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la perception

 LA PERCEPTION

Intro :

le lapin-canard

Lire des mots-couleurs

Problématiques :

-          Epistémologie :

-          Peut-on dire que la perception est une connaissance ?

-          La perception est-elle déjà une science ?

-          Suffit-il de percevoir pour savoir ?

-          De la perception au concept scientifique y a-t-il continuité ou rupture ?

-          Percevoir, est-ce connaître ?

-          Nos sens sont-ils trompeurs ?

-          Faut-il ne croire que ce que l’on voit ?

-          Esthétique

-          Le beau n’est-il que l’objet d’une perception ?

-          Une oeuvre d’art nous permet-elle de nous évader du monde ou de mieux le regarder ?

-          Percevoir est-ce seulement recevoir ?

-          La perception est-elle active ou passive?

-          Peut-on voir sans regarder ?

-          La perception peut-elle s’éduquer ?

-          Phénoménologique

-          Pouvons-nous être certains que nous ne sommes pas toujours en train de rêver ?

-          Quand nous percevons, comment savons-nous que nous ne rêvons pas?

-          La perception que nous avons d’autrui est-elle identique à celle que nous avons des choses?

-          Quel rapport la conscience entretient-elle avec ses objets ?

Ethique

-          Le handicap perceptif a-t-il quelque chose à nous apprendre ?

 

 

 

 

 

 


 

I-                   Difficile distinction entre sensation et perception

 

A-    Les « erreurs » des sens

 

a)      Nos sens nous trompent

Quand donc on dit qu’un bâton paraît rompu dans l’eau, à cause de la réfraction, c’est de même que si l’on disait qu’il nous paraît d’une telle façon qu’un enfant jugerait de là qu’il est rompu, et qui fait aussi que, selon les préjugés auxquels nous sommes accoutumés dés notre enfance, nous jugeons la même chose. Mais je ne puis demeurer d’accord de ce que l’on ajoute ensuite, à savoir que « cette erreur n’est point corrigée par l’entendement, mais par le sens de l’attouchement » ; car bien que ce sens nous fasse juger qu’un bâton est droit, et cela par cette façon de juger à laquelle nous sommes accoutumés dès notre enfance, et qui par conséquent peut être appelée sentiment, néanmoins cela ne suffit pas pour corriger l’erreur de la vue, mais outre cela il est besoin que nous ayons quelque raison, qui nous enseigne que nous devons en cette rencontre nous fier plutôt au jugement que nous faisons ensuite de l’attouchement, qu’à celui où semble nous porter le sens de la vue ; laquelle raison n’ayant point été en nous dès notre enfance, ne peut être attribuée au sens, mais au seul entendement ; et partant, dans cet exemple même, c’est l’entendement seul qui corrige l’erreur du sens, et il est impossible d’en apporter jamais aucun, dans lequel l’erreur vienne pour s’être plus fié à l’opération de l’esprit qu’à la perception des sens.

DESCARTES
Sixièmes Réponses aux Objections adressées aux Méditations métaphysiques, IX

Pourquoi le sens du toucher nous tromperait-il moins que celui de la vue ? Si nous « rectifions la perception du bâton brisé, ce n’est pas parce qu’au toucher il nous semble droit, mais parce que notre entendement corrige l’erreur de nos sens.

 

b)     C’est l’entendement qui perçoit

L’idéalisme : c’est notre entendement qui perçoit.

C’est l’entendement qui juge, qui se trompe ou qui rectifie. Pas de connaissance qui ne soit un acte de l’entendement.

Selon Descartes, l’entendement lorsqu’il reste passif conduit au préjugé : nous croyons le témoignage de l’un ou l’autre de nos sens sans réfléchir.

 

L’illusion n’est donc pas une erreur de nos sens mais de notre jugement lorsqu’il est passif ou soumis à nos désirs.

Les « préjugés » : si l’illusion visuelle nous trompe, c’est que nous croyons les témoignages de nos sens et fondons sur eux notre jugement. Juger correctement, c’est rectifier ce que nos sens nous offrent.

Nous sentons avec nos sens, nous percevons avec notre jugement.

Nos sens ne jugent pas, ne nous trompent pas, c’est notre entendement qui juge, et se trompe lorsqu’il reste passif.

 

Descartes : « La perception est un acte de l’âme »

Perception= science commençante et commencement d’action

B-    Seuls les sens et l’expérience fondent nos connaissances

 

a)      Peut-on sentir avant de percevoir ?

Est-il possible de repérer une sensation pure, sans que l’entendement n’intervienne pour la mettre en forme ? Et quel statut doit-on conférer à une telle perception : épistémologique ou esthétique ?

Une distinction difficile :

Sensation/perception

Quand je porte mon attention sur ma sensation présente, je mets entre parenthèse l’objet et je me concentre sur « ce que ça me fait ».

 

« Les sensations ne sont pas les qualités même des objets, elles ne sont que des modifications de notre âme » dit Condillac.

 

La sensation se rapporte à l’action de quelque chose sur les organes des sens en mettant l’accent sur l’effet de cette action sur le sujet.

 

La chose que je perçois est à distance de moi, ce que je sens est en moi.

 

Une distinction encore plus difficile :

è Sensation/sentiment :

Pour obtenir une « sensation pure », il faudrait aussi l’isoler de toute affectivité. Il faut alors distinguer dans « ce que ça me fait », ce qui est de l’ordre de la sensation de ce qui est de l’ordre du sentiment.

