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la matiere et l’esprit

La matière et l’esprit

 

Le vivant, l’esprit sont-ils des objets de science comme les autres ? Peut-on tout expliquer scientifiquement en faisant uniquement appel à des données matérielles ? La science (une car la réalité est une, homogène) , ou les sciences (car la réalité est diverse, il y a des réalités hétérogènes)? La méthode, les prémisses ne changent-elles pas selon le genre d’objet que l’on étudie ?

La science moderne s’est constituée en excluant de son champ d’étude tout ce qui n’était pas observable, c’est-à-dire mesurable, quantifiable, objectivable sous forme d’équations, c’est-à-dire de rapport entre quantités, en bref mathématisable. « La » science semble donc d’abord avoir pour unique objet d’étude la matière inerte.

 

 

Tout ce qui est réel est-il matériel ? La science tend à évacuer comme fantaisiste toute question concernant autre chose que cette « matérialité ». Mais n’y a-t-il pas d’autres réalités (qualitatives, sensibles, symboliques) que celles étudiées par « LA » science ?

L’esprit peut-il être un objet de science ? Vouloir étudier l’âme, c’est vouloir rendre objective une notion métaphysique. La science étudie donc le cerveau, et seulement le cerveau. Mais si la notion d’âme est une notion trop connotée religieusement, qu’en est-il de l’esprit ? Avons-nous un esprit ou un cerveau ? Des idées ou des connexions neuronales ? Peut-on étudier scientifiquement l’esprit ?

 

Quelles difficultés les sciences humaines (sociologie, psychologie, ethnologie, histoire…) doivent-elles donc affronter pour se constituer comme sciences rigoureuses ? Doit-on leur accorder ou leur refuser le statut de sciences ? Et si on le leur accorde, est-ce à condition qu’elles adoptent les méthodes des sciences dures, ou faut-il adopter des méthodes spécifiques, correspondant à leur objet ?

 

Enfin, le vivant ne semble pas non plus être un objet de science comme les autres. Pour l’étudier, faut-il réduire la vie à un phénomène de laboratoire ? Et si l’on peut effectivement étudier un organisme vivant, peut-on pour autant étudier la vie elle-même? La vie est-elle une notion scientifique, ou métaphysique ? L’étude même de la vie semble marquée par des peurs superstitieuses, qui en jalonnent l’avancée : le mythe de Frankenstein hante tout expérimentateur, « on ne doit pas essayer de produire la vie elle-même » !


 

 

 

 

Cire anatomique- musée d’anatomie de Montpellier

 

 

Dans notre cerveau, y a-t-il des pensées, ou des neurones ?

 

 

 

Schéma du fonctionnement de la glande pinéale vue par Descartes, dans les Méditations métaphysiques (1641)

 

 

Pensez-vous comme Descartes que « C’est l’âme qui perçoit et non pas l’œil » ?

 

 

 

 

La dame à la larme, cire anatomique d’André-Pierre Pinson

 

 

Suffit-il d’expliquer le corps pour comprendre l’esprit ?

 

 

 

 

 

 

Les machines peuvent-elles penser ?

I-                   Expliquer le corps

 

A-    Le dualisme cartésien

 

« j’ai une claire et distincte idée de moi-même, en tant que je suis seulement une chose qui pense et non étendue, et [...] j’ai une idée distincte du corps, en tant qu’il est seulement une chose étendue et qui ne pense point. » Descartes, méditations métaphysiques, 1641

 

Le corps et l’âme peuvent se concevoir distinctement, indépendamment l’un de l’autre. Ce sont donc deux choses différentes, deux substances distinctes. L’âme est une substance pensante et le corps une substance étendue.

Dualisme : il y a deux substances dans l’univers, la matière, et l’esprit.

 

La vie est mécanique

D’autre part, dans la mesure où Descartes considère que l’âme n’est présente, parmi les vivants, que chez l’homme, il en conclut que les animaux ne sont que des «machines», assemblages complexes de roues et de ressorts, et comme tels intégralement connaissables par les voies de la géométrie et de la mécanique.

 

L’animal est habité par une « force » qui est mécanique, soumise au déterminisme (même cause – même effet). L’animal ne pense pas, il ne parle donc pas (ses cris ne sont que l’expression mécanique de ses « passions », ou l’effet d’un dressage).

