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travail

Le travail

 

SUJETS :

Que gagnons-nous à travailler? (BAC ES 2007)

Que vaut l’opposition du travail manuel et du travail intellectuel? (BAC S 2007)

Peut-on opposer le loisir au travail

la liberté commence-t-elle quand le travail finit ?

Travailler, est-ce seulement être utile ? (BAC ES 2012)

L’homme s’accomplit-il dans le travail ?

Le travail contribue-t-il à unir les hommes ou à les diviser?

La division du travail sépare-t-elle les hommes?

Y a-t-il un droit au travail? (BAC L 1999)

Faut-il renoncer à faire du travail une valeur ?

L’homme se libère-t-il en travaillant?

 

Il faut travailler, on le doit, on y est obligé…mais à qui le doit-on et pourquoi ? Rejet social/moral de l’oisif, de l’improductif, condamnation morale de la paresse, « mère de tous les vices », nous dit-on… Qu’est-ce qui nous oblige au fond à travailler ? Nécessité vitale, sociale, morale ? Peur de l’exclusion ? Mystification et conditionnement des exploités par les exploiteurs ? Et si travailler était vraiment une activité essentielle pour l’homme ?

 

I – Le travail comme enchaînement à la nécessité

 

Le travail, avant d’être un devoir, apparaît comme une simple nécessité vitale. S’il est utile pour vivre, sa fonction lui est extérieure.

La nature est une marâtre, elle ne donne rien, disait Hésiode.

A-    Le travail, une malédiction

Def 1 : De l’ancien français travail (« tourmentsouffrance »), du latin tripálĭum (« instrument de torture à trois poutres »). Labeur, application à une tâche, effort soutenu pour faire quelque chose, en parlant de l’esprit comme du corps. Contrainte pénible.

Bible : « Tu gagneras ta vie à la sueur de ton front. »

Donc travail = punition, tourment.

Le mythe de Sisyphe représente cet enchaînement de l’homme à une tâche absurde, sans cesse recommencée. (métro-boulot-dodo)

 

B-    L’homme libre ne travaille pas, l’esclave travaille

Antiquité grecque : Le travail est un enchaînement à la nécessité : il faut cultiver la terre, s’occuper du bétail etc. L’homme qui ne travaille pas peut disposer de son temps. L’homme libre ne travaille pas, il faut en effet être oisif pour se consacrer à l’étude (scholè) ou à la vie politique.

 


C-    Le « gagne-pain » : valeur extrinsèque du travail

Def 2 : travail : activité productive, physique et/ou intellectuelle, que l’on accomplit en échange d’un bénéfice, d’un salaire.

« Travailler pour gagner sa vie » : pas le choix. On obtient quelque chose en contrepartie (salaire), mais on « cède » son énergie, son temps, ses produits, en échange.

La vie du travailleur n’est pas « donnée », elle reste toujours à conquérir

Finalité externe au travailleur, c’est un moyen et non une fin, le travail en lui-même n’a pas de valeur, pas de sens. On n’a pas le choix, c’est une contrainte que l’on subit. Si l’on ne se donne pas de mal, on meurt, tout simplement.

Comment nomme-t-on de nos jours les travailleurs : de la main d’œuvre, on parle de ressources humaines, du « personnel »…Connotations péjoratives, on ne semble pas parler de personnes libres mais d’un matériau quelconque.

 

TRANSITION : Les mobiles externes produisent un effet interne sur l’homme qui travaille, il le transforme, lui permet de se dépasser lui-même, de s’accomplir. La malédiction du travail est vue aussi comme un rachat de ses péchés dans la perspective biblique. Quelle est donc la valeur intrinsèque  du travail?

 

II- Valeur intrinsèque du travail ?

Dimension morale du travail ?

Travailler est-il un devoir ? Envers la société ? envers soi-même ?

 

Rappel : le devoir est une obligation libre, c’est-à-dire une contrainte que l’on se donne à soi-même, librement, ou que l’on accepte par conviction.

 

Le travail est créateur de VALEUR : valorise à la fois l’objet produit et celui qui le produit. Il instaure entre le travailleur et l’objet produit un lien de propriété.

