un seau d’eau et mourrait de faim. Le libre-arbitre est propre à l’homme seul, c’est cette faculté humaine de se motiver soi-même à faire un choix en l’absence de toute détermination extérieure (on retrouve ici le solipsisme cartésien, cet isolement transcendantal du sujet pensant).

 

Analyse du texte

Car elle ( la volonté) consiste seulement en ce que nous pouvons faire une chose ou ne la faire pas, (c’est-à-dire affirmer ou nier, poursuivre ou fuir) ou plutôt seulement en ce que pour affirmer ou nier, poursuivre ou fuir les choses que l’entendement nous propose, nous agissons en telle sorte que nous ne sentons point qu’aucune force extérieure nous y contraigne

 

Ici la volonté est synonyme de libre-arbitre. Le préalable à toute décision est un choix proposé par notre entendement (poursuivre ou fuir etc). Il faut penser le choix avant de le faire. Le choix ainsi pensé se présente à nous dans l’indépendance absolue du « je pense ». Le moment où le sujet pense et se pense est aussi l’instant durant lequel il s’éprouve comme absolument indépendant de tout facteur extérieur. Il est bien sujet souverain au moment même du choix dès lors que ce choix est pensé consciemment. C’est parce que la pensée pense et se pense en même temps qu’elle pense son choix, qu’elle est souveraine et libre, arbitre absolu de ses choix.

 

Car, afin que je sois libre, il n’est pas nécessaire que je sois indifférent à choisir l’un ou l’autre des deux contraires […]

De façon que cette indifférence que je sens, lorsque je ne suis point emporté vers un côté plutôt que vers un autre par le poids d’aucune raison, est le plus bas degré de liberté, et fait plutôt paraître un défaut dans la connaissance, qu’une perfection dans la volonté ;

 

On retrouve ici la liberté d’indifférence, que Descartes ne retient pas comme étant la véritable liberté, mais son « plus bas degré ». Le choix arbitraire n’est pas, tant s’en faut, la pleine expression du libre arbitre. Mais il témoigne que, dans l’ignorance de ce qu’il convient de choisir, parce que rien ne nous pousse d’un côté plutôt que d’un autre, en l’absence d’aucune inclination particulière, nous pouvons faire appel à notre seule volonté. Mais c’est pour s’en remettre au hasard et faire un choix dans l’ignorance.Ma volonté n’exerce que sa pure spontanéité lors du choix d’indifférence : la décision vient spontanément, sans raison, « comme ça ».

 

mais plutôt d’autant plus que je penche vers l’un, soit que je connaisse évidemment que le bien et le vrai s’y rencontrent, soit que Dieu dispose ainsi l’intérieur de ma pensée, d’autant plus librement j’en fais choix et je l’embrasse : Et certes le grâce divine et la connaissance naturelle, bien loin de diminuer ma liberté, l’augmentent plutôt et la fortifient. […]

car si je connaissais toujours clairement ce qui est vrai, et ce qui est bon, je ne serais jamais en peine de délibérer quel jugement, et quel choix je devrais faire ; et ainsi je serais entièrement libre, sans jamais être indifférent.

 

La volonté peut choisir contre notre inclination naturelle, alors que tout pousserait à la suivre. Le choix du bien n’est pas contraint : je pourrais (en me forçant) faire le mal. La volonté peut choisir le mal. La connaissance du bien n’entraîne en effet pas automatiquement le choix du bien. Mais je choisis en quelque sorte le mal à contre cœur, je fais violence à ma raison.

Au contraire ma volonté se sent libre dès lors qu’elle conçoit clairement de bonnes raisons pour incliner dans un sens plutôt que dans un autre. La liberté s’éprouve alors pleinement dans la décision de la volonté conforme à ce que lui dicte la raison. C’est une liberté éclairée qui correspond au plein exercice du libre arbitre : nous n’agissons pas selon des causes extérieures, mais en connaissance de cause, si l’on peut dire. On passe alors du choix arbitraire et indifférent à la décision délibérée et responsable.

Le libre-arbitre est donc un pouvoir absolu de choisir, qui s’élève au plus haut degré quand il acquiesce à ce que lui dicte la raison : la liberté parfaite serait la liberté de Dieu, omniscient et cause première : le libre-arbitre nous pose donc un peu dans la position de Dieu lui-même (à son image, pourrions-nous dire).

d)     Liberté et connaissance

Le rôle de la connaissance est donc essentiel : la liberté sans connaissance se réduit à l’acte gratuit , un acte accompli par hasard et sans raison, ainsi que le met en scène André Gide dans Les caves du Vatican. L’homme naît libre, mais sans connaissance cette liberté reste sans force propre.

L’homme naît libre, mais cette liberté reste dans l’indétermination sans le secours de l’éducation et de la culture. De fait la liberté de l’homme ne se manifeste nullement dans des comportements « naturels » ou « sauvages », mais parce qu’il a le pouvoir de transformer la nature et de s’en libérer, dans les multiples formes de production artistique, scientifique et technique qui sont la marque de son humanité.

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