 

B-    Le problème de l’union de l’âme et du corps chez Descartes

 

Il convient de comprendre comment, dans l’homme, s’effectue l’union de l’âme et du corps, de l’esprit et de la matière, puisque c’est uniquement en lui qu’un tel dualisme se rencontre. Descartes écrira un Traité des passions, dans lequel il pose la question de l’articulation entre la matière et l’étendue, entre l’âme et le corps.

 

« L’âme  est véritablement jointe à tout le corps» Descartes, Traité des passions

 

L’union de l’âme et du corps est vécue, éprouvée par nous au travers des besoins et des passions, en ceci que l’âme peut affecter le corps ou le corps peut affecter l’âme. Mais cette union reste pour Descartes mystérieuse.

 

L’exemple de la vision

Descartes étudie le phénomène de la vision, il en fait le schéma explicatif. Voir consiste à recevoir sur la rétine des rayons lumineux, transmis au cerveau par les nerfs optiques. Mais Descartes  imagine que l’âme se trouve dans le cerveau et que c’est elle qui voit.

 

« Ce n’est pas l’oeil qui voit, c’est l’âme. », écrit Descartes.

 

Expliquer la vision au niveau physiologique ne rend pas compte du fait de la perception en elle-même, qui supposerait une pensée, une « âme », en termes modernes une subjectivité, qui concevrait l’image.

 

C-    L’abandon des notions de « vie » et d’âme » par les scientifiques après Descartes

Le corps est mécanique, et donc explicable. L’union de l’âme et du corps n’est pas explicable. Les savants après Descartes vont donc tout simplement abandonner l’étude de cette union, abandonner la notion même d’esprit, pour étudier l’explicable c’est-à-dire le corps.

Seule la matière est soumise au déterminisme. Elle seule pourrait donc être objet de science.

Les scientifiques ne se préoccuperont plus de l’âme, et étudieront le cerveau. Ils n’étudieront plus la vie, mais le corps.

Conséquence ontologique : Selon de nombreuses religions, l’homme était d’abord une âme, qui devait se détacher de son enveloppe matérielle pour se tourner vers la spiritualité…. Progressivement, l’homme ne sera plus considéré comme un être privilégié au sein de la nature, doté d’une âme immortelle, d’une conscience.

Mais l’âme et la vie ne sont pas mesurables et identifiables par les méthodes des sciences naturelles….

 

II-                Expliquer l’esprit par les méthodes de la science (le cérébral)

 

Expliquer = c’est mettre en évidence un lien objectif qui unit un phénomène au processus qui en est la cause. C’est ainsi énoncer la loi causale qui préside à sa production. C’est mettre à jour un déterminisme.

On pourra ainsi expliquer la production d’un livre par des données cognitives (langage, attention, symbolisation) et par des causes socio-historiques.

La pensée, l’esprit est selon cette hypothèse explicable par ses causes matérielles, que ce soient des causes biologiques ou des causes sociales, historiques, économiques…

 

A-    Tout est matériel

 

Certains philosophes, dans la suite de Descartes, chercheront à remplacer le dualisme (matière+ esprit) par une solution moniste, affirmant que la pensée n’est rien d’autre qu’un produit de la matière corporelle elle-même, et qu’il n’est donc pas nécessaire d’imaginer une substance différente de cette dernière. Il n’y a que de la matière.

 

Monisme : il n’y a qu’une seule substance dans l’univers, tout est matériel, l’esprit n’existe pas. Le monisme s’oppose au dualisme.

 

Les épicuriens développent une vision atomiste, et donc matérialiste et moniste, du monde. Ils combattent ainsi les superstitions et les craintes liées à la croyance en l’existence des dieux.

 

Le marxisme reprendra à son compte le matérialisme épicurien, mais avec une visée politique : ce ne sont pas les idées qui dirigent le monde, au contraire le monde est une réalité matérielle , économique et sociale : les rapports de domination réels déterminent le contenu de notre pensée, qui n’est que le reflet de la conscience de la classe à laquelle nous appartenons.

NB : on retrouvera cette orientation dans certaines sciences sociales.

 

B-    Le corps est une machine

La conséquence de la conception moniste, qui nie que l’esprit soit une réalité distincte, est que c’est la matière qui pense dans notre cerveau. La pensée n’est pas une chose en soi, ni une « substance », ni une âme : elle n’est que l’activité du cerveau, des neurones, donc de la matière. La matière pense

Il faut alors poser une continuité entre tous les états de la matière, inanimée, inanimée, pensante.