 

A-    Travail et appartenance à la communauté

Le travail, premier lien social, et donc devoir envers la communauté

La division sociale des tâches : Platon, République

Partage progressif du travail, spécialisation progressive des tâches depuis le néolithique

Platon est un des premiers philosophes à avoir remarqué qu’au niveau de la société

« on fait plus et mieux et plus aisément, lorsque chacun ne fait qu’une chose, celle à laquelle il est propre ».

C’est de la nécessité de satisfaire ses besoins que l’homme seul ne peut satisfaire, qu’est née la Cité ; Cité qui se caractérise donc par cette organisation du travail.

Dès lors, on remarque que le travail est directement facteur d’intégration, de reconnaissance sociale. On est ce qu’on fait, on se définit par son activité, son métier.

En travaillant on se rend utile aux autres, et l’efficacité ainsi que la compétence que l’on déploie vont amener une reconnaissance sociale. A l’inverse, celui qui ne travaille pas (ou qui ne travaille pas bien) sera marginalisé. On en déduit parfois que le travail est un devoir moral envers la société. On rejettera alors « l’assisté », le « parasite »…

 

SOCRATE – Ce qui donne naissance à une cité, repris-je, c’est, je crois, l’impuissance où se trouve chaque individu de se suffire à lui-même, et le besoin qu’il éprouve d’une foule de choses ; ou bien penses-tu qu’il y ait quelque autre cause à l’origine d’une cité ?

ADIMANTE – Aucune, répondit-il.

S – Ainsi donc, un homme prend avec lui un autre homme pour tel emploi, un autre encore pour tel autre emploi, et la multiplicité des besoins assemble en une même résidence un grand nombre d’associés et d’auxiliaires ; à cet établissement commun nous avons donné le nom de cité, n’est-ce pas ?

A – Parfaitement.

S – Mais quand un homme donne et reçoit, il agit dans la pensée que l’échange se fait à son avantage.

A – Sans doute.

S – Eh bien donc ! repris-je, jetons par la pensée les fondements d’une cité ; ces fondements seront apparemment, nos besoins.

A – Sans contredit.

S – Le premier et le plus important de tous est celui de la nourriture, d’où dépend la conservation de notre être et de notre vie.

A – Assurément.

S – Le second est celui du logement ; le troisième celui du vêtement et de tout ce qui s’y rapporte.

A – C’est cela.

S – Mais voyons ! dis-je, comment une cité suffira-t-elle à fournir tant de choses ? Ne faudra-t-il pas que l’un soit agriculteur, l’autre maçon, l’autre tisserand ? Ajouterons-nous encore un cordonnier ou quelque autre artisan pour les besoins du corps ? – Certainement. – Donc, dans sa plus stricte nécessité, la cité sera composée de quatre ou cinq hommes.

A – Il le semble.

S – Mais quoi ? faut-il que chacun remplisse sa propre fonction pour toute la communauté, que l’agriculteur, par exemple, assure à lui seul la nourriture de quatre, dépense à faire provision de blé quatre fois plus de temps et de peine, et partage avec les autres, ou bien, ne s’occupant que de lui seul, faut-il qu’il produise le quart de cette nourriture dans le quart de temps des trois autres quarts, emploie l’un à se pourvoir d’habitation, l’autre de vêtements, l’autre de chaussures, et, sans se donner du tracas pour la communauté, fasse lui-même ses propres affaires ? [...]

A – Peut-être, Socrate, la première manière serait-elle plus commode.

S – Par Zeus, repris-je, ce n’est point étonnant. Tes paroles, en effet, me suggèrent cette réflexion que, tout d’abord, la nature n’a pas fait chacun de nous semblable à chacun, mais différent d’aptitudes, et propre à telle ou telle fonction. Ne le penses-tu pas ?

A – Si.

S – Mais quoi ? dans quel cas travaille-t-on mieux, quand on exerce plusieurs métiers ou un seul ?

A – Quand, dit-il, on n’en exerce qu’un seul.

 

Platon, République

 

B-    Développer ses aptitudes par le travail

Un devoir envers soi-même ?

