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la culture

CHAPITREV : la culture, le langage

 

 

Première partie : La culture, l’humanité

 

 

I-                   Nature et culture

 

Qu’est-ce que l’homme ? Les Anciens définissent l’homme par sa nature, les modernes le définissent par sa culture.

 

Les termes mêmes dans lesquels nous en parlons sont très marqués par nos préjugés:

 

inné/acquis ; nature/culture ; instinct/éducation ; naturel/artificiel ; civilisé/sauvage, barbare, éduqué/bestial, cultivé/inculte, etc.

 

Paradoxalement, on valorise volontiers le naturel, on considère la culture comme un artifice inauthentique et superflu, une contrainte liberticide. Mais on valorise également la civilisation face à ce qui sera considéré comme « sauvage », animal, bestial.

 

 

-          Quel risque courrons-nous à définir l’homme selon sa nature ?

Non seulement on nie la liberté de l’homme, mais on risque de définir la « nature » de l’homme selon nos propres normes et coutumes, et d’exclure de l’humanité ceux qui ne vivent pas comme nous.

 

Ex : nature féminine, races, « mentalités »… On essentialise des caractéristiques acquises, et on y enferme les autres.

 

 

-          Mais d’un autre côté, quel risque courre-t-on à définir l’homme selon sa culture ?

 

N’est-ce pas prendre le risque d’oublier ce qui en l’homme serait naturel ? N’est-ce pas aussi prendre le risque de ne plus pouvoir définir ce qui fait l’unité de l’espèce humaine ? Comment dès lors penser à la fois la diversité des cultures et l’unité du genre humain ?

 

 

C’est bien la délimitation entre nature et culture qui est pour l’espèce humaine problématique, car ces notions semblent dès l’origine inextricablement liées.

 

 

 

 


 

A-    L’homme selon l’ordre naturel

 

La dimension proprement culturelle de l’homme reste longtemps ignorée. L’Antiquité voit dans la parole, dans la dimension sociale et dans les mœurs des données naturelles, servant à la fois de garant de l’identité et de norme morale. Ainsi l’étude ne vise-t-elle pas à « cultiver » les hommes au sens moderne du terme, mais à les rendre plus vertueux.

Pour les Grecs, pour les anciens en général, la nature est un cosmos, c’est-à-dire un univers ordonné et hiérarchisé qui constitue pour l’homme un monde achevé et une autorité parfois effrayante ou hostile, mais jamais contestable. Idée que l’on retrouve aussi chez de nombreux philosophes modernes, en particulier Rousseau et Spinoza.

 

a)      La nature comme idéal et norme

Rationalité et perfection. « La nature ne fait rien en vain. »

Cette formule fameuse d’Aristote exprime bien la conviction des anciens : dans la nature tout est en ordre. Chaque chose a une place et une raison d’être, chaque élément de la nature répond à une fonction ou une finalité, elle-même ordonnée par l’agencement de la totalité.

L’homme est un animal social

Aristote conçoit l’homme comme un animal politique, naturellement disposé à vivre en couple, famille, village et Cité (polis), dans des rapports naturellement inégaux de domination des femmes par les hommes (au sens masculin) et des esclaves par les maîtres, la preuve étant que seuls les hommes (êtres humains) peuvent user de la voix pour débattre des lois de la justice et vivre ainsi en Cités organisées. L’homme est donc naturellement sociable, mais les inégalités sont naturelles et inévitables.

La nature est invoquée (elle l’est encore !) comme une norme régulant les mœurs et fixant la valeur réciproque des choses des comportements et des êtres.

 

Plénitude et équilibre.
La nature  ne rate pas ses buts. Dans la nature, tout est équilibré, rien n’arrive à contresens, rien n’est contre nature. Tout est « dans l’ordre des choses ». Les inconvénients sont toujours compensés et équilibrés, comme les variations du climat, qui dans la nature, ne rompent jamais complètement les équilibres écologiques.

La nature, par certains de ses aspects (rationalité, plénitude, autorégulation, prodigalité, créativité, etc.), a pu constituer un idéal pour le sage et pour certains philosophes (Épictète, Épicure et Lucrèce, Rousseau..).
b) Suivre la nature, vivre conformément à la nature

Suivre la nature, pour un homme, ce n’est pas retourner vivre dans les forêts avec les ours (précepte que Voltaire prétendait trouver chez Rousseau). C’est rentrer en soi-même pour rétablir volontairement ce qui est notre vraie nature : tel est le secret de la sagesse et du bonheur.

 

L’idéal des stoïciens et des épicuriens ne signifie pas qu’il faut retourner vivre avec les bêtes sauvages, ni qu’il faut accepter tous les maux de la nature (maladies, cataclysmes, mort). Mais il faut prendre le plaisir qui est à notre portée, pourvu qu’il soit naturel (Épicure). Il faut surtout lire le livre de l’Univers à lumière de l’intelligence, qui est notre vraie nature.

 

Toutefois, depuis Descartes, la nature a cessé d’être idéalisée par les modernes.

 


 

B-    La culture au sens  humaniste

 

Un autre courant de pensée, qui trouve certes sa source dans l’Antiquité (Platon, les stoïciens) mais qui ne prend toute son ampleur qu’à la Renaissance, fait de l’homme une exception au sein de la nature.  L’homme est au centre de l’univers et il est radicalement distinct des animaux.

Adam et Eve

La Joconde, Vinci

 

a)      La culture comme édification

 

DEFINITION

 

Etymologie : colere, cultiver, prendre soin, honorer, c’est travailler la terre pour la mettre en valeur, la rendre fertile. Transformation de la nature en vue d’une amélioration. Enrichissement à partir du donné naturel qui sert de base, de matériau.

On retrouve le même sens dans les expressions : « culture du corps » ou « culture physique », « culture de l’esprit ».

 

Comme le dit Erasme, « on ne naît pas homme, on le devient ».

Au 17ème, où la culture est comprise au sens restreint, comme raffinement d’une bonne éducation, dont la notion de culture générale est aujourd’hui l’héritière. La culture est création collective des hommes. La culture est l’ensemble des savoirs qui sont continuellement améliorés, complétés et transmis de générations en générations. Etre cultivé, c’est assumer cet héritage.

Texte Brillat Savarin

Les humanités : idéalisation du savoir des Anciens.

 

b)     Parole et pensée

Descartes : la capacité de parler est propre à l’homme, car le langage est l’expression de la pensée.

Les animaux ne parlent pas car lorsqu’ils émettent des sons, ceux-ci sont fixés par l’instinct. L’instinct est prédéterminé, plutôt rigide, sans délibération ; l’intelligence implique l’hésitation, la conscience, la délibération, la souplesse. La parole inventive et adaptable reflète cette souplesse qui définit l’intelligence.

La nature et l’instinct ne déterminent pour l’homme ni les moyens (outils, techniques), ni les fins (buts de la vie, valeurs). L’homme est un être libre, capable d’inventer ce qu’il veut être, et c’est la culture humaine qui manifeste cette liberté et cette inventivité sans limite.

