la culture

art et jugement esthétique

La question du jugement esthétique

 

 

Pensez-vous comme le veut la sagesse populaire que « les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas » ? Si oui, alors pourquoi parler d’art, d’esthétique, pourquoi chercher à réfléchir sur la notion de beauté ? Pourquoi cherchons-nous à convaincre autrui qu’une œuvre d’art est belle ? N’importe qui peut-il dire n’importe quoi en matière esthétique ? Y a-t-il des critères solides pour juger les œuvres ? C’est de la possibilité même d’un jugement esthétique qu’il est ici question.

 

A-    Le relativisme des goûts et des couleurs

Tout d’abord, il convient de mettre en évidence le lien entre les préférences de chacun, et sa propre subjectivité. En effet, je considère et je perçois le monde selon mon propre point de vue, et chacun de mes sens se ramène à un « je » qui s’éprouve comme libre et indépendant d’autrui. Dans cette mesure, si une perception m’est agréable ou désagréable, j’en suis le seul juge. Ca me plaît, ça me déplaît: nul ne peut se substituer à moi pour en juger.

Nos goûts sont subjectifs, ils se forment à partir de nos expériences, et dans une certaine mesure de notre éducation. Ils constituent d’une certaine façon notre identité.

Cependant, quand nous considérons les œuvres d’art, il convient de nous décentrer, et dans une certaine mesure de nous dépasser l’étroitesse de notre subjectivité : une photo d’un être cher, un plat préféré ont une valeur pour moi, mais ils n’ont pas de valeur esthétique. La beauté ne s’adresse pas qu’à moi !

 

 

B-    La beauté, une qualité des choses, ou une sensation subjective ?

En première approche, on pourrait dire que la beauté est une perfection saisie par les sens. Mais si ma vue peut me faire dire objectivement que tel objet est rouge, et mes mains qu’il est rugueux, aucun de mes sens ne me renseigne sur le fait que cet objet soit beau ou laid.

Donc si je perçois une perfection, ce n’est pas avec mes sens, même si c’est d’une sensation que je parle en disant « c’est beau ».

En somme, je vois que c’est beau mais je ne vois pas la beauté ! Je pense que c’est beau mais je ne peux expliquer objectivement pourquoi.

La beauté est-elle donc une qualité de la chose, ou une réaction de ma propre subjectivité ? A moins que ce soit par un acte de l’esprit que je juge qu’une chose est belle ?

 

 

 

C-    EXERCICE :

Le jugement de goût : Relativisme ou objectivité ?

« Parmi un millier d’opinions différentes que les hommes divers entretiennent sur le même sujet, il y en a une, et une seulement, qui est juste et vraie. Et la seule difficulté est de la déterminer et de la rendre certaine. Au contraire, un millier de sentiments différents excités par le même objet, sont justes, parce qu’aucun sentiment ne représente ce qui est réellement dans l’objet. Il marque seulement une certaine conformité ou une relation entre l’objet et les organes ou facultés de l’esprit, et si cette conformité n’existait pas réellement, le sentiment n’aurait jamais pu, selon toute possibilité, exister. La beauté n’est pas une qualité inhérente aux choses elles-mêmes, elle existe seulement dans l’esprit qui la contemple, et chaque esprit perçoit une beauté différente. Une personne peut même percevoir de la difformité là où une autre perçoit de la beauté. Et tout individu devrait être d’accord avec son propre sentiment, sans prétendre régler ceux des autres ».

Hume, De la norme du goût
Questions :

1 – Dégagez l’idée principale du texte et les étapes de son argumentation.
2 – Expliquez :

«  il y en a une, et une seulement, qui est vraie »

« aucun sentiment ne représente ce qui est réellement dans l’objet. »

« La beauté n’est pas une qualité inhérente aux choses. »
3-Peut-on donner une définition universelle de la beauté?

 

 

 

 

Cultiver son goût

 

 

 

Il est impossible de persévérer dans la pratique de la contemplation de quelque ordre de beauté que ce soit, sans être fréquemment obligé de faire des comparaisons entre les divers degrés et genres de perfection, et sans estimer l’importance relative des uns par rapport aux autres. Un homme qui n’a eu aucune possibilité de comparer les différentes sortes de beauté n’a absolument aucune qualification pour donner son opinion sur un objet qui lui est présenté. C’est seulement par comparaison que nous fixons les épithètes de louange, ou de blâme, et apprenons à assigner le juste degré de l’un ou de l’autre. […] Les ballades les plus vulgaires ne sont pas entièrement dépourvues d’harmonie ni de naturel, et personne, si ce n’est un homme familiarisé avec des beautés supérieures, n’énoncerait que leurs rythmes sont désagréables ou que les histoires qu’elles content sont sans intérêt.

David hume, Essais esthétiques

Comment cultiver son goût ? La sensation peut-elle s’éduquer ? Comment Hume envisage-t-il tout de même qu’un jugement de goût soit possible ?