En travaillant chacun développe ses aptitudes propres et les perfectionne. Il se découvre soi-même en marquant le monde de son empreinte (Hegel)

ROUSSEAU «  Le travail n’applique pas seulement des transformations à la nature extérieure, mais il amène des modifications dans le travailleur lui-même ».Le Contrat social

Le travail transforme notre nature et la cultive: développement des facultés manuelles et intellectuelles, perfectionnement par l’exercice.

Le travail est éducateur :

 

Kant : « Il est de la plus haute importance que les enfants apprennent à travailler » Anthropologie d’un point de vue pragmatique

L’homme va vaincre ses résistances par la discipline, obtenir un plaisir et des gratifications proportionnelles au mérite : le travail devient une notion comportant une forte valeur morale. Les aptitudes que la nature m’a données, j’ai le devoir de les cultiver par le travail.

 

C-    Travail, propriété et valeur des choses

Le travail crée de la valeur et fonde le droit de posséder cette valeur.

La spécialisation du travail amène les hommes à produire plus et mieux, à développer leurs échanges et à commercer. La valeur des produits lors d’un échange est fondée d’abord sur le travail. C’est le travail qui donne d’abord aux choses leur valeur. Certes l’offre et la demande des produits, la rareté de certains produits, le prestige symbolique de certains objets (art, luxe…) vont modifier cette échelle des valeurs, mais il faudrait pour y voir clair pouvoir parfois ramener cette valeur à la quantité et à la qualité du travail fourni.

 

Selon un axe « libéral », on considèrera avec Locke que le travail fonde le droit de l’homme à posséder quelque chose. S’approprier les fruits de la nature est possible par le premier geste de cueillir ces fruits, ce qui est un travail. Si j’ai cueilli ce fruit qui n’était à personne, alors il est à moi, j’ai le droit de le manger.

 

Celui qui se nourrit des glands qu’il a ramassés sous un chêne, ou des pommes qu’il a cueillies aux arbres d’un bois, se les est certainement appropriés. Personne ne peut nier que ces aliments soient à lui. Je demande donc : Quand est-ce que ces choses commencent à être à lui ? Lorsqu’il les a digérées, ou lorsqu’il les a mangées, ou lorsqu’il les a fait bouillir, ou lorsqu’il les a rapportées chez lui, ou lorsqu’il les a ramassées ? Il est clair que si le fait, qui vient le premier, de les avoir cueillies ne les a pas rendues siennes, rien d’autre ne le pourrait. Ce travail a établi une distinction entre ces choses et ce qui est commun ; il leur a ajouté quelque chose de plus que ce que la nature, la mère commune de tous, y a mis ; et, par là, ils sont devenus sa propriété privée. Quelqu’un dira-t-il qu’il n’avait aucun droit sur ces glands et sur ces pommes qu’il s’est appropriés de la sorte, parce qu’il n’avait pas le consentement de toute l’humanité pour les faire siens ? Etait-ce un vol, de prendre ainsi pour soi ce qui appartenait à tous en commun ? Si un consentement de ce genre avait été nécessaire, les hommes seraient morts de faim en dépit de l’abondance des choses [...]. Nous voyons que sur les terres communes, qui le demeurent par convention, c’est le fait de prendre une partie de ce qui est commun et de l’arracher à l’état où la laisse la nature qui est au commencement de la propriété, sans laquelle ces terres communes ne servent à rien. Et le fait qu’on se saisisse de ceci ou de cela ne dépend pas du consentement explicite de tous. Ainsi, l’herbe que mon cheval a mangée, la tourbe qu’a coupée mon serviteur et le minerai que j’ai déterré, dans tous les lieux où j’y ai un droit en commun avec d’autres, deviennent ma propriété, sans que soit nécessaire la cession ou le consentement de qui que ce soit. Le travail, qui était le mien, d’arracher ces choses de l’état de possessions communes où elles étaient, y a fixé ma propriété.

John Locke, Second Traité du Gouvernement Civil


III- Le « travail forcé » ou aliéné

Le travail n’est pas seulement créateur de lien social, il est aussi créateur d’inégalités, de hiérarchie voire d’oppression.

