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le vivant est-il une machine?

Scott Bain - Machinale vivant est-il une machine?

 

Le vivant est-il une machine ?

 

  

 

Dans une perspective rationaliste, les scientifiques depuis Descartes ont tenté d’objectiver la notion de vie, en évacuant sa dimension métaphysique. C’est ainsi que depuis les débuts de la science moderne, on étudie les êtres vivants en faisant intervenir les mêmes lois fondamentales que celles qui gouvernent la matière (déterminisme, mécanisme). Le vivant (ensemble englobant plantes, animaux, hommes) est donc étudié comme un système physique, obéissant à des lois physico-chimiques.

Cependant, si la science décrit des mécanismes, considérer les êtres vivants comme des machines semble réducteur et cruel. En effet si les êtres vivants (hommes, animaux, plantes) sont bel et bien constitués de matière, de molécules et d’atomes répondant au déterminisme de la matière, ils possèdent aussi  des spécificités.

Comme le dit Jacques Monod, « le problème de la biologie est de comprendre comment, à partir d’un univers qui, par postulat de base, est dépourvu de projet, arrivent à se constituer des êtres qui ont un projet. » L’étude de la vie en tant que telle requiert donc des méthodes spécifiques. Le statut des êtres vivants devra alors être reconsidéré, en leur reconnaissant un statut particulier, tant au niveau épistémologique qu’au niveau de la morale et du droit. On voit ici que les notions d’épistémologie ne sont pas sans conséquences au niveau juridique et éthique.

 

Le « miracle de la vie », le mystère des origines, a toujours fasciné les hommes. Qu’est-ce que la vie ? D’où provient-elle ? Les réponses à ces questions ont longtemps été du registre du récit mythologique, voire de la pure superstition. Dans les mythes, les dieux engendrent la vie en transmettant aux choses et aux hommes une « étincelle » divine. La vie est d’abord un don des dieux, comme telle elle est sacrée. Dans la majorité des cosmogonies traditionnelles, les créateurs sont un ou des dieux anthropomorphes qui génèrent l’Univers et l’Homme par la volonté de leur esprit, par la parole, le geste, le souffle, un membre, des sécrétions… Dans la Théogonie d’Hésiode, par exemple, les éléments naturels sont engendrés par les amours des Dieux. De même, dans la Genèse, Dieu insuffle la vie à Adam en lui soufflant dans les narines. La vie apparaît donc comme engendrement divin, « fluide » sacré, âme. La vie, élément transcendant, prérogative des Dieux, ne peut ni ne doit  être créée ou modifiée par l’homme. Les peurs superstitieuses, telles que celle décrite dans le roman Frankenstein de mary Shelley, témoignent de l’angoisse de l’homme au moment même où il croit pouvoir se rendre maître de la vie.

Dès le XVIIème siècle, cependant, la science va prendre ses distances avec le mythe et faire du corps un objet d’investigation scientifique. On va alors procéder à des dissections, étudier les mécanismes du système sanguin, découvrir le rôle des nerfs, observer des cellules et des germes au microscope.

Descartes peut être considéré comme le père de la biologie mécaniste conçue en termes de rapports de causalité. Pour lui les animaux sont de simples machines, et non pas des êtres mus par une volonté. Leur structure est comparable à celle des poulies et leviers qui composent les machines. Ils sont donc dépourvus de pensée et de sensibilité. En effet, les cris que pousse un chien battu peuvent recevoir une explication simplement mécanique : les coups de bâton provoquent un ébranlement nerveux qui commande le remplissage des poumons et l’expiration de l’air qui fait vibrer les cordes vocales.

On va dès lors implicitement se référer au modèle de la machine pour comprendre le vivant. Une machine peut se définir comme un objet doté de la faculté de se mouvoir, d’accomplir des actions, mais sans produire par elle-même ni l’énergie nécessaire pour le faire, ni l’intention d’accomplir l’action, ni la liberté de la décider, ni enfin la sensibilité qui lui ferait éprouver souffrance, plaisir, bonheur. De plus, la machine est fabriquée pour servir des projets qui lui sont extérieurs, elle sert les fins de l’homme mais n’a aucune valeur en elle-même.  Seuls existent des processus mécaniques. N’est-ce pas conforme à la visée matérialiste, qui d’Epicure à La Mettrie en passant par Diderot, prône l’idée d’une continuité entre la matière inerte et le vivant ? La Mettrie parlera d’homme-machine, tirant logiquement les conséquences du mécanisme cartésien. Un corps qui dysfonctionne pourra être réparé comme le mécanisme d’une montre.