 

 

D-    KANT: La beauté, un jugement subjectif

En effet, selon Kant, pour comprendre l’esthétique, il faut la penser non pas en tant que sensation, mais en tant que jugement.

 

Chez l’homme la faculté de juger permet de lier le particulier à l’universel. Mais ceci peut être réalisé de deux manières distinctes.

Dans le cas où l’universel est connu, donné avant le particulier, ce dernier n’est qu’un exemple de la loi. On a alors affaire à un jugement déterminant. Le jugement déterminant porte sur les objets naturels et consiste dans une application des concepts a priori (avant toute expérience) de l’entendement à ces objets. Ce  n’est pas le cas du jugement esthétique, nul n’a de manière innée connaissance d’un concept de la beauté.

 

Dans le cas où le particulier précède l’universel, où celui-ci est à découvrir, on est en présence d’un jugement réfléchissant. C’est dans cette catégorie que l’on va ranger le jugement de goût, puisque c’est à partir des œuvres que la notion de beauté va se former en nous, s’éduquer, s’affiner.

 

Le propre du jugement esthétique, selon Kant, est de tendre à l’universalité et non simplement de considérer, seulement relativement à soi et pour soi, les choses comme agréables. Lorsque nous disons « c’est beau », nous ne pensons pas en effet que cette appréciation ne vaut que pour nous-mêmes.

 

« Quand je dis que le vin des Canaries est agréable, je souffre volontiers qu’on me reprenne et qu’on me rappelle que je dois dire seulement qu’il est agréable à moi. » alors que pour l’exemple d’un jugement sur la beauté d’une chose, il explique : « je ne juge pas seulement pour moi, mais pour tout le monde, et je parle de la beauté comme si c’était une qualité des choses14. » S

 

Résumons-nous :

Ce qui caractérise le jugement esthétique, affirme Kant, c’est tout d’abord qu’il est désintéressé ; en effet, le jugement de goût n’est pas un jugement sur l’objet mais un rapport à la représentation et à l’affect qu’il fait naître en nous (ici Kant rejoint Hume) ; c’est une question de plaisir qui n’a rien à voir avec la consommation (animale) de l’objet ou avec son évaluation morale.

On distinguera alors le beau (art)et l’agréable (plaisir, consommation).

Deuxièmement, « est beau ce qui plaît universellement sans concept ».

Puisque, d’après la remarque précédente, le jugement esthétique se détache de toute considération de l’utilité personnelle, alors il peut être considéré comme valant pour tous ; ce jugement pose donc une universalité subjective.(on croyait auparavant que seule la Raison était capable d’universalité).

Troisièmement, le beau est une finalité sans fin. Il témoigne d’un plan, d’un projet (à l’instar par exemple la construction d’un pont) mais elle n’a pas de fin en ce sens qu’il ne vise rien au-delà de lui-même (à la différence du pont qui permettra de traverser la rivière).

 

 

 

E-     Vérité et beauté

 

En ce qui concerne l’œuvre d’art, nous avons vu avec Hegel qu’elle est la manifestation sensible d’une idée. En somme, une œuvre, c’est une idée qu’on voit, qu’on sent, qu’on touche.

Encore faut-il que cette idée se manifeste adéquatement dans la chose. Une œuvre ratée, c’est une œuvre qui ne rend visible aucune idée. C’est une œuvre dans laquelle les moyens mis en œuvre sont extérieurs à l’idée. Une chanson qui ne trouve pas le rythme qui convient à l’idée exprimée sera pénible à entendre. Une couleur qui viendra comme un coloriage superflu par rapport à une forme, ne provoquera aucune émotion. Au contraire, dans une œuvre d’art, la couleur est émotion, le rythme est vérité.

Si la vérité de l’art est révélation, dévoilement comme le dit Heidegger, alors l’œuvre rend manifeste la présence des choses de manière immédiate, une vérité de pure présence à soi. Une charogne dans un vers de Baudelaire peut être belle, car elle est rendue dans sa présence par le poète. Un écorché de Rembrandt sera beau car il manifeste de manière sensible la réalité de la chair et l’idée du supplice.

 

 

Conclusion

L’œuvre d’art vise la beauté car l’œuvre vise à rendre manifeste une idée sous une forme sensible. Le jugement de goût est subjectif, dans ce sens qu’il reflète pour une part notre sensibilité et nos préférences. Mais il est jugement dans la mesure où nous appréhendons dans l’œuvre l’adéquation de l’idée à la chose, la vérité qui se dévoile pour nous. En ce sens, l’œuvre nous permet de dépasser l’étroitesse de notre subjectivité pour rejoindre l’universalité, parce qu’elle rend manifeste la présence sensible d’une idée : elle n’est alors plus seulement étroitement liée à notre « moi » mais elle en permet l’élargissement.

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