On se souvient de l’inscription au fronton du camp de concentration d’Auschwitz : « Le travail rend libre. » On retrouve ici « l’humour » terrifiant du nazisme, décrit par Primo Lévi.

De la même façon, les colonisateurs justifieront le travail forcé des indigènes par l’idée que le travail est « civilisateur » (argument énoncé par les blancs dans First Contact)

Le travail est l’argument de tous les fascismes : travail, famille, patrie, proclamait Pétain.

 

Les discours sur le « devoir de travailler » cachent peut-être un mobile hypocrite : n’est-ce pas dans le but de nous faire accepter la dure contrainte du travail qu’on nous le présente comme un devoir moral ? Ne doit-on pas démasquer sous ces discours une volonté répressive ? Le travail n’est-il pas comme le dit Nietzsche « la meilleure des polices » ? Dès lors, on aurait sinon le devoir de ne pas travailler, du moins le droit de s’y soustraire ?

 

A-    Le travail aliéné

 

Apparemment chez Marx, il y a une condamnation du travail. En fait, il y a seulement une condamnation du salariat. Il faut distinguer le concept de travail comme activité vitale, de sa perversion historique : Le travailleur au XIX eme est aliéné, mais cela ne signifie pas que le travail dans son concept soit lui-même aliénant.  Au contraire, il est à la base une activité vitale de l’homme.

 

« Ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche ».Marx,  Le Capital I

Le travail libre est réalisation d’un projet.

 

Le travail aliéné est la perversion du travail, qui rend l’homme comme étranger à lui-même.

Cette perversion s’accomplit dans le cas de la société industrialisée, dans laquelle les tâches sont parcellisées, hyper spécialisées. On rationalise le travail en fonction de la productivité maximale. Ce faisant, on subordonne le travailleur à la production, la production efficace fait oublier l’homme réel derrière la machine.

 

L’importance de la division du travail a été soulignée par un économiste classique, Adam Smith dès 1776. S’inspirant de l’un des chapitres de l’Encyclopédie, Smith décrit une manufacture d’épingles au sein de laquelle les tâches ont été parcellisées et spécialisées entre les ouvriers, source d’une plus grande productivité : c’est la « division technique du travail ».

 

Le fordisme : La phrase qu’aurait adressée Ford à l’ouvrier Michael Johnson Shartle :

« On ne te demande pas de penser ; il y a des gens payés pour cela, alors mets-toi au travail ».

Un ouvrier n’est donc pas payé pour penser mais pour exécuter, les ingénieurs se chargent de penser pour lui.

 

Analyse du salariat par Marx :

La force de travail est une marchandise que le travailleur vend au capitaliste.

La valeur de l’objet produit devient autonome par rapport au travail de l’ouvrier. La valeur du travail reste celle nécessaire à la reproduction de la force de travail. La valeur marchande du produit dépend maintenant du marché dans lequel l’objet produit s’échange. La plus-value sera réalisée par le détenteur des moyens de production.

Aliénation de l’ouvrier par le salariat= perte de son humanité

Le travailleur devient marchandise en vendant sa force de travail (son énergie vitale, sa vie) au patron propriétaire des outils de production.

Ce que je gagne, c’est ce que j’ai accepté de perdre en travaillant.

L’ouvrier doit se soumettre à la machine (cadences)

La machine fait de l’ouvrier une machine sans pensée La paresse n’est dès lors que la protestation non pas contre le travail, mais contre sa version aliénante.

 

 

 Le loisir aliéné

Définitions : Le terme loisir se dit en grec scolè, et signifie étude.

En latin, loisir se dit otium. Le contraire du loisir est le negotium, autrement dit les affaires. L’otium (loisir-étude) est donc désintéressé et libre.