Le sentiment est de l’ordre de l’affectif, marqué par une polarité que l’on pourrait simplifier en atraction/répulsion, la sensation n’a pas forcément cette dimension affective, une sensation de doux, amer, vert ou circulaire par exemple, sont neutres affectivement. Bien que cela puisse se discuter : un goût, un son peuvent être perçus en eux-mêmes, mais ils entraînent avec eux un ensemble d’associations, de remémorations voire d’anamnèse (cf la madeleine de Proust)

 

b)     BERKELEY : être c’est être perçu

les idées n’existent pas en dehors d’un esprit qui les perçoit. C’est là une vérité intuitive : quand je dis qu’un objet existe, je dis que je le sens, que je le vois, ou qu’il est perçu par un autre esprit. Mais quant à concevoir une existence absolue, c’est impossible ; l’être de l’objet consiste dans sa perception :  « Esse est percipi » (être, c’est être perçu).

« [...] considérons les qualités sensibles que sont la couleur, la forme, le mouvement, l’odeur, le goût, etc, c’est-à-dire les idées perçues par les sens. Il est manifestement contradictoire qu’une idée puisse exister dans une chose non-percevante; car c’est tout un que d’avoir une idée ou de la percevoir. Par conséquent, pour exister, une couleur, une forme, etc. doit être perçue. Il suit de là clairement qu’il ne peut y avoir de substance ou de substrat non pensant de ces idées14. »

Il n’y a donc pas de matière : quand on dit que la matière existe en dehors de soi, on commet un abus de langage. Nous ne percevons que des idées (c’est-à-dire des sensations dans notre esprit), et nous ne pouvons rien concevoir en dehors  d’elles.

Objections à Berkeley :

è Si être c’est être perçu, qu’est-ce qui permet à mes sensations d’être les mêmes que celles d’autrui ?

è Et pourquoi donc nous faisons-nous une idée de l’existence d’objets matériels extérieurs à nous, s’ils n’existent pas ? Un monde de sensations pures serait-il un monde connu, ou un monde seulement senti ? L’expérience purement sensible du monde n’est en fait ni première, ni évidente : nous commençons par percevoir des objets extérieurs, et c’est seulement par abstraction que nous percevons des formes et des couleurs. Cette expérience n’est pas une démarche de connaissance mais une expérience esthétique, comme nous le montre les œuvres d’art abstrait.

 

c)      L’art abstrait permet-il d’isoler la « sensation pure » ?

Tableau abstrait : voir les couleurs et non les figures : l’exemple de Kandinsky

À partir de 1909, ce que Kandinsky appelle le « chœur des couleurs » devient de plus en plus éclatant, il se charge d’un pouvoir émotif et d’une signification cosmique intense. Cette évolution a été attribuée à un ouvrage de Goethe, le Traité des couleurs (Farbenlehre), qui a influencé ses livres Du Spirituel dans l’Art etRegards sur le passé. L’année suivante, il peint la première œuvre abstraite réalisée à partir d’une conviction profonde et dans un but clairement défini : substituer à la figuration et à l’imitation de la « réalité » extérieure du monde matériel une création pure de nature spirituelle qui ne procède que de la seule nécessité intérieure de l’artiste. Ou pour reprendre la terminologie du philosophe Michel Henry, substituer à l’apparence visible du monde extérieur la réalité intérieure pathétique et invisible de la vie. Kandinsky a expliqué que l’intuition qui l’avait mené vers l’abstraction s’était produite en 1908, à la vue d’un de ses propres tableaux posé sur le côté, méconnaissable dans la lumière déclinante du crépuscule22.

Kandinsky va « intérioriser » la peinture, elle n’est plus seulement comme chez les impressionnistes le lieu des impressions (le monde extérieur les imprime en nous) mais des sensations pures, fortement chargées d’affectivité et d’émotions.

Par l’abstraction, le peintre s’éloigne dons de la FIGURE (objet du monde), il l’  abstrait donc, pour laisser parler la SENSATION, le corps et les affects.

Donc percevoir de façon « ordinaire », c’est voir l’objet, la figure, c’est déjà donner forme et sens à nos sensations ; sentir ce serait mettre l’accent sur l’intériorité, sur ce que cela provoque en nous. Et seul l’artiste ou le poète en sont capables, nous dit BERGSON.

 

d)     Perception et science expérimentale

 

Le sens du toucher est-il le plus proche de la réalité ?

L’incrédulité de Saint Thomas : Saint Thomas qui n’en croit pas ses yeux : touche la plaie de Jésus

Si nos yeux nous trompent, nos mains savent rectifier notre erreur, croyons-nous. Nous voyons un bâton brisé dans l’eau, mais nos mains sentent bien qu’il est droit.

Descartes on l’a vu conteste ce préjugé : en quoi le sens du toucher serait-il vrai et celui de la vue moins vrai ?

Toucher, ce serait être en contact direct avec l’objet, et donc le toucher pourrait nous donner une certitude absolue.

 

Analyse de Lucrèce

Qualités secondes : odeur, couleur, son -> contingentes

Qualités premières : formes, substance matérielle, etc -> essentielles

 

Les qualités secondes sont appréhendées par la vue, l’ouïe, elles ne sont pas certaines. Les qualités premières d’un objet (frome, substance matérielle) sont indissociables de l’objet, donc le toucher serait plus vrai.

 

Or l’atome de la physique ne peut être qualifié par ces « qualités premières ». La matière est ténue, c’est un quasi-vide, des forces électriques : je ne « touche » jamais rien, aucun noyau de mon doigt n’est en contact avec aucun noyau d’atome de la table.

 

è Les sciences modernes remettent en question l’idée naïve selon laquelle la matière est ce que l’on peut voir,  prendre, toucher. Le scientifique ne croit ni ce qu’il voit, ni ce qu’il touche, ni ce qu’il sent !

 

 

Passage à l’instrumentation : Objectivité plus grande, ou simple modification de la subjectivité ?

 

Les instruments prolongent nos organes sensoriels et en augmentent la puissance

Perception plus vraie, plus objective, plus scientifique.