 

 Le propre de l’homme est alors la culture, qui lui commande de s’arracher à la nature. On dissimulera alors les manifestations trop crues de la nature, au niveau du corps (odeurs et autres !) comme de la nourriture, toujours apprêtée.

c)      L’arrachement à la nature

 

Kant parle de la « sauvagerie naturelle de l’homme » que l’éducation doit se donner pour but de surmonter. Or, l’éducation de l’homme n’est jamais achevée. Notre vie morale est une lutte permanente contre la menace du retour et d’une réactivation de nos instincts (paresse, agressivité, dérèglement sexuel, etc.).

 

Il s’agit alors de cultiver la liberté par la contrainte

 

Juste après l’instinct de nutrition, par lequel la nature conserve chaque individu, le plus important est l’instinct sexuel grâce auquel la nature pourvoit à la conservation de chaque espèce. Or la raison, une fois éveillée, ne tarda pas non plus à manifester, ici aussi, son influence. L’homme ne tarda pas à comprendre que l’excitation sexuelle, qui chez les animaux repose seulement sur une impulsion passagère et le plus souvent périodique, était susceptible chez lui d’être prolongée et même augmentée sous l’effet de l’imagination qui exerce son action, avec d’autant plus de mesure sans doute, mais aussi de façon d’autant plus durable et d’autant plus uniforme, que l’objet est davantage soustrait aux sens; et il comprit également que cela préservait de la satiété qu’entraîne avec soi la satisfaction d’un désir purement animal. La feuille de figuier fut donc le résultat d’une manifestation de la raison bien plus importante que celle dont elle avait fait preuve lors de la première étape de son développement. Car rendre une inclination plus intense et plus durable, du fait que l’on soustrait son objet au sens, manifeste déjà la conscience d’une domination de la raison à l’égard des impulsions, et non plus seulement, comme à la première étape, un pouvoir de les servir à plus ou moins grande échelle. Le refus fut l’artifice qui conduisit l’homme des attraits simplement sensuels aux attraits idéaux, et, peu à peu, du désir simplement animal à l’amour (…).

KANT, Conjectures sur les débuts de l’histoire humaine

 

Culture, éducation : comporte un « idéal » auquel on se réfère, une élévation. On éduque non seulement en vue d’une bonne insertion sociale et d’une réussite personnelle : on éduque un enfant en fonction d’une certaine idée de l’homme.

 

Exercice: opposer dressage et éducation

La culture ne doit pas être un dressage. Une culture ne vaut que si elle est une incitation à penser. Elle a donc pour but la liberté, autant qu’elle en est une manifestation.

En éduquant l’enfant, on lui apprend à se construire, on l’édifie, comme on édifie une maison.

La culture doit nous permettre de disposer le plus librement possible de nos capacités intellectuelles et physiques.

Le but de la culture, c’est alors de manifester notre liberté

 

 

Pas d’humanité sans éducation

L’anthropologue Malson dans ses travaux sur les enfants sauvages reprenant des observations du 19ème (Docteur Itard) souligne davantage encore combien l’absence d’éducation humaine empêche tout devenir humain et conduit à l’existence d’êtres aberrants, ni vraiment humains ni vraiment animaux, dont l’hominisation n’est possible que dans la mesure où les potentialités d’éducation ne sont pas encore fermées. L’essence apparaît bien ici comme culturelle, comme le soulignent également les ethnologues : elle suppose l’existence et l’appropriation d’outils et d’ensembles techniques, de systèmes sociaux, de langage, de valeurs morales, qui masculinisent ou féminisent tout en hominisant.

 

Transition :

L’humanisme, jusque dans ses occurrences tardives, pose l’homme par des traits qui visent à le distinguer de l’ordre naturel et à le magnifier. Pour se faire il dénie l’animalité en lui et dessine un être idéal fictif auquel il tente de s’identifier. Avec pour corollaire le traitement des animaux comme des êtres sans sensibilités et sans valeur, et le rejet hors de l’humanité des peuples considérés comme étant du côté de la bestialité.

Pourtant, parallèlement à la prise de conscience de la dimension culturelle et historique de l’homme, se développe chez d’autres une forme de nostalgie pour un « état de nature » que nous aurions perdu. La découverte des peuples dits « sauvages » contribue à fabriquer un mythe du « bon sauvage » que l’on oppose alors à l’homme dit « civilisé ».

On peut de plus se demander si l’idéal humaniste n’est pas pure fiction, et fiction dangereuse : Sartre dénoncera le caractère fasciste de cet humanisme-là, qui oblige ses tenants à éliminer ceux qui ne lui correspondent pas, il renouvèlera la pensée humaniste au travers de  l’existentialisme.


 

C-    La culture comme oppression sociale

 

La culture semble bien être une prérogative humaine. Cependant on peut se demander si ce privilège en est bien un. La culture ne nous éloigne-t-elle pas de nous même, de notre « vraie nature » ? Ne nous impose-t-elle pas un renoncement à certaines de nos potentialités, un « formatage » selon des normes que nous n’avons pas choisies ?

 

Culture et société

L’homme reçoit non seulement ce que l’hérédité lui transmet, mais aussi un héritage composé de l’ensemble des savoirs et des savoir-faire qui lui sont transmis par la collectivité dans laquelle il naît et grandit.

Tout groupe humain possède un ensemble complexe de normes et de pratiques qui régissent la vie en collectivité et qui structurent sa pensée (coutumes, rites, institutions, lois). La culture n’est pas un phénomène individuel, mais un fait collectif. La revendication que porte la référence à l’état de nature est aussi celle de la priorité donnée à l’individu sur la société.

 

 

a)      Le mythe du « bon sauvage »

Concluons qu’errant dans les forêts sans industrie, sans parole, sans domicile, sans guerre, et sans liaisons, sans nul besoin de ses semblables, comme sans nul désir de leur nuire, peut-être même sans jamais en reconnaître aucun individuellement, l’homme sauvage sujet à peu de passions, et se suffisant à lui-même, n’avait que les sentiments et les lumières propres à cet état, qu’il ne sentait que ses vrais besoins, ne regardait que ce qu’il croyait avoir intérêt de voir, et que son intelligence ne faisait pas plus de progrès que sa vanité. Si par hasard il faisait quelque découverte, il pouvait d’autant moins la communiquer qu’il ne reconnaissait pas même ses enfants. L’art périssait avec l’inventeur; il n’y avait ni éducation ni progrès, les générations se multipliaient inutilement; et chacune partant toujours du même point, les siècles s’écoulaient dans toute la grossièreté des premiers âges, l’espèce était déjà vieille, et l’homme restait toujours enfant.

Rousseau - Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes 

 

L’homme sauvage, quand il a dîné, est en paix avec toute la nature, et l’ami de tous ses semblables. S’agit-il quelquefois de disputer son repas, il n’en vient jamais aux coups sans avoir auparavant comparé la difficulté de vaincre avec celle de trouver ailleurs sa subsistance; et, comme l’orgueil ne se mêle pas au combat, il se termine par quelques coups de poing ; le vainqueur mange [son repas], le vaincu va chercher fortune, et tout est pacifié. Mais chez l’homme en société, ce sont bien d’autres affaires : il s’agit premièrement de pourvoir au nécessaire[1], et puis au superflu : ensuite viennent les délices, et puis les immenses richesses, et puis des sujets, et puis des esclaves ; il n’a pas un moment de relâche. Ce qu’il y a de plus singulier, c’est que moins les besoins sont naturels et pressants, plus les passions augmentent, et, qui pis est[2], le pouvoir de les satisfaire ; de sorte qu’après de longues prospérités, après avoir englouti bien des trésors et désolé bien des hommes, mon héros finira par tout égorger jusqu’à ce qu’il soit l’unique maître de l’univers. Tel est en abrégé le tableau moral, sinon de la vie humaine, au moins des prétentions secrètes du coeur de tout homme civilisé.