Le loisir au sens premier du terme est temps de disponibilité à soi, non pas un temps vide (vacant) mais un temps où l’on peut se soustraire aux nécessités vitales pour étudier, contempler, rêver, philosopher…

On parlera d’œuvre et non de travail lorsque l’activité (du chercheur, de l’artiste, de l’homme politique…) est libre et désintéressée, et qu’elle vise la connaissance, la contemplation du réel, le bien…

 

Cependant cela n’est pas souvent le cas, et nos loisirs sont loin de cette vision antique. Marx a critiqué le temps de repos accordé avec parcimonie au travailleur : il ne lui sert en fait qu’à trois  choses : à reconstituer sa force de travail pour continuer à la vendre, à se vendre ; à se reproduire et dons à fournir la main d’œuvre future dont le capital a besoin ; à consommer, et donc à « redonner » son salaire au patron qui l’exploite et lui vend ce que lui-même ou d’autres prolétaires comme lui ont produit. Vacances rime alors avec temps vacant, vacuité, vide, lors duquel on fait des choses sans importance.

 

B-    Le travail, la « meilleure des polices »

 

« Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, ce qu’on sent aujourd’hui, à la vue du travail – on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu’un tel travail constitue la meilleure des polices, qu’il tient chacun en bride et s’entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l’amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l’on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l’on adore aujourd’hui la sécurité comme la divinité suprême.

Aurores (1881), Livre III, § 173 et § 206, trad. J. Hervier, Gallimard, 1970.

 

 

IV-             Le travail est un droit de l’homme

 

è A quelle condition peut-on dire que me travail est un droit ?

 

Nous venons de voir que le travail peut être un facteur d’ppression. Pourtant son inscription dans la Déclaration des droits de l’homme semble non seulement nécessaire mais légitime. Il faut dons définir pourquoi, à quelles conditions.

 

Déclaration des droits de l’homme, Article 23 :

1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.

2. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.

3. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale.

4. Toute personne a le droit de fonder avec d’autres des syndicats et de s’affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts.

 

C’est seulement sous sa modalité libératrice que le travail est un droit, mais alors c’est un droit fondamental, un droit de l’homme, puisqu’il fait partie de ce qui fait de nous des êtres humains.

L’homme, avant toute institution politique, a des droits, qui découlent de sa nature. Il a le droit de vivre et de subvenir à ses besoins. Pour cela, il met en œuvre ses capacités: il travaille.

Le travail nous humanise puisqu’il nous lie aux autres dans un monde dont nous partageons les fruits.

Or, chacun étant propriétaire de soi-même (habeas corpus), chacun l’est aussi du fruit de son travail, où il a mis de lui-même. Sans le droit de propriété, fondé sur le travail, le droit de vivre ne serait qu’un vain mot.

On précisera donc bien que ce droit au travail ne s’applique qu’à condition que le travail soit cette activité qui nous permet de nous réaliser individuellement et socialement ; il ne doit en aucun cas s’agir d’un « droit » à l’oppression de l’homme par l’homme  maquillé en droit de l’homme.

Le travail doit au moins en partie inclure la possibilité pour l’individu de faire de son travail une œuvre, dans laquelle il puisse s’exprimer, se reconnaître, être reconnu par les autres, et surtout développer son individualité tout en apportant sa contribution à l’élaboration du monde commun.

 

CCL :

Les discours qui font du travail un devoir moral apparaissent douteux. Si le travail est fondamentalement l’activité la plus essentielle de l’homme, il n’est pas nécessaire d’en faire un devoir, le travail est tout naturel. Si nous le refusons, c’est parce qu’il nous est imposé sous une forme dégradée. De plus, le travail n’est pas fonction de valeurs qui lui sont extérieures. Bien au contraire, c’est par lui que les choses prennent leur valeur. On peut en conclure que le travail n’est pas un devoir, travailler est naturel, c’est un droit fondamental,  il est inhérent à celui d’exister d’abord pour soi.

Travailler, c’est donc accepter la condition humaine dans ce qu’elle a de limité, et en faire une force.              Comme le dit Camus, « il faut imaginer Sisyphe heureux ».

 

« Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l’homme et la nature. L’homme y joue lui-même vis-à-vis de la nature le rôle d’une puissance naturelle. Les forces dont son corps est doué, bras et jambes, tête et mains, il les met en mouvement, afin de s’assimiler des matières en leur donnant une forme utile à sa vie. En même temps qu’il agit par ce mouvement sur la nature extérieure et la modifie, il modifie sa propre nature, et développe les facultés qui y sommeillent. Nous ne nous arrêterons pas à cet état primordial du travail où il n’a pas encore dépouillé son mode purement instinctif. Notre point de départ c’est le travail sous une forme qui appartient exclusivement à l’homme. Une araignée fait des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l’abeille confond par la structure de ses cellules de cire l’habileté de plus d’un architecte. Mais ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit, préexiste idéalement dans l’imagination du travailleur. Ce n’est pas qu’il opère seulement un changement de forme dans les matières naturelles ; il y réalise du même coup son propre but dont il a conscience, qui détermine comme loi son mode d’action, et auquel il doit subordonner sa volonté ».

