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société individu

Individu, société, échanges

 

L’intégration dans la société implique-t-elle que nous lui sacrifiions notre individualité ?

Mais qu’est-ce qu’un individu ? Peut-il se concevoir en dehors du monde social ? N’est-il pas dépendant de la société dans la mesure où il n’existe en tant qu’individu que par sa relation à la société ? Les sciences humaines, en particulier l’ethnologie, l’anthropologie, la sociologie et la psychanalyse, ont montré à quel point l’individu est tributaire de son groupe social, de l’histoire de son temps et de sa famille.

Société humaine, autrement dit société politique, organisée de manière institutionnelle, l’Etat, la société civile, apparaît comme un compromis entre sociabilité et insociabilité des hommes.

 

 

I-                   Sociétés sans individus, sociétés individualistes

 

 

Société : Une société n’est pas forcément un Etat. Acception la plus large : tout ensemble d’individus dans lequel on constate des rapports réglés et des services réciproques.(on parle aussi de « sociétés animales)

Pourquoi des sociétés ? A la base, intérêts alimentaires, reproductifs, défense /ennemis, mais aussi plaisir d’être avec le « même » (les mêmes, en grec : homonoi. Les hommes, ce sont « les mêmes »)

Spécificité des sociétés humaines : les rapports ne sont pas réduits à la survie de l’espèce ni même de l’individu, pas dus à l’intérêt pur et simple

 

A-    Des sociétés sans « individus » … et sans Etat

 

Le  groupe,  le village ou la « tribu » est plus important que l’individu dans les sociétés sans Etat. On nomme ces sociétés : sociétés holistes, autrement dit dans ces sociétés le tout prime sur les individus. Le Tout est plus que la somme des parties.

Les sociétés holistes sont souvent sans Etat et se caractérisent par l’absence d’individuation, d’autonomie des membres de la communauté : sociétés indivises, sans individualité, sans individus. Le groupe est la seule réalité.

 

Dans certaines sociétés indiennes d’Amérique du sud : Existence d’un chef sans pouvoir décisionnel, d’une société sans hiérarchisation ou domination. Le chef n’a qu’une fonction diplomatique, celle de parler au nom de la communauté.

Ces sociétés sont des sociétés sans division, sans classe, sans pouvoir individuel central et séparé, donc sans Etat. Stables et d’évolution très lente, elles n’ont pas de dimension historique, pas d’écriture.

Avant le Moyen-Age, l’individu ne possédait pas d’identité propre au sens moderne.

«Au sein de la société chrétienne, l’homme n’est pas en relation immédiate avec lui‑même. Il explique sa situation par tout ce qui dépasse le personnel et l’individuel.»

Nous sommes définis par le groupe social avant de nous définir comme individus

Culture, éducation, marquage inconscient, langage…

 


B-    Formation de la notion d’individualité

 

La notion d’individu n’a donc rien d’évident ni de premier. Elle est le fruit d’un long travail historique, débuté sous l’Antiquité, repris par les théologiens du Moyen Age et achevé lors de la Réforme et de la Renaissance.

La Renaissance a rompu avec cette conception holiste de la société et de la personnalité. Puis les Lumières ont valorisé l’individu en tant qu’être distinct ‑ non soumis aux contraintes des groupes familiaux et sociaux qui encadraient sa vie ‑ et protégé par des règles juridiques écrites. L’avènement de l’économie marchande a achevé ce processus.

L’individu et la personne, constituent l’une des originalités les plus fortes de la philosophie et de la civilisation occidentales.

 

La société moderne, une somme d’individus

Individu : désigne principalement un être vivant possédant une unité intérieure, doté d’une certaine autonomie par rapport au tout dans lequel il évolue.

Individu : in- divis, qu’on ne peut diviser, i.e. qu’on ne peut couper de lui-même. Un individu est un élément séparé du reste. Autrement dit, c’est un être indépendant et autonome, ayant des intérêts et des droits éventuellement en opposition avec ceux de la société et de l’espèce (dico hatier).

L’approche sociologique, écrit Lalande, considère l’individu comme « l’unité dont se compose les sociétés ».  La sociabilité est considérée comme seconde par rapport à l’individualité.

 

La société n’est alors rien de plus qu’un agrégat d’individus liés ensemble par leurs intérêts propres. C’est ce que tendrait à montrer la définition la plus générale de la notion de société:

Société : tout ensemble d’individus dans lequel on constate des rapports réglés et des services réciproques.

 

L’individu au sein d’un Etat

C’est seulement dans un Etat que l’individu se sépare du groupe quand il devient « majeur » politiquement, i.e. quand il peut exercer sa pensée librement au sein d’un débat démocratique. En somme, c’est en devenant citoyen qu’on devient capable de participer à l’élaboration des lois qui nous permettent de vivre ensemble comme des sujets autonomes. On pourrait dire que l’isoloir nous fait échapper aux regards et à la pression du « village », et nous permet d’être libres politiquement.

De même que la « liberté des modernes »  crée la sphère privée, elle fabrique le citoyen.