ROUSSEAU – Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes

 

b)     L’état de nature érigé en norme politique

L’humanisme abstrait, est un héritage de la Renaissance, or au 18ème c’est par le problème des inégalités que Rousseau se pose la question de l’essence humaine: pour montrer que les seules vraies inégalités sont morales ou politiques, c’est-à-dire établies par le consentement des hommes, et que naturellement les hommes sont seulement différents, il faut imaginer un hypothétique état de nature qui n’a jamais existé historiquement, mais constitue une norme pour juger et critiquer la société actuelle et en proposer un nouvelle plus conforme à l’essence ainsi conçue : en procédant par abstraction de tout ce que la société a développé on obtient ainsi une nature humaine définie par liberté et perfectibilité, et un mode de vie très comparable à celui d’un animal isolé .

Les inégalités sont sociales et culturelles

Puisque que l’injustice du siècle se prévaut d’une supposée loi naturelle qui tend à justifier les inégalités, la domination nobiliaire, le « droit du sang », etc., faisons plutôt l’hypothèse inverse d’un état de nature originel de l’humanité dictant l’égalité et une certaine liberté. Non pas que l’homme soit absolument juste et bon « à l’origine », mais c’est bien la société qui l’a rendu à ce point pervers et dominateur. L’Ancien Régime vacillera sous le poids de telles idées qui posent d’emblée comme naturelles les valeurs qui seront celles, après le retournement politique de la situation, de la République.

Donc l’ »état de nature » n’est qu’une fiction, mais une fiction politiquement et philosophiquement nécessaire. La Nature est devenue une valeur positive pour la Culture. Cela ne veut pas dire que la culture copie la nature, ce serait plutôt l’inverse.

Le contrat social, un équivalent de l’état de nature

On peut supposer alors que la rupture de l’équilibre homme-nature jette l’homme dans le temps linéaire et l’histoire, le condamne au travail et débouche sur la société, la propriété, les inégalités, l’état de guerre, et bientôt l’Etat politique qui établit définitivement les inégalités par la loi et aliène ce qui restait de liberté. La seule issue se trouve dans une dénaturation poussée à l’extrême qui en donnant à l’homme de bonnes institutions permettra de trouver un équivalent de la nature humaine dans le contrat social.
A la fin du XVIIIème siècle, la question de l’essence humaine bascule ainsi du côté de l’histoire et de la culture.

 


 

c)      La culture est le reflet des rapports de force

Marx reprend cette condamnation des inégalités et de l’aliénation tout en poussant plus loin la logique du développement de l’homme dans l’histoire : ce qui fait l’essence de l’homme ce sont les rapports sociaux, mobilisés dans le processus global de production, qui dès la préhistoire distinguent l’homme de l’animal en lui permettant de transformer la nature pour satisfaire ses besoins tout en se transformant lui-même : logique dialectique à l’œuvre dans une histoire devenue essentielle, histoire de l’exploitation et de l’aliénation, mais aussi l’histoire des idées qui en constituent la prise de conscience. L’essence humaine est alors historique .

La culture n’est-elle pas le reflet des rapports sociaux, non seulement au niveau des institutions politiques, mais au niveau des mœurs, des goûts, des croyances ? Selon Marx, la « culture », ce sont les institutions, les normes du goût esthétique, etc, du groupe dominant. Elle est donc facteur d’oppression, puisqu’elle va s’imposer aux groupes dominés (ne parlent pas le « bon français », ont des goûts vulgaires, ne s’habillent pas correctement…. On se souvient aussi du rôle imparti selon Marx à la religion, « opium du peuple ».

 

« Le fondement de la critique irréligieuse est : c’est l’homme qui fait la religion, ce n’est pas la religion qui fait l’homme. Certes, la religion est la conscience de soi et le sentiment de soi qu’a l’homme qui ne s’est pas encore trouvé lui-même, ou bien s’est déjà reperdu. Mais l’homme, ce n’est pas un être abstrait blotti quelque part hors du monde. L’homme, c’est le monde de l’homme, l’État, la société. Cet État, cette société produisent la religion, conscience inversée du monde, parce qu’ils sont eux-mêmes un monde à l’envers. La religion est la théorie générale de ce monde, sa somme encyclopédique, sa logique sous forme populaire, son point d’honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément solennel, sa consolation et sa justification universelles. Elle est la réalisation fantastique de l’être humain, parce que l’être humain ne possède pas de vraie réalité. Lutter contre la religion c’est donc indirectement lutter contre ce monde-là, dont la religion est l’arôme spirituel.
La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple.

L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son bonheur réel. Exiger qu’il renonce aux illusions sur sa situation c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions.(…) La critique de la religion détruit les illusions de l’homme pour qu’il pense, agisse, façonne sa réalité comme un homme sans illusions parvenu à l’âge de la raison, pour qu’il gravite autour de lui-même, c’est-à-dire de son soleil réel. »

Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel

 


 

d)     Malaise dans la culture

 

Selon Freud, la culture limite nos pulsions :

« L’homme n’est point cet être débonnaire, au coeur assoiffé d’amour, dont on dit qu’il se défend quand on l’attaque, mais un être, au contraire, qui doit porter au compte de ses données instinctives une bonne somme d’agressivité.

La civilisation doit tout mettre en oeuvre pour limiter l’agressivité humaine et pour en réduire les manifestations à l’aide de réactions psychiques d’ordre éthique.

Tous les efforts fournis en son nom par la civilisation n’ont guère abouti jusqu’à présent. (…)

Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation (1929)

 

Si l’homme n’a pas d’ »instinct », au sens strict, il a des « pulsions ». Pour Freud comme pour Kant, l’homme doit donc maîtriser ses pulsions, les discipliner, les réfréner, les encadrer et les réorienter (« sublimation »). Cependant la culture au sens de civilisation n’est jamais totalement victorieuse et ne peut totalement dompter en l’homme un fond pulsionnel, amoral, asocial.

La culture apparaît alors comme une contrainte nécessaire, mais qui nous oblige à limiter nos pulsions, ce qui crée en nous un malaise. Nous sommes donc constamment tentés de nous débarrasser de cette culture encombrante et moralisatrice. Le rapport nature/culture se traduit alors en termes freudiens par un conflit jamais résolu entre principe de plaisir, principe de réalité et normes sociales intériorisées (surmoi).

Cependant ce malaise, cette oppression nous définissent, nous nous sommes définis par elles, ou contre elles, mais toujours dans un lien étroit avec elle. Nous ne pourrons donc jamais nous penser en dehors de la culture qui nous a permis de nous construire, d’être qui nous sommes.


 

D-    La nature humaine est indéterminée

 

a)      La perfectibilité

L’état de nature est pensé par Rousseau comme référence théorique servant de base à une pensée politique. Cependant, la nature même de l’homme est fondamentalement caractérisée par sa liberté : elle est donc indéterminée, inachevée.