 « Tout animal est plus ou moins homme ; tout minéral est plus ou moins plante ; toute plante est plus ou moins animal. » le rêve de d’Alembert, Diderot

C’est ainsi que La Mettrie, médecin et philosophe matérialiste français du XVIIIème siècle, extrapole à partir de l’animal-machine de Descartes un « homme-machine » intégralement matériel, qui n’est autre que nous-mêmes. L’esprit n’est qu’un organe parmi les autres, matériel et donc soumis comme le reste des organes au déterminisme et au mécanisme.

« Le corps humain est une Machine qui monte elle-même ses ressorts » La Mettrie

Autrement dit, mon courage, mes sentiments, mes pensées s’expliquent par ce que j’ai mangé à midi, la qualité de mon sommeil et l’excellence de ma constitution.

Nous pensons avec notre corps, nos pensées s’expliquent par la biologie, nos idées ont des causes matérielles.

 

C-    Conséquences épistémologiques

 

Depuis une trentaine d’années, les avancées des neurosciences, rejoignent le point de vue de La Mettrie.

Selon le neurobiologiste français J.-P.Changeux,  la pensée est une « fonction » du cerveau et des processus biochimiques dont il est le siège.

 

Les sciences sociales vont aussi adopter une orientation positiviste :

L’orientation positiviste sera menée par le sociologue Durkheim : selon lui, il faut « considérer les faits sociaux comme des choses ». Les sciences humaines doivent devenir des sciences « positives » : Rigueur, objectivité, outils mathématiques… appliquées aux réalités humaines telles que l’étude sociologique du suicide considéré comme un fait social, par exemple.

 

Les sciences sociales et humaines (histoire, sociologie, psychologie…) vont alors revendiquer le statut de science à part entière. Il leur faut pour cela évacuer toute subjectivité, étudier de la façon la plus neutre possible les faits et rien que les faits, utiliser des outils mathématiques, s’emparer en un mot des méthodes des sciences « dures »…

 

 

III-             Comprendre l’esprit (le mental)

 

Que penser de ce positivisme triomphant ? L’explication des sciences « dures » suffit-elle pour comprendre l’esprit, rendre compte des significations, donner du sens aux événements de l’histoire humaine, etc ?

 

A-    L’esprit, ou le domaine du sens

L’esprit en se pensant, en prenant conscience de lui-même, en se prenant pour objet, produit du sens, s’oriente, produit en somme sa liberté.

La réalité de l’esprit doit être appréhendée dans ce qui constitue sa spécificité et sa valeur. La pensée n’est pas réductible purement et simplement à ce que l’on vient de manger à midi, même si elle n’est pas indépendante de cela. La pensée est un effet de la matière, elle ne peut exister sans le cerveau, elle est détruite si on détruit le cerveau, mais elle a une valeur propre, une signification que l’explication mécaniste n’épuise pas.

On adoptera dès lors pour étudier l’esprit les méthodes qui conviennent à ce type de réalité : la méthode compréhensive en complément de la méthode explicative.

Si la méthode explicative convient aux sciences de la nature, il est nécessaire de la compléter par une méthode spécifique en ce qui concerne l’esprit. Si l’on ne peut rendre compte du sens de la pensée par les mêmes méthodes que celles des sciences « dures », cela ne veut pas dire que l’esprit n’existe pas ; cela ne signifie pas pour autant que l’esprit soit une âme immortelle. On dira que l’esprit a une dimension de réalité spécifique.

B-    La compréhension comme méthode spécifique  aux sciences humaines

L’expérience subjective n’est pas réductible à ce qu’en disent les sciences de la nature.

Il y a une spécificité de l’étude de l’esprit, qui concerne son intentionnalité, ses motivations, le sens qu’il donne à son action et à son rapport au monde. L’exclure des investigations scientifiques touchant l’humain est une erreur, car la réalité humaine n’est pas seulement matérielle, elle réside aussi dans le sens que l’on donne à nos conduites.

Ainsi l’histoire doit-elle étudier non seulement des archives et rassembler des témoignages, mais elle doit les interpréter pour mieux les comprendre et en faire surgir le sens.

Selon Max Weber : Il est nécessaire de « comprendre les motivations des acteurs du monde social. »

Comprendre = étymologiquement prendre ensemble, dans une opération de synthèse, en ramenant à l’unité d’un sens, d’une intention, d’un projet ; c’est unifier en pensée un acte ou une parole en les rapportant à leur raison d’être effectué ou dite.