 

Lunette de Galilée 1609 Janv 1610

Galilée découvre les montagnes de la Lune et satellites de Jupiter. La question qui lui est posée : Comment être sûrs que ce que l’on voit dans la lunette est vraiment comme cela ? comment vérifier ?

Se pose la question philosophique de la fiabilité de cette image : renvoie-t-elle à quelque chose de vrai ? L’instrument ne « fabrique-t-il » pas l’image qu’il nous offre? Galilée donne une première preuve de sa fiabilité : lorsque que l’on voit un bateau arriver au loin, on voit qu’il n’a qu’une voile, et au port il n’a effectivement qu’une voile.

On va faire la théorie du fonctionnement de la lunette, en fait à partir de la connaissance du fonctionnement de l’oeil lui-même. Mais cette référence de l’instrument par rapport à un organe de référence va bientôt s’estomper puis disparaître.

Les instruments ne sont plus les prolongements de l’œil

Progressivement l’avancée des sciences éloigne les instruments du modèle des organes sensoriels. Nous ne pouvons plus observer, percevoir ce qu’ils nous révèlent.

Médiations de plus en plus importantes

Ex : Atlas, trajectoires de particules

Nos instruments ne nous donnent plus aucune image ou donnée perceptible.

Quantité phénoménale d’informations, numérisation, déperceptualisation de l’info, revisualisation très indirecte.

Ex : échographie, c’est du son, des ultrasons

Les mathématiques s’éloignent également de toute référence à l’intuition.

 

Des perceptions induites par les concepts

Notre perception est en retour modifiée par nos instruments

Elle intègre les instruments dans son rapport au monde. L’instrument devient  un prolongement du corps, nous percevons le milieu (espace, temps, vitesse, mouvement…) à travers cet instrument.

Ex : conduire une voiture, travailler sur un ordinateur (temps)

D’autre part, notre perception est élargie par les concepts que l’on emploie. Ainsi les concepts de couleur modifient notre attention aux couleurs.

Ex : concevoir/percevoir la quatrième dimension

C-    Sentir c’est déjà percevoir

« la sensation n’est pas sentie et la conscience est toujours conscience d’un objet » (Maurice Merleau-Ponty).

 

a)      Notre cerveau met en forme et rectifie automatiquement ce que nos yeux voient

Des  « erreurs » vraies

Exemple : l’échiquier d’Adelson

Impossible distinction organes sensoriels/cerveau

Descartes : L’œil fait déjà partie du cerveau, il y a une continuité : dès son entrée dans l’œil, l’image est traitée, analysée. Pas de limite vision pure/cerveau

La perception n’est jamais directe, le sensible est dès son premier contact avec un organe sensoriel déjà mis en forme et transformé pour être perçu.

Il n’y a pas « d’observation directe » des phénomènes, les organes des sens sont déjà des petits instruments complexes qui mettent en forme ce qui est « senti ». Si une perception peut s’avérer vraie ou fausse, ce n’est jamais par un contact absolument  direct de notre corps avec le phénomène. Nos organes sensoriels sont déjà des médiations entre les choses et nous.

 

b)     La perception comme sélection et construction.

Notre perception nous offre bien plus de renseignements que nous ne pouvons en prendre en considération. A chaque instant, bien trop de sensations s’offrent à nous. Pour pouvoir agir, il nous faudra nécessairement « n’accepter des objets que l’impression utile pour y répondre par des actions appropriées ».

Mais pour cela, dit Bergson (Le rire),  » les autres impressions doivent s’obscurcir ou ne nous arriver que confusément ».

Ainsi la perception n’est pas là pour nous donner toute la richesse du monde, mais pour sélectionner ce qui nous sera utile.

 

La perception n’est donc en aucun cas une appréhension totale :

« Mes sens et ma conscience ne me livrent donc de la réalité qu’une simplification pratique ». « Je regarde et je crois voir, j’écoute et je crois entendre, je m’étudie et je crois lire dans le fond de mon cœur ».

Il y a une illusion de la perception, qui nous fait croire à l’existence réelle et conforme de ce qui n’est que simplification pratique de notre part, dans le cadre d’une situation donnée. Qui dit simplification, dit généralisation.

Le langage, qui encadre l’existence de ce que nous reconnaissons comme des objets, participe efficacement à cet apprentissage.

« là même où nous la remarquons (…), ce n’est pas l’individualité même que notre œil saisit, c’est à dire une harmonie tout à fait originale des formes et des couleurs, mais seulement un ou deux traits qui faciliteront la reconnaissance pratique ».

Ce sera, selon Bergson, le rôle de l’art, que de nous faire retrouver le chemin de la perception gratuite et entière.

 

c)      De l’éducation des sens :

La perception est dès notre plus tendre enfance mise en forme par la culture et l’éducation que nous recevons. Cette éducation est souvent limitée à ce que l’utilité de la vie quotidienne requiert de nous.

Cependant selon les situations, la perception peut se développer de manière beaucoup plus importante. Par exemple la perception des odeurs va être très fine chez les parfumeurs, celle des goûts chez les œnologues etc.

La culture n’est pas seulement un raffinement des mœurs, mais aussi de la perception. Une des conséquences de la fréquentation des œuvres d’art est de nous apprendre à percevoir. La perception artistique peut prendre trois directions : elle peut nous conduire à affiner nos interprétations (au niveau du sens) ; elle peut aussi nous amener à éprouver des sentiments, émotions, etc, mais elle peut aussi et surtout nous amener à développer notre perception. L’art crée des percepts, là où la philosophie crée des concepts.