 

« Mais, quand les difficultés qui environnent toutes ces questions, laisseraient quelque lieu de disputer sur cette différence de l’homme et de l’animal, il y a une autre qualité très spécifique qui les distingue, et sur laquelle il ne peut y avoir de contestation, c’est la faculté de se perfectionner ; faculté qui, à l’aide des circonstances, développe successivement toutes les autres, et réside parmi nous tant dans l’espèce, que dans l’individu, au lieu qu’un animal est, au bout de quelques mois, ce qu’il sera toute sa vie, et son espèce, au bout de mille ans, ce qu’elle était la première année de ces mille ans. Pourquoi l’homme seul est-il sujet à devenir imbécile ? N’est-ce point qu’il retourne ainsi dans son état primitif, et que, tandis que la Bête, qui n’a rien acquis et qui n’a rien non plus à perdre, reste toujours avec son instinct, l’homme reperdant par la vieille                                                         sse ou d’autres accidents, tout ce que sa perfectibilité lui avait fait acquérir, retombe ainsi plus bas que la Bête même ? Il serait triste pour nous d’être forcés de convenir, que cette faculté distinctive, et presque illimitée est la source de tous les malheurs de l’homme ; que c’est elle qui le tire à force de temps, de cette condition originaire, dans laquelle il coulait des jours tranquilles et innocents ; que c’est elle qui, faisant éclore avec les siècles ses lumières et ses erreurs, ses vices et ses vertus le rend à la longue le tyran de lui-même et de la Nature. »

Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755).

 

 

Donc il semble que l’homme se caractérise justement par sa mobilité essentielle, par sa faculté de se penser, de se transformer et presque de se « créer » lui-même. La perfectibilité, qualité essentielle de la nature humaine, fait de l’homme un être inachevé, devant se réaliser par lui-même. Le dépassement est inscrit dans la nature humaine, dans ce qui est finalement une disposition naturelle de l’homme à la culture.

 


 

b)     Evolution biologie et histoire culturelle inextricablement liées

Finalement, c’est le développement de la science et de l’ethnologie qui dissout le mythe de l’état de nature, et qui remet en question la possibilité même de distinguer en l’homme ce qui serait naturel et ce qui serait culturel.

La paléoanthropologie met en évidence l’imbrication durant la Préhistoire de l’évolution biologique encore inachevée (station verticale, volume et structure du cerveau, pouce opposable) et l’histoire culturelle déjà commencée (outils, donc langage, organisation d’un habitat social, donc institutions, sépultures et art, donc croyances et représentations symboliques). De même que la neurobiologie montre la spécificité des aires cérébrales humaines de l’articulation langagière et de la manipulation: elle accrédite par là le rôle décisif de la culture dans le devenir humain.

Tout est naturel et tout est culturel en l’homme

 

 

c)      Le « genre humain » existe-t-il ?

 

Paradoxalement la reconnaissance de l’essence culturelle de l’homme s’accompagne pourtant de la reconnaissance d’une nature également animale de plus en plus incontestable: les éthologues contemporains qui étudient les origines animales de la culture et les préconcepts dans les langages des singes établissent une continuité entre le genre humain et le genre animal et refusent une coupure radicale.

Des ethnologues encore montrent dans l’opposition nature/culture la marque de la culture occidentale, naturalisme lié au concept de nature construit par la science, que ne reconnaît ni le totémisme, ni l’animisme. C’est alors la notion de genre, distinguant le genre humain du genre animal, qui est problématique.

 

Pourtant, l’homme est bien l’animal qui ne se contente pas du donné naturel. Il le transforme et le dépasse, se dépasse.

La culture ne s’ajoute pas à la nature : elle modifie profondément celui qui la détient. La nature ne détermine pas ce qu’est l’homme. C’est à lui de se définir, de se construire, car les instincts chez lui n’existent que dans la mesure où ils sont transformés par l’éducation. La nature ne permet pas à l’homme d’être « authentique », d’être libre, de se réaliser. Il doit apprendre des autres, et au travers il doit se construire lui-même. Mais il doit en payer le prix : la vie en société s’accompagne de sacrifices incontournables et douloureux.

La culture se détache sur un fond de déficience, de manque fondamental. L’homme est « prématuré », non fini. La culture imprime profondément sa marque en lui. C’est ce qui rend sa vie difficile, mais c’est aussi ce qui fait sa distinction et sa grandeur.

II-                La culture, les cultures

 

Les cultures divisent-elles les hommes ?

Les conflits entre cultures au cours de l’histoire. L’impact de la découverte d’autres cultures sur la réflexion humaine : on va chercher ce qui fonde l’unité de l’espèce humaine, ce qui est opposable rationnellement aux théories racistes, xénophobes, ethnocentristes.

Comment cependant éviter un total relativisme qui interdirait toute condamnation de crimes ou d’oppressions diverses au nom du respect de coutumes locales ?

Concernant les cultures, le problème de la valeur apparaît: toutes ces cultures se valent-elles ? Comment répondre à une telle question si l’on ne se donne pas une sorte de « modèle » de Culture, ou plutôt une « Idée » de la Culture au-delà des cultures historiques particulières, ou bien encore un critère différent de celui de la culture, qui pourrait être celui de la Civilisation ?

 

A-    L’aveuglement « ethnique »

 

Montesquieu : « Comment peut-on être Persan », Lettres persanes ?

 

a)      La diversité des cultures au sens ethnologique

 

Tous les groupes humains ont une culture. Ici le sens du mot « culture » n’a pas son sens restreint (humaniste).

Le mot culture, appliqué à un groupe social constitué, désigne un ensemble de coutumes, croyances, institutions, qui portent la marque de l’histoire de ce groupe.

La culture d’un peuple est ce qui le distingue d’un autre peuple, deux peuples, deux groupes sociaux n’ont pas le même ensemble de coutumes, rites, croyances, pratiques…

 

Appliqué à la société, le mot culture désigne alors l’ensemble des techniques et des savoirs, des coutumes et des institutions, des croyances (comme la religion) et des représentations (comme l’art) forgés par une communauté. C’est cet aspect social de la culture qui nous intéresse particulièrement ici).