La notion de vie va donc être évacuée du vocabulaire scientifique. Ce qui revient à dire que la vie en soi n’existe pas, au sens où il n’y a aucune  « substance » ou fluide vital spécifique.

 

Cependant si le regard mécaniste porté sur le vivant s’avère fructueux au niveau épistémologique, ce découpage du réel ne risque-t-il pas de réduire la spécificité ontologique de son objet ? Autrement dit, la mécanique est ce que l’on peut connaître du vivant, mais cela ne signifie pas forcément que ce soit ce qui existe effectivement.

 

Un être vivant a des « intentions », une sensibilité, des projets. Si la vie n’est pas un fluide ou un souffle divin, si la notion d’âme est obscure et peu convaincante, le vivant n’est pas pour autant réductible à un simple mécanisme.

Selon Bichat, « la vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort ». Une chose inerte ne meurt pas, ni ne résiste à la mort. Bichat s’oppose à l’emprunt en physiologie de concepts provenant de la physique ou de la chimie, en ne cessant d’affirmer l’irréductibilité des lois de la vie aux lois qui s’appliquent aux êtres inertes. On définira alors un organisme comme un système qui lutte pour conserver sa forme, son organisation, et qui la maintient grâce à des fonctions spécifiques, les plus notables étant la nutrition et la reproduction. La mort ne concerne évidemment que le vivant, et consiste en la cessation des fonctions qui lui permettaient de maintenir ou de reproduire son organisation, sa forme, sa « définition ». Comme l’a bien noté Kant, « une montre ne se répare pas toute seule ». En effet, le vivant dispose, en plus d’une force motrice, une force formatrice qui lui permet de se régénérer.

Si la matière est constituée d’atomes, la matière vivante est constituée de cellules, qui se caractérisent par leur effort pour maintenir leur organisation interne grâce à des échanges avec le milieu extérieur, autrement dit par homéostasie. L’être vivant est en relation constante avec un milieu hors duquel son fonctionnement devient inintelligible. L’organisme vivant interagit avec son milieu, il le modifie et il est modifié par lui. C’est donc aussi parce qu’il échange constamment de la matière et de l’énergie avec l’extérieur, de telle façon qu’il conserve son organisation, qu’un être est défini comme vivant. Le vivant se déploie alors dans le temps.

Or la science étudie les phénomènes en évacuant la dimension du temps. Comme le remarque Bergson dans la pensée et le mouvant, « La science retient du monde matériel ce qui est susceptible de se répéter et de se calculer ». Or les êtres vivants évoluent. Elaboré dans sa version scientifique au XIXème siècle par Charles Darwin, l’évolutionnisme est la théorie qui affirme que les vivants ont une histoire qui peut être décrite à partir des concepts d’adaptation, de mutation génétique, ce qui fait intervenir des concepts spécifiques. Darwin admet une lutte pour se perpétuer chez les espèces animales, une concurrence entre les espèces, ce qui dénote une forme d’intention. La machine ne lutte pas pour perdurer.

La science, en appliquant des schémas mécanistes sur le vivant, oublie une autre spécificité. En laboratoire, on n’étudie pas le vivant en tant que tel : on n’étudie qu’un corps mort ou séparé de son milieu vital au point de le dénaturer. Au contraire, Les êtres vivants ne doivent-ils pas être considérés dans leur milieu naturel, en tenant compte de leur volonté de vivre, de leur sensibilité, de leur souffrance ? Ne doit-on pas leur reconnaître de ce fait un statut différent de celui des objets ?

Le vivant est ce qui possède en lui-même son principe de développement, dit Aristote. Le principe de développement de la machine lui est extérieur. Si le vivant n’est pas une machine, son statut doit être précisé au niveau juridique et moral. La machine est au service de l’homme, conçue par lui, elle est un instrument en vue de ses fins. Mais le vivant possède ses fins propres. Alors le vivant ne peut être considéré uniquement comme un moyen.

On sait d’ailleurs que considérer l’homme comme une machine peut ouvrir la porte à bien des dérives. En effet, qu’est-ce qui nous empêcherait, dans ce cas, d’utiliser les corps humains aux fins qui nous sembleraient bonnes ? Quelle limite à l’exploitation, à l’esclavage ?

En ce qui concerne l’animal, celui-ci est juridiquement considéré comme un « bien meuble », une marchandise, un instrument, dont l’homme dispose entièrement selon ses seuls fins. La souffrance des animaux et leur finalité propre doivent cependant être prises en compte. Cela implique peut-être que ceux-ci soient protégés par un ensemble de lois qui limitent les violences ou les souffrances inutiles qui leur sont infligées, et qui posent la possibilité d’une reconnaissance d’un droit de chaque espèce à survivre dans les conditions naturelles qui lui sont propres.