 

d)     La perception est déterminée socialement

Ce travail de sélection et de simplification en quoi consiste la perception, nous apprenons certes à le faire individuellement, mais nous bénéficions aussi de tout un travail déjà fait par nos prédécesseurs. Nous apprenons à percevoir comme on perçoit autour de nous.

Cf : l’expérience de Asch, le conformisme

 

 

CONCLUSION : L’impossible objectivité de la perception

 

En  « objectivant » nos sensations, en les « attribuant » à un objet placé extérieurement à nous, nous formons à la fois nos idées des objets et notre rapport au monde. Cette mise en forme précède l’abstraction qui peut mettre en évidence ce que serait une sensation « pure ». Mais ce processus d’objectivation ne nous permet cependant pas de savoir ce que sont « réellement » les objets de notre perception : nos organes des sens sont déjà des « décodeurs » qui traitent l’information pour nous la rendre utile, de même que notre cerveau décode l’information en fonction de nos besoins mais aussi de notre culture, de notre langage.

La perception est toujours élaborée, nous ne sentons de perception « pure » que par un effort d’abstraction !Nos sensations sont analysées et mises en forme dès le premier moment de « contact » entre le monde extérieur et notre propre corps. Elle est médiatisée par nos instruments qui prolongent puis dépassent nos organes sensoriels. Notre perception est dans une certaine mesure transformée par les instruments et les concepts que nous utilisons.

II-                Phénoménologie de la perception

A-    La conscience intentionnelle

a)       Unité de la perception

Contrairement à l’idée reçue selon laquelle la perception serait la synthèse d’une somme de sensations, la phénoménologie met l’accent sur la spontanéité de la perception. L’entendement ne construit pas la perception du monde à partir de données isolées, mais l’être total est d’emblée jeté dans un monde perceptif qu’il perçoit comme « une structure unique ».

C’est un lieu commun de dire que nous avons cinq sens et, à première vue, chacun d’eux est comme un monde sans communication avec les autres. La lumière ou les couleurs qui agissent sur l’oeil n’agissent pas sur les oreilles ni sur le toucher. Et cependant on sait depuis longtemps que certains aveugles arrivent à se représenter les couleurs qu’ils ne voient pas par le moyen des sons qu’ils entendent. Par exemple un aveugle disait que le rouge devait être quelque chose comme un coup de trompette. Mais on a longtemps pensé qu’il s’agissait là de phénomènes exceptionnels. En réalité le phénomène est général. Dans l’intoxication par la mescaline*, les sons sont régulièrement accompagnés par des taches de couleur dont la nuance, la forme et la hauteur varient avec le timbre, l’intensité et la hauteur des sons. Même les sujets normaux parlent de couleurs chaudes, froides, criardes ou dures, de sons clairs, aigus, éclatants, rugueux ou moelleux, de bruits mous, de parfums pénétrants. Cézanne disait qu’on voit le velouté, la dureté, la mollesse, et même l’odeur des objets. Ma perception n’est donc pas une somme de données visuelles, tactiles, auditives, je perçois d’une manière indivise avec mon être total, je saisis une structure unique de la chose, une unique manière d’exister qui parle à la fois à tous mes sens.

Maurice Merleau-Ponty, Sens et non-sens, Paris, Nagel, 1966, p. 88.

 

b)     Différentes façons d’être-au-monde

La conscience ne peut être séparée du monde : elle est «conscience de »

La conscience ne peut pas être séparée du monde, des choses auxquelles elle se rapporte.

La conscience n’est donc pas une chose, elle est une relation à ce dont elle est conscience.

 

Toute conscience pose son objet mais chacune à sa manière. La perception, par exemple, pose son objet comme existant. L’image enferme, elle aussi, un acte de croyance ou acte positionnel. Cet acte peut prendre quatre formes et quatre seulement : il peut poser l’objet comme inexistant, ou comme absent, ou comme existant ailleurs ; il peut aussi se « neutraliser », c’est-à-dire ne pas poser son objet comme existant. Deux de ces actes sont des négations : le quatrième correspond à une suspension ou neutralisation de la thèse. Le troisième, qui est positif, suppose une négation implicite de l’existence naturelle et présente de l’objet. Ces actes positionnels — cette remarque est capitale — ne se surajoutent pas à l’image une fois qu’elle est constituée : l’acte positionnel est constitutif de la conscience d’image.

SARTRE, L’Imaginaire, Paris, Ed. Gallimard, 1940, p 23.

 

L’intentionnalité est la propriété de la conscience d’être «conscience de»: cela signifie qu’elle n’existe pas comme une chose qui contient, mais comme un acte de mise en relation. Toute conscience sans exception est intentionnelle: il n’y a pas de conscience pure, indépendante de ce dont elle est conscience. Toute conscience a un objet.La conscience n’est donc pas un être (le moi), mais un acte de cet être par lequel il se rapporte au monde. Le moi qu’étudie la phénoménologie est celui qui s’engage dans chaque façon dont la conscience se rapporte à son objet. La variété de ses propriétés est la variété de ses actes ou comportements: imaginant, se souvenant, percevant, jugeant moralement, etc.

B-    Perception et cinéma

a)      Le champ et le hors-champ

Husserl : horizon : perception de… champ, potentiel impliqué dans la perception actuelle

Cinéma : le hors-champ est inclus dans le perceptible

Ex : M le maudit, intro

Le non-perçu est inclus dans le perçu. Le perçu est sans lacunes.

La perception n’est pas un composé d’atomes de sensations.

Je perçois ce qui est dans mon dos, ce qui est dans mon dos n’est pas sans réalité visuelle. (petites perceptions, Leibniz)

Ce qui n’est pas vu est pourtant présent bien qu’indéterminé

On perçoit non seulement l’acte mais aussi la puissance : la perception inclut un dynamisme propre, elle tend vers, se tend vers ce qui va arriver.