 

« L’homme reçoit du milieu, d’abord, la définition du bon et du mauvais, du confortable et de l’inconfortable. Ainsi le Chinois va-t-il vers les oeufs pourris et l’Océanien vers le poisson décomposé. Ainsi, pour dormir, le Pygmée recherche-t-il la meurtrissante fourche de bois et le Japonais place-t-il sous sa tête le dur billot. L’homme tient aussi, de son environnement culturel, une manière de voir et de penser le monde. Au Japon, où il est poli de juger les hommes plus vieux qu’ils ne paraissent, même en situation de test et de bonne foi, les sujets continuent de commettre des erreurs par excès. On a montré que la perception des couleurs, celle des mouvements, celle des sons – les Balinais se montrent très sensibles aux quarts

de ton par exemple – se trouve orientée et structurée selon des modes d’existence. On peut en dire autant de la mémoire – toujours thématique – et de l’ensemble des fonctions cognitives. L’homme emprunte enfin à l’entourage des attitudes affectives typiques. Chez les Maoris, où l’on pleure à volonté, les larmes ne coulent qu’au retour du voyageur, jamais à son départ. Chez les Eskimos, qui pratiquent l’hospitalité conjugale, la jalousie s’évanouit, comme à Samoa ; en revanche, le meurtre d’un ennemi personnel y est considéré normal, alors que la

guerre, – combat de tous contre tous, et surtout contre des inconnus – paraît le comble de l’absurde ; la mort ne semble pas cruelle, les vieillards l’acceptent comme un bienfait et l’on s’en réjouit pour eux. Dans les îles d’Alor le mensonge ludique est tenu pour naturel : les fausses promesses à l’égard des enfants sont le divertissement courant des adultes. Un même esprit de taquinerie se rencontre dans l’île de Normanby où la mère, par jeu, retire le sein à l’enfant qui tète. La pitié pour les vieillards vaire selon les lieux et les conditions économico-sociales : certains Indiens, en Californie, les étouffaient, d’autres les abandonnaient sur les routes. Aux îles Fidji, les indigènes les enterraient vivants. Le respect des parents n’est pas

moins soumis aux fluctuations géographiques. Le père garde le droit de vie et de mort en certains lieux du Togo, du Cameroun, du Dahomey ou chez les Négritos des Philippines. En revanche, l’autorité paternelle était nulle ou quasi nulle dans le Kamtchatka précommuniste ou chez les aborigènes du Brésil. Les enfants Tarahumara frappent et injurient facilement leurs ascendants. Chez les Eskimos – encore eux – le mariage se fait par achat. Chez les Urabima d’Australie un homme peut avoir des épouses secondaires qui sont les principales d’autres hommes. A Ceylan règne la polyandrie fraternelle : le frère aîné se marie et les cadets

entretiennent des rapports avec la femme. (…)

Lucien Malson, Les enfants sauvages

 

 

b)     Les préjugés ethnocentristes

 

Doit-on parler de « sauvage », de « barbare » ? Ne veut-on pas dire que celui dont on parle n’a pas la même culture que nous ?

La diversité des langues

Les « barbares sont les non-grecs, parlant comme des oiseaux : les langues non-grecques ne sont pas la vraie langue, la langue humaine.

De même, le mot homo signifie semblable : est homme, est normal celui qui me ressemble. La dimension de l’acquis culturel n’est pas reconnue comme telle. On confond donc ici culture et norme, ou plutôt on méconnaît la dimension culturelle de nos comportements et de nos valeurs.

 

Montaigne déclare : « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas conforme à ses usages. » Essais, 1580

 

 » Habitudes de sauvages», «cela n’est pas de chez nous», etc. Autant de réactions grossières qui traduisent ce même frisson, cette même répulsion en présence de manières de vivre, de croire ou de penser qui nous sont étrangères. Ainsi l’Antiquité confondait-elle tout ce qui ne participait pas de la culture grecque (puis gréco-romaine) sous le même nom de barbare ; la civilisation occidentale a ensuite utilisé le terme de sauvage dans le même sens. Or, derrière ces épithètes se dissimule un même jugement : il est probable que le mot barbare se réfère étymologiquement à la confusion et à l’inarticulation du chant des oiseaux, opposées à la valeur signifiante du langage humain ; et sauvage, qui veut dire «de la forêt», évoque aussi un genre de vie animale par opposition à la culture humaine. Dans les deux cas, on refuse d’admettre le fait même de la diversité culturelle; on préfère rejeter hors de la culture, dans la nature, tout ce qui ne se conforme pas à la norme sous laquelle on vit. » –

Claude Lévi-Strauss

 

Pour Levi-Strauss, « le barbare, c’est celui qui croit à la barbarie. »

 


 

c)      Le danger de l’uniformisation

 

L’ethnocentrisme consiste également  à universaliser ses propres normes culturelles et à les ériger en modèle absolu de ce qui doit être fait.

Parallèlement, il consiste à rejeter hors de l’humanité tout ce qui s’éloigne des mœurs auxquelles ont est habitué.

è Universalité  / uniformité

 

B-    Penser l’unité de l’humanité

 

Problème : sur quelle base penser l’unité de l’espèce humaine et l’égale dignité des hommes, quelle que soit leur culture ? Et cette égale dignité implique-t-elle que l’on doive tout légitimer au nom du respect de la différence ? Respecter la différence impliquerait-il d’admettre un total relativisme moral ?

 

a)      Une unité biologique?

 

On fait souvent appel à deux notions : la notion d’espèce humaine et la notion de genre humain. Que valent ces notions ?

 

Tout d’abord la notion de « genre humain » opposée au « genre animal » est depuis quelques décennies contestée par les découvertes au niveau de l’éthologie animale. Les hominidés et de nombreux mammifères sont capables de langage, d’émotions, de pensée… De plus, délimiter une barrière entre le genre animal et le genre humain fait courir le risque de rejeter hors de l’humanité certains individus ne correspondant aux critères censés définir le genre humain.

 

Nous sommes tous des êtres humains car nous appartenons à la même espèce au niveau biologique. Une espèce se définit par le fait que ses membres soient interféconds.

 

Mais la délimitation de l’espèce reste extérieure à ce qu’elle décrit, et ne constitue pas une définition satisfaisante de ce qui fait notre commune humanité, elle ne nous dit pas comment être humain.

 

 

b)     Une unité anthropologique du fait culturel

Tous les hommes ont une culture, même si celle-ci ne ressemble pas à celle dans laquelle nous nous sommes construits. Toutes les cultures sont complexes, élaborées, raffinées, mêmes celles qui peuvent sembler plus proches de la nature que les autres. Toutes les langues ont une grammaire complexe, par exemple. Toutes les institutions sociales sont contraignantes…

 

Sur quels critères pouvons-nous définir ce qui serait le « propre de l’homme » (langage, raison, organisation sociale) ? Comment doit-on les déterminer ? Certainement pas en cherchant à généraliser ses propres normes, mais en cherchant ce qui est commun à tous les hommes (anthropologie).

Vico avait déjà remarqué que toutes les sociétés humaines célèbrent les unions par un « mariage », enterrent aussi leurs morts, etc.

 


 

Une constante anthropologique selon Levi Strauss : l’interdit de l’inceste.

Selon lui, toutes les communautés humaines structurent leurs liens de parenté sur cette « base » symbolique, qui est la première institution.

Si  en l’homme les déterminismes par la loi naturelle se remarquent par l’universalité, c’est la particularité ou diversité qui constitue la marque de la culture, même si tous les peuples instituent tabou de l’inceste, exogamie, pratiques d’échanges; diversité essentielle à la culture et donc à l’humanité, car il n’y a pas plus de peuple immature que de barbares.

 

La culture est un phénomène universel chez l’homme : il n’existe pas, il n’a jamais existé d’être humain purement « naturel », hors culture.