 

Un sujet de droits

La Révolution française a posé que chaque homme possède des droits naturels inaliénables, du seul fait qu’il est individu. Indépendamment donc de tout rapport à la collectivité dans laquelle il est inséré.

 Et c’est l’individu qui, par le consentement qu’il donne, lors de la formation du contrat social fondateur, qui devient la source de tout pouvoir.

 

 On pourra alors poser le problème du lien entre ces individus: s’il se réduit à un lien de type contractuel, on ne pourra parler de société. 

Texte:

« Les croyances dogmatiques sont plus ou moins nombreuses, suivant les temps. Elles naissent de différentes manières et peuvent changer de forme et d’objet ; mais on ne saurait faire qu’il n’y ait pas de croyances dogmatiques, c’est-à-dire d’opinions que les hommes reçoivent de confiance et sans les discuter. Si chacun entreprenait lui-même de former toutes ses opinions et de poursuivre isolément la vérité dans des chemins frayés par lui seul, il n’est pas probable qu’un grand nombre d’hommes dût jamais se réunir dans aucune croyance commune.
Or, il est facile de voir qu’il n’y a pas de société qui puisse prospérer sans croyances semblables, ou plutôt il n’y en a point qui subsistent ainsi ; car, sans idées communes, il n’y a pas d’action commune, et, sans action commune, il existe encore des hommes, mais non un corps social. Pour qu’il y ait société, et, à plus forte raison, pour que cette société prospère, il faut donc que tous les esprits des citoyens soient toujours rassemblés et tenus ensemble par quelques idées principales ; et cela ne saurait être, à moins que chacun d’eux ne vienne quelquefois puiser ses opinions à une même source et ne consente à recevoir un certain nombre de croyances toutes faites.

Si je considère maintenant l’homme à part, je trouve que les croyances dogmatiques ne lui sont pas moins indispensables pour vivre seul que pour agir en commun avec ses semblables. »

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1840, La Connaissance

1) Que désigne ici le terme « croyances dogmatiques »? Est-il employé péjorativement?

2) Expliquez: Si chacun entreprenait lui-même de former toutes ses opinions et de poursuivre isolément la vérité dans des chemins frayés par lui seul, il n’est pas probable qu’un grand nombre d’hommes dût jamais se réunir dans aucune croyance commune.

3) Selon vous, le lien social ne peut-il reposer que sur des croyances dogmatiques partagées?

 

II-                Echanges et lien social

 

A-    L’échange individualiste et égoïste

NB: On se situe ici dans le cadre de la pensée libérale moderne.

Echanger, c’est céder quelque chose à quelqu’un moyennant une contrepartie.

On peut échanger des biens, des services, des symboles, de l’argent. L’échange s’oppose à première vue au don, au service désintéressé. L’échange ne semble donc pas a priori un acte moral, il suppose un calcul, il est basé sur l’égoïsme de chacun. En échangeant avec quelqu’un, je ne cherche pas son intérêt, mais seulement le mien, je cherche donc à obtenir un bénéfice maximum. En cela, l’échange peut sembler contraire aux notions morales, étranger à la recherche du Bien Commun. On a l’impression que c’est le règne du « chacun pour soi ». Comme le dit Adam Smith :

 

« Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger, que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme ».  

 

Si mon client est satisfait de l’échange, il reviendra, il sera fidèle et j’y retrouverai mon compte. Sa satisfaction n’est donc fonction que de mon égoïsme.

 

On voit que les égoïsmes bien compris peuvent constituer de puissants liens sociaux, et une interdépendance qui permet le bon fonctionnement social. En effet, la division sociale des tâches oblige les hommes à échanger le produit de leur travail : nul n’est capable de produire tout ce dont il a besoin par lui-même. L’échange lie entre eux les hommes, chacun a besoin des autres pour vivre. Le lien social reposerait à bien y regarder non pas sur l’amour des hommes les uns pour les autres, mais sur leur intérêt.

 

B-    L’échange tisse les liens sociaux

 

Une société animale ou humaine est un groupe d’individus qui collaborent en vue de leur survie et/ou de la survie du groupe. Leur collaboration vise l’obtention de nourriture, la protection contre les dangers naturels et contre les ennemis, la reproduction.

Les sociétés humaines se démarquent en ce qu’elles sont de vastes systèmes d’échanges : mots, idées, pratiques, biens, guerres, alliances. Une société humaine ne se réduit pas à la simple addition d’individus coexistant en vue de leur survie : elle possède une structure propre, une cohésion. Les échanges élaborent de complexes liens sociaux, et font de la société une entité concrète, dont les individus sont profondément interdépendants et solidaires.