Cinéma : le champ ne doit pas être confondu avec le cadre : en cachant, le cadre laisse « sentir » un hors-cadre. Le cadre montre en cachant.

Il y a une unité perceptive du champ et du hors champ, qui ne forment qu’un seul espace.

NB : Unité qui n’est pas donnée par un acte volontaire de l’ntendement, mais unité spontanée.

Ex : Nana, Renoir, 1926

4 bords de l’écran + devant (trou dans le champ) et derrière (la caméra)

Merleau-Ponty, 1945, le cinéma et la nouvelle psychologie

Le hors-champ n’est pas objet de mémoire ni de jugement, il est présent, en suspens .

La perception déborde donc le donné (le vu) et l’instant.

 

L’intentionnalité désigne cette attente de ce qui va arriver. C’est l’intention qui unit les images successives du film. Le sens d’une image dépend de ce qui la précède/la suit

Le montage est création d’un sens qui procède du rapport des images dans le temps. La simultanéité des images recouvre une permanence pour la pensée. Le temps de la conscience est fait de cette ambiguité.

 

b)     Champ/contre-champ : ma perception soumise à celle des autres

 

La conscience d’autrui est donatrice de sens.

Husserl : l’autre est une modification de mon moi.

Champ/contre-champ : simultanéité des perceptions concurrentes, en conflit.

L’autre constitue un contre-champ non concordant, ou bien le regard de l’autre me renseigne sur ce que je ne perçois pas. Rarement il y a une action réciproque simultanée. Le cinéma met en scène l’altérité des perceptions, des champs, des perspectives, leur asymphonie dérangeante. L’intentionnalité de la conscience d’autrui n’est pas la mienne. L’incommunicabilité des consciences est soulignée par le champ/contre-champ.

Mais c’est par autrui que je peux réapprendre à voir le monde, que je peux décentrer mon « champ », concevoir l’existence de ce contre-champ qui m’ouvre d’autres possibilités de vie.

 

 

III-             Les mondes perceptifs

A chacun son monde perceptif

Couleurs : perceptions qualitatives, interprétation, pas pareil pour chaque individu : expérience : aller chez un marchand de tissus, de peinture et demander  à plusieurs personnes où s’arrête le vert et où commence le bleu, etc.

 

A-    Les mondes animaux

 

a)      Diversité des organes des sens, unité du vivant

Certains animaux ont un seul récepteur de couleur

Les hommes en ont trois (couleurs primaires)

Les daltoniens n’en ont que deux

Certains animaux en ont quatre !

Cependant, tous les organes des sens sont dérivés du sens du toucher, des adaptations et perfectionnements de ce sens premier.

 

b)     Les animaux sont-ils des machines ?

Non parce qu’ils perçoivent.

Aristote : Les animaux perçoivent avec leur corps et les hommes sont des animaux pensants ».

 

Jakob Johann von Uexküll (Keblaste, aujourd’hui en Estonie, alors province de l’Empire russe,8 septembre 1864 - Capri25 juillet 1944) est un biologiste et philosophe allemand, issu d’une illustre famille de la noblesse germano-balte et l’un des pionniers de l’éthologie avant Konrad Lorenz, et l’un des pionniers de la biosémiotique. Il est le père du journaliste Gösta von Uexküll et le grand-père de Jakob von Uexkull (homme politique), fondateur du Prix Nobel alternatif.

La postérité des recherches d’Uexküll demeure importante.

Uexküll est notamment connu pour son concept d’Umwelt, selon lequel chaque espèce vivante a son univers propre, à quoi elle donne sens, et qui lui impose ses déterminations.

 

Von Ueskull ne considère pas les animaux comme des machines, mais comme des sujets.

L’animal a une âme, au sens où il perçoit et se sent percevoir (pas savoir mais sentir). Un objet ne perçoit pas. C’est l’âme qui perçoit.

L’animal aussi a une intentionnalité préréflexive, corporelle. Les organismes vivants ont une spontanéité, ils anticipent les excitations extérieures.

L’animal n’est pas soumis à des stimuli mais il perçoit des signes. Le signe perceptif est ce que représente l’objet pour le sujet. Le signe perceptif est porteur d’un sens pour le sujet qui le perçoit, ce sens est traduit en action à accomplir .La perception est signification vitale, sensori-motrice.

L’être vivant n’est pas une machine, il perçoit le monde, il l’habite.

Le milieu est l’espace en tant qu’il est structuré par la finalité de l’organisme.

 

La tique

Un exemple de ce concept est fourni par l’analyse de la vie de la tique. Celle-ci ne réagit qu’à trois stimulants :

  1. 1.     la femelle fécondée grimpe sur une branche, et attend le passage d’un animal ; lorsque le stimulus olfactif a lieu (perception d’acide butyrique, l’odeur des glandes sudoripares des mammifères), elle se laisse tomber ; si elle ne tombe pas sur un animal, elle remonte sur une branche ;
  2. 2.     un stimulant tactile lui permet d’aller vers un emplacement de la peau dénué de poils ;
  3. 3.     elle s’enfonce jusqu’à la tête dans la peau de l’animal, se remplit de sang, se laisse tomber, pond ses œufs et meurt.

Quoique limité par rapport au nôtre, ce monde est un monde à part entière.

 

Uexküll a influencé également la philosophie et la poésie. On peut en en voir la trace chez Georges Canguilhem 1Gilles Deleuze 2, chez Jacques LacanMartin Heidegger dans Les concepts fondamentaux de la MétaphysiquePeter Sloterdijk dans Écumes ou encore chez Giorgio Agamben 3 ou Michel Deguy 4 par exemple.