Karl Marx,  Le capital(1867), trad. J. Roy, Éd. Sociales, 1950.

 

 

Or, en quoi consiste la dépossession du travail? D’abord, dans le fait que le travail est extérieur à l’ouvrier, c’est-à-dire qu’il n’appartient pas à son être; que, dans son travail, l’ouvrier ne s’affirme pas, mais se nie; qu’il ne s’y sent pas satisfait, mais malheureux; qu’il n’y déploie pas une libre énergie physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit. C’est pourquoi l’ouvrier n’a le sentiment d’être à soi qu’en dehors du travail; dans le travail, il se sent extérieur à soi-même. Il est lui quand il ne travaille pas et, quand il travaille, il n’est pas lui. Son travail n’est pas volontaire, mais contraint. Travail forcé, il n’est pas la satisfaction d’un besoin, mais seulement un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. La nature aliénée du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu’il n’existe pas de contrainte physique ou autre, on fuit le travail comme la peste. Le travail aliéné, le travail dans lequel l’homme se dépossède, est sacrifice de soi, mortification. Enfin, l’ouvrier ressent la nature extérieure du travail par le fait qu’il n’est pas son bien propre, mais celui d’un autre, qu’il ne lui appartient pas; que dans le travail l’ouvrier ne s’appartient pas à lui-même, mais à un autre.

Marx, Ébauche d’une critique de l’économie politique. (Pléiade, Gallimard, II. page 60)

 

 

« Je pose en principe un fait peu contestable: que l’homme est l’animal qui n’accepte pas simplement le donné naturel, qui le nie. Il change ainsi le monde extérieur naturel, il en tire des outils et des objets fabriqués qui composent un monde nouveau, le monde humain. L’homme parallèlement se nie lui-même, il s’éduque, il refuse par exemple de donner à la satisfaction de ses besoins animaux ce cours libre, auquel l’animal n’apporte pas de réserve. Il est nécessaire encore d’accorder que les deux négations que, d’une part, l’homme fait du monde donné et, d’autre part, de sa propre animalité, sont liées. Il ne nous appartient pas de donner une priorité à l’une ou à l’autre, de chercher si l’éducation (qui apparaît sous la forme des interdits religieux) est la conséquence du travail, ou le travail la conséquence d’une mutation morale. Mais en tant qu’il y a homme, il y a d’une part travail et de l’autre négation par interdits de l’animalité de l’homme. » Georges Bataille, L’érotisme, 10/18

 

 

« Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, ce qu’on sent aujourd’hui, à la vue du travail – on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu’un tel travail constitue la meilleure des polices, qu’il tient chacun en bride et s’entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l’amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l’on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l’on adore aujourd’hui la sécurité comme la divinité suprême.

Nietzsche, Aurores (1881), Livre III, § 173 et § 206, trad. J. Hervier, Gallimard, 1970.

 

 

 

« Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, ce qu’on sent aujourd’hui, à la vue du travail – on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu’un tel travail constitue la meilleure des polices, qu’il tient chacun en bride et s’entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l’amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l’on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l’on adore aujourd’hui la sécurité comme la divinité suprême.

Nietzsche, Aurores (1881), Livre III, § 173 et § 206, trad. J. Hervier, Gallimard, 1970.

 

 

 

« Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, ce qu’on sent aujourd’hui, à la vue du travail – on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu’un tel travail constitue la meilleure des polices, qu’il tient chacun en bride et s’entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l’amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l’on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l’on adore aujourd’hui la sécurité comme la divinité suprême.

Nietzsche, Aurores (1881), Livre III, § 173 et § 206, trad. J. Hervier, Gallimard, 1970.

 

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