-Seules les lois naturelles peuvent êtres dites universelles, les lois humaines ne pouvant être que particulières. Pourtant, selon l’anthropologue Claude Lévi-Strauss il existe au moins une règle commune à toutes les cultures, au point qu’elle peut paraître comme fondatrice de la culture en général : c’est la prohibition de l’inceste. Cette règle n’est pas comme les autres, elle est nécessaire et universelle – bien plus que l’interdiction du meurtre par exemple – comme une loi naturelle, mais elle est indéniablement la condition de toute culture, au point qu’elle pourrait être l’exacte articulation, le point de passage de la nature à la culture. L’inceste est la relation sexuelle entre des individus liés par un certain degré de parenté. Dans toutes les sociétés il y a des règles qui interdisent les unions incestueuses, aussi bien sous la forme de relations sexuelles que sous la forme de mariages officiels.

 

 » Posons donc que tout ce qui est universel chez l’homme relève de l’ordre de la nature et se caractérise par la spontanéité, que tout ce qui est astreint à une norme appartient à la culture et présente les attributs du relatif et du particulier. Nous nous trouvons alors confrontés avec un fait qui n’est pas loin à la lumière des définitions précédentes d’apparaître comme un scandale, nous voulons dire cet ensemble complexe de croyances, de coutumes, de stipulations et d’institutions que l’on désigne sommairement sous le nom de la prohibition de l’inceste. Car la prohibition de l’inceste présente sans la moindre équivoque et indissolublement réunis les deux caractères par où nous avons reconnu les attributs contradictoires de deux ordres exclusifs: elle constitue une règle, mais une règle qui, seule entre toutes les règles sociales, possède en même temps un caractère d’universalité.  » – Claude Lévi-Strauss (20è)

 

La société est fondée sur le principe des échanges, notamment économiques ; or l’une des plus anciennes formes de l’échange est d’ordre matrimonial. A l’occasion des mariages, des biens sont échangés, quand ce n’est pas l’enfant (la fille…) qui est échangée pour une valeur équivalente à un bien matériel. La prohibition de l’inceste est capitale pour assurer le développement ou même la survie économique d’une communauté.

 

 


 

c)      L’égale dignité des cultures : la pensée sauvage

Dès lors, notre paradoxe des cultures, qui nous définissent en tant qu’hommes et qui semblent nous éloigner les uns des autres se trouverait dépassé : les cultures peuvent se « traduire » au moins partiellement les unes dans les autres, il est possible de passer d’une culture à l’autre sans  perdre notre culture propre, notre humanité, au contraire c’est cela qui nous enrichit et qui fait de nous des êtres réellement civilisés.

 

CCL : l’humanisme consisterait donc d’abord à reconnaître l’humanité de l’autre

 

Etre humain, c’est donc être capable de se décentrer, d’envisager d’autres possibilités d’existence comme également humaines, également dignes. Nous pourrions vivre, penser, sentir autrement, être au monde différemment. Ainsi en comprenant l’autre culture je découvre en moi des possibilités d’être que je ne soupçonnais pas. La confrontation des cultures est donc non seulement un enrichissement mais un dépassement de soi. C’est ce dépassement de soi qui ouvre sur l’universalisme.

Il faut non seulement « respecter nos différences », mais aller à la rencontre de l’altérité pour la faire sienne, devenir différent de soi.

 

 

 


 

C-    Philosophie et universalisme

 

Pour Cicéron : « C’est la philosophie qui est la culture de l’âme. »

 

a)      La philosophie adopte le point de vue de l’homme :

«  Quand il est question de raisonner sur la nature humaine, le vrai philosophe n’est ni Indien, ni Tartare, ni de Genève, ni de Paris, mais il est homme. »

ROUSSEAU- Lettre à Mr Philopolis

è Mais en quoi l’universalité peut-elle être distinguée d’un totalitarisme ? Réponse chez Sartre :

b)     SARTRE : une condition humaine universelle

Distinction nature/condition

Ce qui fait de nous des hommes c’est d’abord notre liberté et c’est le fait que nous soyons conscients. (cf étude de l’existentialisme est un humanisme)

 

c)      Faut-il distinguer entre culture et civilisation ?

 

Contre le relativisme

Poser l’égale dignité des cultures ne revient pas à poser leur égale valeur au niveau moral. En effet s’il faut que la diversité s’affirme, on ne saurait au nom de cette diversité défendre des pratiques brutales ou intolérantes. Ne pas tout « comprendre ».

 

En septembre 1914, accordant au ton de la propagande de guerre l’anathème jeté par Luther sur l’universalisme romain et renouvelé par Herder sur la philosophie des Lumières, Thomas Mann posait en principe, dans la Neue Rundschau, l’antagonisme de la « culture » allemande et de la « civilisation » française.

« Civilisation et culture, expliquait-il, sont des contraires, ils constituent l’une des diverses manifestations de l’éternelle contrariété cosmique et du jeu opposé de l’Esprit et de la nature. Personne ne contestera que le Mexique au temps de sa découverte possédait une culture, mais personne ne prétendra qu’il était alors civilisé. La culture n’est assurément pas l’opposé de la barbarie. Bien souvent, elle n’est au contraire qu’une sauvagerie d’un grand style – et parmi les peuples de l’Antiquité, les seuls, peut-être, qui fussent civilisés étaient les Chinois. La culture est fermeture, style, forme, attitude, goût, elle est une certaine organisation du monde, et peu importe que tout cela puisse être aventureux, bouffon, sauvage, sanglant et terrifiant. La culture peut inclure des oracles, la magie, la pédérastie, des sacrifices humains, des cultes orgiastiques, l’inquisition, des autodafés, des danses rituelles, de la sorcellerie, et toute espèce de cruauté. La civilisation, de son côté, est raison, lumières, douceur, décence, scepticisme, détente, Esprit (Geist). Oui, l’Esprit est civil, bourgeois : il est l’ennemi juré des pulsions des passions, il est antidémoniaque, antihéroïque – et ce n’est qu’un semblant de paradoxe de dire qu’il est aussi antigénial. »

 

d)     Une unité politique et morale construite plutôt que donnée

 

L’unité du genre humain se construit dès lors sur des bases morales et législatives communes : l’hypothèse d’un « droit naturel » composé de « principes éternels » doit servir de base aux différentes législations.

Cette « nature » première de l’homme est en fait une construction de l’esprit puisqu’elle est absolument impossible à distinguer de la culture en l’homme.

On se demande donc: sur quelle base devons-nous définir ce qu’il est humainement possible d’exiger ; qu’est-ce qui au contraire ferait que la vie ne serait plus une vie humaine. La réponse à cette question n’est ni simple ni prédéterminée, mais nous savons que nous devons faire en sorte qu’elle soit commune à tous les hommes.

Les Déclarations des droits de l’homme sont des tentatives communes de définir (« déclarer ») ces conditions fondamentales d’une vie humaine acceptable.

Déclarer un droit c’est poser un principe, ce n’est pas énoncer un fait, un phénomène naturel ou une loi naturelle. Si l’on énonce l’égale dignité des hommes ce n’est certes pas malheureusement un constat, ni une utopie, mais une base de référence à partir de laquelle on peut être en droit d’attendre cette égale dignité.

 

 

è Le sophisme du « multiculturalisme »

Faut-il contester les valeurs prônées par les Déclarations des droits de l’homme, en tant qu’elles reflèteraient le point de vue occidental ? Faut-il dénier toute possibilité d’universaliser les fondements du droit au nom de la différence, et légitimer les revendications de certaines cultures à conserver des pratiques jugées contraires aux Droits de l’homme ?

Quel est le sophisme ici ?