 

c)      Espace et temps

Perception –schéma actanciel-motricité

L’espace est orienté, il n’est pas géométrique mais dépend de la motricité

Repère droite/gauche ; haut/bas

C’est le corps mobile s’orientant dans le monde qui esquisse le jugement.

C’est au niveau du corps que s’esquisse l’intentionnalité.

 

 


 

B-    Ce que le handicap peut nous apprendre

 

a)      Non vicariance

 

b)     Les « mondes perceptifs » différents se rapportent à une même réalité

 

Cheselden constata après son intervention que son jeune patient ne parvenait pas à voir immédiatement ce qu’il percevait grâce au toucher. C’est ce que rapporte Voltaire : « Son expérience confirma tout ce que Locke et Berkeley avaient si bien prévu. Il ne distingua de longtemps ni grandeur, ni situation, ni même figure. Un objet d’un pouce, mis devant son œil, et qui lui cachait une maison, lui paraissait aussi grand que la maison. Tout ce qu’il voyait, lui semblait d’abord être sur ses yeux, et les toucher comme les objets du tact touchent la peau. Il ne pouvait distinguer d’abord ce qu’il avait jugé rond à l’aide de ses mains, d’avec ce qu’il avait jugé angulaire, ni discerner avec ses yeux, si ce que ses mains avaient senti être en haut ou en bas, était en effet en haut ou en bas. [...] Il demandait quel était le trompeur, du sens du toucher ou du sens de la vue ».

http://www.legeneraliste.fr/actualites/article/2014/10/19/naissance-de-william-cheselden_252876#sthash.8vVECS3c.dpuf

 

Article AVEUGLE de l’Encyclopédie de Diderot

Finissons cet article avec l’auteur de la lettre, par la fameuse question de M.

Molineux. On suppose un aveugle né, qui ait appris par le toucher à distinguer un globe

d’un cube; on demande si, quand on lui aura restitué la vue, il distinguera d’abord le

globe du cube sans le toucher? M. Molineux croit que non, & M. Locke est de son avis;

parce que l’aveugle ne peut savoir que l’angle avancé du cube, qui presse sa main

d’une manière inégale, doit paraître à ses yeux, tel qu’il paraît dans le cube. De tout ce qui a été dit jusqu’ici sur le globe & sur le cube, ou sur le cercle & le

carré, concluons avec l’auteur qu’il y a des cas où le raisonnement & l’expérience des

autres peuvent éclairer la vue sur la relation du toucher, & assurer, pour ainsi dire,

l’oeil qu’il est d’accord avec le tact.

 

 

Il y a une vicariance partielle des perceptions (et non des sens)

 

Article du Monde du 3 janvier 2015-01-04

 

La vidéo paraît presque banale. De jeunes hommes parcourent des chemins de campagne à vélo. Un autre descend la rue en skateboard. Un garçonnet lance un ballon dans un panier de basket. Douces images du sport. Sauf que des images, ces jeunes n’en voient jamais : ils sont aveugles. L’association qui produit ce clip s’appelle World Access to the Blind. Comme son nom l’indique, elle souhaite ouvrir le monde aux aveugles. Avec un outil privilégié : l’écholocation.

Eclairer la scène en faisant claquer ses doigts ou sa langue… Depuis les années 1940, les scientifiques ont décrit comment certains humains perçoivent l’écho des sons qu’ils produisent. Loin des chauves-souris ou des dauphins, capables d’émettre plusieurs centaines de clics par seconde. Mais en captant le temps de latence, la nature de l’écho, son intensité, les plus performants des aveugles déterminent la taille, la distance, la forme ou la texture d’objets placés devant eux. « Ce n’est pas un outil de localisation, mais un véritable sens », soutient Gavin Buckingham.

Illusion de Charpentier

Ce jeune assistant en psychologie de l’université Heriot-Watt d’Edimbourg vient de publier, avec des collègues canadiens, dans la revue Psychological Science, un article qui met en évidence la puissance de cette perception. Non en décrivant l’étendue du phénomène, mais en en exhibant une faille. L’équipe de Gavin Buckingham a en effet montré que des aveugles écholocateurs se trompaient sur le poids d’un objet dès lors qu’ils en éprouvaient la taille. Exactement comme les voyants.

Le phénomène est appelé l’illusion de Charpentier. En 1891, le physicien français Augustin Charpentier a montré que notre vision influençait notre perception du poids. Soumis à deux objets de même masse, mais de taille différente, nous aurons toujours le sentiment que le plus grand est le plus léger. Autrement dit, un kilo de plomb paraîtra plus lourd qu’un kilo de plumes.

Pour vérifier son hypothèse, M. Buckingham a rassemblé six aveugles. Trois d’entre eux maîtrisaient l’écholocation ; les autres non. En regard, quatre voyants avaient été sélectionnés. Au moyen d’une poignée reliée à une poulie, tous devaient juger du poids de cubes de même masse, mais de trois tailles différentes (15 cm de côté, 35 cm, 55 cm). Au préalable, les voyants avaient pu voir les objets ; les aveugles, les « cliquer ».

« Vision alternative »

Résultat : les aveugles non écholocateurs sont restés imperméables à la fameuse illusion. Pour eux, les trois boîtes pesaient le même poids. Les voyants ont succombé, comme attendu, au piège de Charpentier. Les écholocateurs ? « Eux aussi se sont trompés, raconte avec délectation Gavin Buckingham. Un peu moins que les voyants, sans doute parce que la perception est moins précise. Et que les aveugles apprécient mieux le poids des objets. Mais la différence reste importante. C’est bien une vision alternative qui est ainsi construite, capable d’influer sur les autres sens. »

Le Canadien Melvyn Goodale, professeur à l’université de Western Ontario et cosignataire de l’article dans Psychological Science, avait montré en 2011, au moyen d’images cérébrales, que l’écholocation activait, non pas le cortex auditif des aveugles, mais une zone du cerveau habituellement réservée à la vision« A l’époque, j’étais étudiant, je figurais dans l’échantillon témoin », s’amuse M. Buckingham. Quatre ans plus tard, l’élève rejoint le maître, en empruntant un autre chemin.