Il convient donc de réfléchir à nouveaux frais au statut juridique et moral propre au vivant, ce qui implique un certain nombre de droits fondamentaux et une éthique spécifique. Cependant, le statut de vivant doit-il être conçu comme une égalité de droit entre animaux, plantes et humains ? C’est bien sûr une autre question, mais il est douteux que tous les êtres vivants aient à cet égard un statut égal, tant juridique que moral, puisque seuls les hommes disposent de la capacité à énoncer le droit et à penser consciemment leur destinée. Si le vivant n’est pas une machine, si le vivant a des droits, tous les vivants ne sont peut-être pas égaux en droits.

 

Il est nécessaire et fructueux d’étudier le vivant en le considérant selon le modèle d’une machine. Une partie du fonctionnement du vivant peut ainsi être objectivée. Cependant, le découpage du réel qu’induit l’approche physico-chimique du vivant ne doit pas occulter sa spécificité. Certes la vie n’est pas une substance en soi, mais elle est une qualité spécifique du vivant. Le vivant ne peut donc être purement et simplement réduit à n’être qu’une machine, et ne peut être purement et simplement utilisé, sans prendre en compte sa sensibilité et ses fins propres.

 

 

 

 

 

 

LEXIQUE (Wikipédia)

Cellule : La cellule (du latin cellula petite chambre) est l’unité de structure, fonctionnelle et reproductrice constituant toute partie d’un être vivant. Chaque cellule est une entité vivante qui, dans le cas d’organismes multicellulaires, fonctionne de manière autonome, mais coordonnée avec les autres. La théorie cellulaire implique l’unité de tout le vivant : tous les êtres vivants sont composés de cellules dont la structure fondamentale est commune ainsi que l’homéostasie du milieu intérieur.

Marcel Duchamp- La mariée

Homéostasie : Initialement élaborée et définie par Claude Bernard1, l’homéostasie (du grec ὅμοιος, homoios, « similaire » et ἵστημι, histēmi, « immobile ») est la capacité que peut avoir un système quelconque (ouvert ou fermé) à conserver son équilibre de fonctionnement en dépit des contraintes qui lui sont extérieures. Selon Walter Bradford Cannon, « l’homéostasie est l’équilibre dynamique qui nous maintient en vie. » L’homéostasie est la maintenance de l’ensemble des paramètres physico-chimiques de l’organisme qui doivent rester relativement constants (glycémie, température, taux de sel dans le sang, etc.)

 

 

 

« Le physiologiste Bichat, gloire de l’École de Paris (1771-1802), n’était pas romantique, mais vitaliste ; en réaction contre le physicalisme matérialiste ambiant, il professait la spécificité irréductible de la vie, faussée par la méthode d’analyse et le vocabulaire utilisé pour l’étude des phénomènes vitaux.

« La science des corps organisés doit être traitée d’une manière toute différente de celles qui ont les corps inorganiques pour objets. Il faudrait, pour ainsi dire, y employer un langage différent ; car la plupart des mots que nous transportons des sciences physiques dans celles de l’économie animale ou végétale nous y rappellent sans cesse des idées qui ne s’allient nullement avec les phénomènes de cette science. Si la physiologie eût été cultivée par les hommes avant la physique, comme celle-ci l’a été avant elle, je suis persuadé qu’ils auraient fait de nombreuses applications de la première à la seconde, qu’ils auraient vu des fleuves coulant par l’excitation tonique de leurs rivages, les cristaux se réunissant par l’excitation qu’ils exercent sur leur sensibilité réciproque, les plantes se mouvant parce qu’elles s’irritent réciproquement à de grandes distances, etc. (…) La physiologie eût fait plus de progrès si chacun n’y eût pas porté des idées empruntées des sciences que l’on appelle accessoires, mais qui en sont essentiellement différentes. La physique, la chimie, etc., se touchent, parce que les mêmes lois président à leurs phénomènes ; mais un immense intervalle les sépare de la science des corps organiques, parce qu’une énorme différence existe entre ces lois et celles de la vie. Dire que la physiologie est la physique des animaux c’est en donner une idée extrêmement inexacte ; j’aimerais autant dire que l’astronomie est la physiologie des astres. »

Xavier Bichat, Recherches physiologiques sur la vie et la mort, 1800,

 

 

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=Vu2IXk5Jbag

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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