Il consiste à revendiquer la liberté de choisir ses pratiques alors que celles-ci sont liberticides ; et il consiste à revendiquer une dignité égale en bafouant la dignité de certains de ses membres (notamment droits des femmes).

On ne peut à la fois se valoir de la liberté et de l’égalité pour revendiquer le droit de vivre selon certaines « traditions », et dénier que l’égalité et la liberté soient des valeurs universelles.

 

Les traditions culturelles ne peuvent fonder aucune valeur morale.

 

CCL : L’homme civilisé, ce serait celui qui a su se défaire d’un donné culturel trop étroit. En ce sens, le summum de la culture serait au-delà d’elle. L’homme civilisé sera donc l’homme capable d’adopter un point de vue universaliste sur les autres et sur lui-même.

 

 

 

Or il est, ce me semble, fort remarquable que la parole, étant ainsi définie, ne convient qu’à l’homme seul. Car bien que Montaigne et Charron aient dit qu’il y a plus de différence d’homme à homme, que d’homme à bête, il ne s’est toutefois jamais trouvé aucune bête si parfaite qu’elle ait usé de quelque signe pour faire entendre à d’autres animaux quelque chose qui n’eût point de rapport à ses passions; et il n’y a point d’homme si imparfait, qu’il n’en use; en sorte que ceux qui sont sourds et muets, inventent des signes particuliers, par lesquels ils expriment leurs pensées.

Descartes, Lettre au Marquis de Newcastle

 

« L’homme n’est point cet être débonnaire, au coeur assoiffé d’amour, dont on dit qu’il se défend quand on l’attaque, mais un être, au contraire, qui doit porter au compte de ses données instinctives une bonne somme d’agressivité. Pour lui, par conséquent, le prochain n’est pas seulement un auxiliaire et un objet sexuel possibles, mais aussi un objet de tentation. L’homme est, en effet, tenté de satisfaire son besoin d’agression aux dépens de son prochain, d’exploiter son travail sans dédommagements, de l’utiliser sexuellement sans son consentement, de s’approprier ses biens, de l’humilier, de lui infliger des souffrances, de le martyriser et de le tuer. Homo homini lupus : qui aurait le courage, en face de tous les enseignements de la vie et de l’histoire, de s’inscrire en faux contre cet adage? (…)

Cette tendance à l’agression, que nous pouvons déceler en nous-mêmes et dont nous supposons à bon droit l’existence chez autrui, constitue le facteur principal de perturbation dans nos rapports avec notre prochain; c’est elle qui impose à la civilisation tant d’efforts. Par suite de cette hostilité primaire qui dresse les hommes les uns contre les autres, la société civilisée est constamment menacée de ruine. L’intérêt du travail solidaire ne suffirait pas à la maintenir : les passions instinctives sont plus fortes que les intérêts rationnels. La civilisation doit tout mettre en oeuvre pour limiter l’agressivité humaine et pour en réduire les manifestations à l’aide de réactions psychiques d’ordre éthique. De là, cette mobilisation de méthodes incitant les hommes à des identifications et à des relations d’amour inhibées quant au but; de là cette restriction de la vie sexuelle; de là aussi cet idéal imposé d’aimer son prochain comme soi-même, idéal dont la justification véritable est précisément que rien n’est plus contraire à la nature humaine primitive. Tous les efforts fournis en son nom par la civilisation n’ont guère abouti jusqu’à présent. »

Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation (1929)

 

Il n’est pas plus naturel ou pas moins conventionnel de crier dans la colère ou d’embrasser dans l’amour que d’appeler “table” une table. Les sentiments et les conduites passionnelles sont inventés comme les mots. Même ceux qui, comme la paternité, paraissent inscrits dans le corps humain, sont en réalité des institutions.

Il est impossible de superposer chez l’homme une première couche de comportements que l’on appellerait “naturels” et un monde culturel ou spirituel fabriqué. Tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme, comme on voudra dire, en ce sens qu’il n’est pas un mot, pas une conduite qui ne doive quelque chose à l’être simplement biologique, et qui en même temps ne se dérobe à la simplicité de la vie animale, ne détourne de leur sens les conduites vitales, par une sorte d’échappement et par un génie de l’équivoque qui pourraient servir à définir l’homme.

Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception

Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté ; sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ; comme de vrai, il semble que nous n’avons autre mire de la vérité et de la raison que l’exemple et l’idée des opinions et usances du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite religion, la parfaite police, le parfait et accompli usage de toutes choses.

Montaigne, Essais

 

 

 

« Le plaisir de manger est la sensation actuelle et directe d’un besoin qui se satisfait. Le plaisir de la table est la sensation réfléchie, qui naît des diverses circonstances de faits, de lieux, de choses et de personnes qui accompagnent le repas.

Le plaisir de manger nous est commun avec les animaux ; il ne suppose que la faim et ce qu’il faut pour la satisfaire. Le plaisir de la table est particulier à l’espèce humaine ; il suppose des soins antécédents pour les apprêts du repas, pour le choix du lieu et le rassemblement des convives.

Le plaisir de manger exige, sinon la faim, au moins l’appétit ; le plaisir de la table est le plus souvent indépendant de l’un et de l’autre. Ces deux états peuvent toujours s’observer lors de nos festins.

Au premier service (…) chacun mange évidemment sans parler, sans faire attention à ce qui peut être dit ; et, quel que soit le rang qu’on occupe dans la société, on oublie tout pour n’être qu’un ouvrier de la grande manufacture. Mais quand le besoin commence à être satisfait, la réflexion naît, la conversation s’engage, un autre ordre de choses commence ; et celui qui, jusque là, n’était que consommateur, devient convive plus ou moins aimable, suivant que le maître de toutes choses lui en a dispensé les moyens. (…)

D’ailleurs, on trouve souvent rassemblées autour de la même table toutes les modifications que l’extrême sociabilité a introduites parmi nous : l’amour, l’amitié, les affaires, (…) l’ambition, l’intrigue ; voilà pourquoi le conviviat touche à tout ; voilà pourquoi il produit des fruits de toutes les saveurs. »

Jean-Anthelme Brillat-Savarin, Physiologie du goût (1825)

 

 

L’homme, dites-vous, est tel que l’exigeait la place qu’il devait occuper dans l’univers. Mais les hommes diffèrent tellement selon les temps et les lieux, qu’avec une pareille logique on serait sujet à tirer du particulier à l’universel des conséquences fort contradictoires et fort peu concluantes. Il ne faut qu’une erreur de géographie pour bouleverser toute cette prétendue doctrine qui déduit ce qui doit être de ce qu’on voit. «C’est l’affaire des castors, dira l’Indien, de s’enfouir dans des tanières; l’homme doit dormir à l’air dans un hamac suspendu à des arbres. — Non, non, dira le Tartare, l’homme est fait pour coucher dans un chariot. — Pauvres gens ! s’écrieront nos Philopolis* d’un air de pitié, ne voyez-vous pas que l’homme est fait pour bâtir des villes ? » Quand il est question de raisonner sur la nature humaine, le vrai philosophe n’est ni Indien, ni Tartare, ni de Genève, ni de Paris, mais il est homme.