Le cerveau peut « entendre »

Neurobiologiste à l’Université hébraïque de Jérusalem, le professeur Amir Amedi salue la démonstration : « A la fois simple, originale et puissante. Pas d’imagerie sophistiquée. Simplement en s’appuyant sur une illusion bien connue, mais que personne n’avait songé à utiliser, on montre comment le cerveau peut intégrer différentes informations pour créer des images. »

Surprenant ? « Plutôt logique, ajoute-t-il. Nous savons depuis des années que la partie du cerveau qui analyse la perception d’une forme peut être nourrie par des informations visuelles, tactiles, mais aussi auditives. » En 2007, une collaboration franco-israélienne a ainsi montré comment le cerveau pouvait « entendre » les formes, les textures et les couleurs
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/sciences/article/2015/01/02/ces-aveugles-qui-voient-avec-leurs-oreilles_4548462_1650684.html#1VJOUoicddFJqih3.99

 

c)      Les « normaux » sont des handicapés qui s’ignorent

 

Guy de Maupassant, dans une de ses nouvelles intitulée Lettre d’un fou, partant a contrario de ce qui manque à un homme privé d’un sens, s’interroge sur ce que nous apporterait un sens supplémentaire :

 

« si nous avions quelques organes de moins, nous ignorerions d’admirables et singulières choses, mais si nous avions quelques organes de plus, nous découvririons autour de nous une infinité d’autres choses que nous ne soupçonnerons jamais faute de moyen de les constater. Donc, nous nous trompons en jugeant le connu, et nous sommes entourés d’inconnu inexploré. »

Guy de Maupassant, Lettre d’un fou

 

Il nous faut prendre conscience à quel point notre finitude (notre caractère limité) nous rend déficients dans notre rapport à un monde qui nous déborde à tous égards.

 

Borgès : l’expérience de la cécité, un autre regard.

 

 

d)     Chaque monde perceptif est comme un miroir de l’univers

 

Le mot « monade », qui relève de la métaphysique, signifie, étymologiquement, « unité » (μονάς monas). C’est l’Unité parfaite qui est le principe absolu. C’est l’unité spirituelle suprême (l’Un, Dieu, le Principe des nombres), mais ce peut être aussi, à l’autre bout, l’unité minimale, l’élément spirituel minimal.

Plus subtilement, la notion de monade évoque un jeu de miroirs entre l’Un, la Monade comme unité maximale, et les monades, les éléments des choses ou les choses en tant qu’unités minimales, reflets, de l’Un ; une chose une est comme un microcosme, un reflet, un point de vue de l’Unité ; une âme dit partiellement ce qu’est l’Âme, celle du monde, ou l’Esprit.

 

Leibniz

Philosophe et mathématicien, à partir de 1696 Leibniz développe un système métaphysique selon lequel l’Univers est constitué de monades. Pendant la dernière année de sa vie, en 1714, il écrit en français deux textes marquants sur ce thème, le second étant devenu célèbre sous le titre de Monadologie. Tout être est soit une monade soit un composé de monades. Quant à leur nature, les monades sont des substances simples douées d’appétition et de perception. Quant à leur structure, ce sont des unités par soi, analysables en un principe actif appelé « âme », « forme substantielle » ou « entéléchie », et en un principe passif, dit « masse » ou « matière première ».  Les monades sont chacune un miroir vivant, représentatif de l’univers, suivant leur point de vue. Quant à leur hiérarchie, les monades présentent des degrés de perfection : a) au plus bas degré, les monades simples ou « nues » se caractérisent par des perceptions inconscientes. Elles contiennent toutes les informations sur l’état de toutes les autres, mais n’ont ni conscience ni mémoire. Ce sont les monades des minéraux et des végétaux ; b) puis viennent les monades sensitives, douées de perceptions conscientes et de mémoire et qui imitent la raison. Telles sont les monades des animaux ; c) les monades raisonnables se distinguent par la conscience réfléchie (« aperception ») de leurs perceptions, qui entraînent la liberté. C’est le cas des monades humaines ; d) ensuite les anges ; e) Dieu, dira Hegel, est la Monade des monades13.