Il convient dès lors de faire intervenir une part maîtrisée de « subjectivité » dans l’étude des faits humains, car c’est en « se mettant à la place des autres » que l’on peut faire surgir le sens d’une conduite. Cependant cette compréhension sera limitée : on ne peut pas tout « comprendre », et une trop forte empathie nuirait à l’objectivité de l’étude sociologique ou historique (cf : Primo Levi : on ne doit pas « comprendre » le nazisme).

C’est à Wilhem Dilthey, philosophe allemand contemporain de Nietzsche, que l’on doit la distinction entre comprendre et expliquer. Selon lui, ce qu’il appelle les « sciences de l’esprit » sont aussi objectives que les sciences de la nature, mais ont une approche différente de leur objet.
Les sciences de l’homme, et en particulier l’histoire, feraient intervenir non seulement le déterminisme naturel, mais aussi les intentions des agents. Ces intentions doivent être interprétées, et en ce sens, les sciences humaines seraient des herméneutiques (sciences de l’interprétation).

« Nous expliquons la nature, nous comprenons la vie psychique ». Dilthey

 

C-     L’exemple de la psychanalyse

La psychanalyse prône un déterminisme non pas causal au sens d’un mécanisme physique ; mais un déterminisme singulier, fonction de l’histoire particulière du sujet, non généralisable. Il sera fonction des intentions, des buts poursuivis, du sens qu’ont les événements pour le sujet. Dimension singulière de la connaissance, contrairement aux sciences « dures » qui connaissent les lois générales en « oubliant » le cas singulier, la psychanalyse cherche ce qui est cause pour ce sujet particulier.

Interpréter des conduites humaines : conflits, ombres…

Le corps est alors le lieu de l’expression des émotions, du sens. Les maladies de l’esprit seront manifestées dans le corps. Le corps sera « parlé » et compris, pas seulement expliqué comme une mécanique…

On pourrait donc aussi comprendre le corps, comme un grimoire de nos affects.


 

ANNEXE

Qu’est-ce que la matière ?

La matière : notion qui semble évidente ! C’est ce dont une chose est faite, tout simplement ! C’est la réalité physique extérieure non vivante, (mais les vivants sont aussi constitués de matière). On peut l’appréhender par nos sens (vue, toucher…).

Mais nos sens nous donnent à percevoir plusieurs choses: je vois une chose avec une forme donnée, avec une texture, un poids, une dimension, une couleur, des reflets, etc.

Qu’appelle-t-on alors « matière » dans ce que je perçois ?

 

Matière et forme

Aristote : La matière est ce en quoi les choses sont faites, elle est le substrat des changements. Comme le bronze par rapport à la statue ou le bois par rapport au lit.

On ne connaît que des matières déjà déterminées par des formes. On ne peut percevoir de matière sans forme.

La forme est imposée à la matière par l’artisan. La matière est comme un « porte-empreinte », nous dit Platon. La matière est le substrat de la forme, c’est une substance « informée ».

D’où les choses tiennent-elles leur forme ? La forme vient à l’objet de l’extérieur quand ils sont manufacturés, mais elle leur vient de l’intérieur quand ils sont vivants. La chose naturelle possède son principe en elle-même. Donc la nature, c’est de la matière plus un principe interne qui lui donne forme.

Il y a donc des matières qui développent leur forme naturellement, et des matières qui sont formées ou transformées par l’homme (les objets artificiels, fabriqués : un stylo ne se forme pas tout seul, une plante se forme toute seule).

La matière est pensée dans les deux cas comme le réceptacle « passif » de la forme.

 

Matière et qualités

On pense la matière indépendamment de la forme, c’est une première abstraction. Descartes va plus loin. Les qualités sensibles de la matière ne demeurent pas stables, pas plus que les formes sous lesquelles la matière m’apparaît. Or les qualités sensibles, c’est bien ce que l’on voit, ce que l’on touche etc.

Si on doit penser la matière indépendamment de ce que l’on en perçoit, alors la matière passe de ce qui est perceptible au concept, à l’idée, par abstraction.

Ce ne sont donc pas les qualités sensibles qui sont l’objet d’un savoir, mais des données abstraites. On laisse donc de côté les qualités pour passer dans le domaine du quantifiable, du mesurable. C’est ainsi que Descartes analyse un morceau de cire, pour finir par réduire tout corps à son extension mesurable dans l’espace.

Les scientifiques iront plus loin, en définissant les différentes matières comme des agrégats d’atomes, sans aucune référence à leur aspect sensible.