ROUSSEAU- Lettre à Mr Philopolis

 

 

 

 

ANNEXES

 

 » Les ruches des abeilles étaient aussi bien mesurées il y a mille ans qu’aujourd’hui, et chacune d’elles forme cet hexagone aussi exactement la première fois que la dernière, il en est de même de tout ce que les animaux produisent […]. La nature les instruit à mesure que la nécessité les presse ; mais cette science fragile se perd avec les besoins qu’ils en ont : comme ils la reçoivent sans étude, ils n’ont pas le bonheur de la conserver, et toutes les fois qu’elle leur est donnée, elle leur est nouvelle, puisque, la nature n’ayant pour objet que de maintenir les animaux dans un ordre de perfection bornée, elle leur inspire cette science nécessaire, toujours, de peur qu’ils ne tombent dans le dépérissement, et ne permet pas qu’ils y ajoutent, de peur qu’ils ne passent les limites qu’elle leur a prescrites. Il n’en est pas de même de l’homme, qui n’est produit que pour l’infinité. Il est dans l’ignorance au premier âge de sa vie, mais il s’instruit sans cesse dans son progrès car il tire avantage non seulement de sa propre expérience, mais encore de celle de ses prédécesseurs, parce qu’il garde toujours dans sa mémoire les connaissances qu’il s’est une fois acquises, et que celles des anciens lui sont toujours présentes dans les livres qu’ils en ont laissés. Et comme il conserve ces connaissances, il peut aussi les augmenter facilement. »

Pascal, Pensées

 

« Mais, quand les difficultés qui environnent toutes ces questions, laisseraient quelque lieu de disputer sur cette différence de l’homme et de l’animal, il y a une autre qualité très spécifique qui les distingue, et sur laquelle il ne peut y avoir de contestation, c’est la faculté de se perfectionner ; faculté qui, à l’aide des circonstances, développe successivement toutes les autres, et réside parmi nous tant dans l’espèce, que dans l’individu, au lieu qu’un animal est, au bout de quelques mois, ce qu’il sera toute sa vie, et son espèce, au bout de mille ans, ce qu’elle était la première année de ces mille ans. Pourquoi l’homme seul est-il sujet à devenir imbécile ? N’est-ce point qu’il retourne ainsi dans son état primitif, et que, tandis que la Bête, qui n’a rien acquis et qui n’a rien non plus à perdre, reste toujours avec son instinct, l’homme reperdant par la vieillesse ou d’autres accidents, tout ce que sa perfectibilité lui avait fait acquérir, retombe ainsi plus bas que la Bête même ? Il serait triste pour nous d’être forcés de convenir, que cette faculté distinctive, et presque illimitée est la source de tous les malheurs de l’homme ; que c’est elle qui le tire à force de temps, de cette condition originaire, dans laquelle il coulait des jours tranquilles et innocents ; que c’est elle qui, faisant éclore avec les siècles ses lumières et ses erreurs, ses vices et ses vertus le rend à la longue le tyran de lui-même et de la Nature. »

Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755).

 

 

Vous voulez vivre « en accord avec la nature » ? O nobles stoïciens, comme vous vous payez de mots ! Imaginez un être pareil à la nature, prodigue sans mesure, indifférent sans mesure, sans desseins ni égards, sans pitié ni justice, fécond, stérile et incertain tout à la fois, concevez l’indifférence elle-même en tant qu’elle est une puissance, comment pourriez-vous vivre en accord avec cette indifférence ? Vivre n’est-ce pas justement vouloir être autre chose que cette nature ? La vie ne consiste-t-elle pas à juger, préférer, être injuste, limité, à vouloir être différent ? Et à supposer que votre maxime « vivre en accord avec la nature » signifie au fond « vivre en accord avec la vie», comment pourrait-il en être autrement ? A quoi bon ériger en principe ce que vous êtes et devez être ? La vérité est bien différente : alors que vous vous exaltez en affectant de lire votre loi dans le livre même de la nature, vous visez en fait le contraire, étranges comédiens qui vous trompez vous-mêmes ! Votre orgueil entend régenter jusqu’à la nature et lui inculquer votre morale et votre idéal ; vous exigez que la nature soit « conforme à la doctrine du Portique » et vous voudriez que toute existence ressemble à l’image que vous vous en faites, qu’elle glorifie à jamais, immensément, votre propre stoïcisme devenu par vos soins doctrine universelle !

Nietzsche, Par-delà bien et mal, § 9

 

 

L’homme est un être comme les autres, un être vivant; mais tout en étant comme les autres, il n’est pas seulement comme les autres. Il a des besoins, mais il a encore des désirs, c’est-à-dire, des besoins qu’il a formés lui-même, qui ne sont pas dans sa nature, mais qu’il s’est donnés. L’instinct sexuel se trouve chez lui comme chez tous les animaux; mais il ne se contente pas de la possession du partenaire, il veut encore être aimé par celui-ci. Comme tout organisme, il a besoin de nourriture et ne peut se nourrir que de certaines substances ; mais il ne lui suffit pas d’assouvir sa faim, il transforme ce que lui offre la nature. Il lutte avec ses congénères pour son habitat, (…) pour la nourriture; mais ce n’est pas assez pour lui d’avoir chassé le concurrent, l’adversaire ; il veut le détruire ou le forcer à se soumettre à lui et à reconnaître sa maîtrise et sa domination, à faire à sa place ce que, jusqu’ici, il avait fait lui-même, à transformer ce que la nature présente immédiatement à l’homme, à chercher, produire, préparer la nourriture, la maison, à garder les femmes, à élever les enfants.

En somme, l’homme ignore ce qu’il veut. Mais il sait très bien ce qu’il ne veut pas : (…) l’homme n’est pas ce qu’il est (…) parce qu’il ne veut pas être ce qu’il est, parce qu’il n’est pas content d’être ce qu’il est, d’avoir ce qui est. Il est l’animal qui parle, un des animaux qui parlent, mais il est le seul animal qui emploie son langage pour dire Non. »

Eric Weil

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tout le monde reconnaît qu’il y a beaucoup d’uniformité dans les actions humaines, dans toutes les nations et à toutes les époques, et que la nature humaine reste toujours la même dans ses principes et ses opérations. Les mêmes motifs produisent toujours les mêmes actions ; les mêmes événements suivent les mêmes causes. L’ambition, l’avarice, l’amour de soi, la vanité, l’amitié, la générosité, l’esprit public : ces passions, qui se mêlent à divers degrés et se répandent dans la société, ont été, depuis le commencement du monde, et sont encore la source de toutes les actions et entreprises qu’on a toujours observées parmi les hommes. Voulez-vous connaître les sentiments, les inclinations et le genre de vie des Grecs et des Romains ? Etudiez bien le caractère des Français et des Anglais : vous ne pouvez vous tromper beaucoup si vous transférez aux premiers la plupart des observations que vous avez faites sur les seconds. Les hommes sont si bien les mêmes, à toutes les époques et en tous les lieux, que l’histoire ne nous indique rien de nouveau ni d’étrange sur ce point. Son principal usage est seulement de nous découvrir les principes constants et universels de la nature humaine en montrant les hommes dans toutes les diverses circonstances et situations
Hume
 

 


[1] Pourvoir au nécessaire : satisfaire les besoins indispensables.

[2] Qui pis est : ce qui est pire

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