D’ailleurs il y a mille marques qui font juger qu’il y a à tout moment une infinité de perceptions en nous, mais sans aperception et sans réflexion, c’est-à-dire des changements dans 1′âme même dont nous ne nous apercevons pas, parce que les impressions sont ou trop petites et en trop grand nombre ou trop unies, en sorte qu’elles n’ont rien d’assez distinguant à part, mais jointes à d’autres, elles ne laissent pas de faire leur effet et de se faire sentir au moins confusément dans l’assemblage. C’est ainsi que l’accoutumance fait que nous ne prenons pas garde au mouvement d’un moulin ou à une chute d’eau, quand nous avons habité tout auprès depuis quelque temps. Ce n’est pas que ce mouvement ne frappe toujours nos organes, et qu’il ne se passe encore quelque chose dans l’âme qui y réponde, à cause de l’harmonie de l’âme et du corps, mais ces impressions qui sont dans l’âme et dans le corps, destituées des attraits de la nouveauté, ne sont pas assez fortes pour s’attirer notre attention et notre mémoire, attachées à des objets plus occupants. Car toute attention demande de la mémoire, et souvent quand nous ne sommes point admonestés pour ainsi dire et avertis de prendre garde à quelques-unes de nos propres perceptions présentes, nous les laissons passer sans réflexion et même sans être remarquées ; mais si quelqu’un nous en avertit incontinent après et nous fait remarquer par exemple quelque bruit qu’on vient d’entendre, nous nous en souvenons et nous nous apercevons d’en avoir eu tantôt quelque sentiment. Ainsi c’étaient des perceptions dont nous ne nous étions pas aperçus incontinent, l’aperception ne venant dans ce cas que de l’avertissement après quelque intervalle, tout petit qu’il soit. Et pour juger encore mieux des petites perceptions que nous ne saurions distinguer dans la foule, j’ai coutume de me servir de l’exemple du mugissement ou du bruit de la mer dont on est frappé quand on est au rivage. Pour entendre ce bruit comme l’on fait, il faut bien qu’on entende les parties qui composent ce tout, c’est-à-dire les bruits de chaque vague, quoique chacun de ces petits bruits ne se fasse connaître que dans l’assemblage confus de tous les autres ensemble, c’est-à-dire dans ce mugissement même, et ne se remarquerait pas si cette vague qui le fait était seule. Car il faut qu’on en soit affecté un peu par le mouvement de cette vague et qu’on ait quelque perception de chacun de ces bruits, quelque petits qu’ils soient ; autrement on n aurait pas celle de cent mille vagues, puisque cent mille riens ne sauraient faire quelque chose. On ne dort jamais si profondément qu’on n’ait quelque sentiment faible et confus, et on ne serait jamais éveillé par le plus grand bruit du monde, si on n’avait quelque perception de son commencement qui est petit, comme on ne romprait jamais une corde par le plus grand effet du monde, si elle n était tendue et allongée un peu par des moindres efforts, quoique cette petite extension qu’ils font ne paraisse pas.

Ces petites perceptions sont donc de plus grande efficace par leurs suites qu’on ne pense. Ce sont elles qui forment ce je ne sais quoi, ces goûts, ces images des qualités des sens, claires dans l’assemblage, mais confuses dans les parties, ces impressions que des corps environnants font sur nous, qui enveloppent l’infini, cette liaison que chaque être a avec tout le reste de l’univers.

 

Leibnitz, Nouveaux Essais sur l’entendement humain, Préface

 

-          Epistémologie :

-          Peut-on dire que la perception est une connaissance ?

-          La perception est-elle déjà une science ?

-          Suffit-il de percevoir pour savoir ?

-          De la perception au concept scientifique y a-t-il continuité ou rupture ?

-          Percevoir, est-ce connaître ?

-          Nos sens sont-ils trompeurs ?

-          Faut-il ne croire que ce que l’on voit ?

-          Esthétique

-          Le beau n’est-il que l’objet d’une perception ?

-          Une oeuvre d’art nous permet-elle de nous évader du monde ou de mieux le regarder ?

-          Percevoir est-ce seulement recevoir ?

-          La perception est-elle active ou passive?

-          Peut-on voir sans regarder ?

-          La perception peut-elle s’éduquer ?

-          Phénoménologique

-          Pouvons-nous être certains que nous ne sommes pas toujours en train de rêver ?

-          Quand nous percevons, comment savons-nous que nous ne rêvons pas?

-          La perception que nous avons d’autrui est-elle identique à celle que nous avons des choses?

-          Quel rapport la conscience entretient-elle avec ses objets ?

Ethique

-          Le handicap perceptif a-t-il quelque chose à nous apprendre ?

 


 

Nos sens sont-ils trompeurs ?

 

 

Je crois ce que je vois : attitude naturelle

Sans les sens nous ne saurions rien du monde qui nous entoure

Etre c’est être perçu, on ne peut rien connaître au-delà de nos perceptions, pas de réalité autre qu’elle

 

Source d’illusion

Incapables de nous fournir une connaissance vraie

Pas objectifs, propres à chacun

Nous sommes comme des handicapés qui s’ignorent

Seul l’entendement perçoit

La raison seule nous permet de connaître. Si nous nous trompons c’est que nous jugeons mal, que nous préjugeons.

 

La distinction sensation/perception est douteuse

Nos sensations sont déjà traitées par nos organes perceptifs

Les « erreur » des sens sont parfois des rectifications « justes » qui nous permettent de mieux connaître les phénomènes

Nous percevons en fonction de nos besoins

A chacun son monde perceptif, pas d’erreur ni d’illusion

Les mondes perceptifs divers et incommunicables se rapportent pourtant à un monde commun, ils sont chacun à leur façon comme un miroir vrai de l’univers

 


 

 

 

On ne se lasse pas de répéter que l’homme est bien peu de chose sur la terre, et la terre dans l’univers. Pourtant, même par son corps, l’homme est loin de n’occuper que la place minime qu’on lui octroie d’ordinaire, et dont se contentait Pascal lui-même quand il réduisait le corps à n’être, matériellement, qu’un roseau. Car si notre corps est la matière à laquelle notre conscience s’applique, il est coextensif à notre conscience, il comprend tout ce que nous percevons, il va jusqu’aux étoiles. Mais ce corps immense change à tout instant, et parfois radicalement, pour le plus léger déplacement d’une partie de lui-même qui en occupe le centre et qui tient dans un espace minime. Ce corps intérieur et central, relativement invariable, est toujours présent. Il n’est pas seulement présent, il est agissant : c’est par lui, et par lui seulement, que nous pouvons mouvoir d’autres parties du grand corps. Et comme l’action est ce qui compte, comme il est entendu que nous sommes là où nous agissons, on a coutume d’enfermer la conscience dans le corps minime, de négliger le corps immense… Mais la vérité est tout autre, et nous sommes réellement dans tout ce que nous percevons (1).

(1) La lecture du Discours de métaphysique de Leibniz fera comprendre l’inspiration de Bergson ici (FE).

Texte donné au baccalauréat.

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