 

 

 

 

 

 

Le corps humain est une Machine qui monte elle-même ses ressorts ; vivante image du mouvement perpétuel. Les aliments entretiennent ce que la fièvre excite. Sans eux l’Âme languit, entre en fureur, et meurt abattue. C’est une bougie dont la lumière se ranime, au moment de s’éteindre. Mais nourrissez le corps, versez dans ses tuyaux des sucs vigoureux, des liqueurs fortes ; alors l’Âme, généreuse comme elles, s’arme d’un fier courage, et le Soldat que l’eau eût fait fuir, devenu féroce, court gaiement à la mort au bruit des tambours.

La Mettrie, L’homme-machine

 

Mais puisque toutes les facultés de l’âme dépendent tellement de la propre organisation du cerveau et de tout le corps, qu’elles ne sont visiblement que cette organisation même ; voilà une machine bien éclairée ! Car enfin quand l’homme seul aurait reçu en partage la Loi Naturelle, en serait-il moins une machine ? Des roues, quelques ressorts de plus que dans les animaux les plus parfaits, le cerveau proportionnellement plus proche du cœur, et recevant aussi plus de sang, la même raison donnée ; que sais-je enfin ? des causes inconnues, produiraient toujours cette conscience délicate, si facile à blesser, ces remords qui ne sont pas plus étrangers à la matière, que la pensée, et en un mot toute la différence qu’on suppose ici. L’organisation suffirait-elle donc à tout ? Oui, encore une fois. Puisque la pensée se développe visiblement avec les organes, pourquoi la matière dont ils sont faits, ne serait-elle pas aussi susceptible de remords, quand une fois elle a acquis avec le temps la faculté de sentir ?

L’âme n’est donc qu’un vain terme dont on n’a point d’idée, et dont un bon esprit ne doit se servir que pour nommer la partie qui pense en nous. Posé le moindre principe de mouvement, les corps animés auront tout ce qu’il leur faut pour se mouvoir, sentir, penser, se repentir, et se conduire en un mot dans le physique, et dans le moral qui en dépend.

La Mettrie, Idem

Que nous dit en effet l’expérience ? Elle nous montre que la vie de l’âme ou, si vous aimez mieux, la vie de la conscience, est liée à la vie du corps, qu’il y a solidarité entre elles, rien de plus. Mais ce point n’a jamais été contesté par personne, et il y a loin de là à soutenir que le cérébral est l’équivalent du mental, qu’on pourrait lire dans un cerveau tout ce qui se passe dans la conscience correspondante. Un vêtement est solidaire du clou auquel il est accroché ; il tombe si l’on arrache le clou ; il oscille si le clou remue ; il se troue, il se déchire si la tête du clou est trop pointue ; il ne s’ensuit pas que chaque détail du clou corresponde à un détail du vêtement, ni que le clou soit l’équivalent du vêtement ; encore moins s’ensuit-il que le clou et le vêtement soient la même chose. Ainsi, la conscience est incontestablement accrochée à un cerveau mais il ne résulte nullement de là que le cerveau dessine tout le détail de la conscience, ni que la conscience soit une fonction du cerveau. Tout ce que l’observation, l’expérience, et par conséquent la science nous permettent d’affirmer, c’est l’existence d’une certaine relation entre le cerveau et la conscience.

Henri Bergson, L’énergie spirituelle, 1912

 

 

 

- Que l’âme est unie à toutes les parties du corps conjointement.

 

Mais, pour entendre plus parfaitement toutes ces choses, il est besoin de savoir que l’âme est véritablement jointe à tout le corps, et qu’on ne peut pas proprement dire qu’elle soit en quelqu’une de ses parties à l’exclusion des autres, à cause qu’il est un, et en quelque façon indivisible, à raison de la disposition de ses organes qui se rapportent tellement tous l’un à l’autre, que lorsque quelqu’un d’eux est ôté, cela rend tout le corps défectueux; et à cause qu’elle est d’une nature qui n’a aucun rapport à l’étendue, ni aux dimensions, ou aux propriétés de la matière dont le corps est composé, mais seulement à tout l’assemblage de ses organes, comme il paraît de ce qu’on ne saurait aucunement concevoir la moitié ou le tiers d’une âme, ni quelle étendue elle occupe, et qu’elle ne devient point plus petite de ce qu’on retranche quelque partie du corps, mais qu’elle s’en sépare entièrement lorsqu’on dissout l’assemblage de ses organes.

Descartes, Les passions de l’âme

 

 

 

 

 

 

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