 

 


C-    L’échange entre individus libres et égaux

 

L’échange suppose le libre consentement des participants

Cependant on parlera d’un échange si et seulement si les participants sont d’accord et échangent de leur plein gré. Le chantage, par exemple, ou le racket (« je te laisse tranquille si tu me donnes ta montre ») ne sont pas des échanges. La notion d’échange suppose donc la liberté des participants, leur libre consentement. (Fable du Corbeau et du Renard)

On pourrait lier l’idée d’échange à celle d’engagement réciproque, et donc de volonté libre. De plus, la pratique de l’échange suppose que l’on puisse réfléchir et calculer les conséquences, et donc choisir en toute connaissance de cause : l’échange a donc lieu entre des sujets doués de raison, et qui se reconnaissent mutuellement comme tels. Encore une fois, si ce n’est pas le cas on n’est pas dans une situation d’échange, mais dans la perversion de cette relation : tromperie, escroquerie, arnaque…

On s’aperçoit donc que l’échange véritable a pour base la véracité des participants, ils ne doivent pas mentir, dissimuler, être de mauvaise foi. Sinon le consentement d’autrui étant extorqué, l’autre n’échange pas ses biens en toute connaissance de cause.

 

L’égalité comme condition de l’échange

L’échange suppose bien une satisfaction égale de part et d’autre, que chacun en tire son avantage propre, donc une justice. Si on comprend bien la notion d’échange, on voit qu’elle s’accompagne des notions de liberté et d’égalité, ce qui rapprocherait l’échange d’une notion morale. En effet, si chaque participant trouve son compte dans l’échange, la justice est respectée puisque aucune des parties n’est lésée. Le bénéfice de chacun peut se prendre non pas au détriment d’autrui, mais en fonction de l’utile propre à chacun : je cède ce dont je n’ai pas besoin à quelqu’un pour qui cela sera au contraire utile ; il me donne en échange quelque chose qui ne lui est pas utile alors que cela m’intéresse. Le ressort de l’échange sera donc la négociation, ce qui permet à chaque partie d’ajuster son bénéfice aux désirs d’autrui. On sait que les négociations sont généralement un facteur de cohabitation pacifique entre des êtres qui n’ont pas forcément les mêmes intérêts.

 

Le souci du bien commun et l’amitié entre les hommes

Aristote

 


III-              L’individu, une notion toujours à repenser

 

L’homme a-t-il un penchant naturel à vivre en communauté ?

Faut-il au contraire nier que l’homme soit naturellement un être politique et social ?

D’autre part, le conflit est-il une maladie de la société, ou au contraire le principe de son fonctionnement ?

 

A-    L’individu, entre solitude et vanité du jeu social : les porcs-épics

 

Par une froide journée d’hiver, un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’éloigner les uns des autres. Quand le besoin de se chauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de façon qu’ils étaient ballottés deçà et delà entre les deux souffrances, jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable. Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur propre intérieur, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses qualités repoussantes et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau.

Arthur Schopenhauer, Parerga et Paralipomena

 

Trop proches, on se « pique » aux autres ; trop loin, la solitude nous glace… La solution ? Une solution de moyen terme : la politesse, qui permet de garder une certaine distance tout en évitant la solitude.

 

 

B-    L’insociable sociabilité

 

« Le moyen dont la nature se sert pour mener à bien le développement de toutes ses dispositions est leur antagonisme au sein de la Société, pour autant que celui-ci est cependant en fin de compte la cause d’une ordonnance régulière de cette Société.

J’entends ici par antagonisme l’insociable sociabilité des hommes, c’est-à-dire leur inclination à entrer en société, inclination qui est cependant doublée par une répulsion générale à le faire, menaçant constamment de désagréger cette société. L’homme a un penchant à s’associer, car dans un tel état, il se sent plus qu’homme par le développement de ses dispositions naturelles. Mais il manifeste aussi une grande propension à se détacher (s’isoler), car il trouve en même temps en lui le caractère d’insociabilité qui le pousse à vouloir tout diriger dans son sens ; et, de ce fait, il s’attend à rencontrer des résistances de tous côtés, de même qu’il se sait par lui-même enclin à résister aux autres. C’est cette résistance qui éveille toutes les forces de l’homme, le porte à surmonter son inclination à la paresse, et, sous l’impulsion de l’ambition, de l’instinct de domination ou de cupidité, à se frayer une place parmi ses compagnons qu’il supporte de mauvais gré, mais dont il ne peut se passer [...]. Sans ces qualités d’insociabilité, peu sympathiques certes par elles-mêmes, source de la résistance que chacun doit nécessairement rencontrer à ses prétentions égoïstes, tous les talents resteraient à jamais enfouis en germes [...], dans une concorde, une satisfaction et un amour mutuels parfaits [...]. Remercions donc la nature pour cette humeur peu conciliante, pour la vanité rivalisant dans l’envie, pour l’appétit insatiable de possession ou même de domination [...]. L’homme veut la concorde, mais la nature sait mieux que lui ce qui est bon pour son espèce : elle veut la discorde. »

KANT, Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, Proposition IV

 

 

1)         Expliquez l’expression de Kant : « insociable sociabilité ».

2)         Comment l’antagonisme des hommes peut-il les amener à développer toutes leurs facultés ?

3)         L´homme est-il fait pour la société ?

 

 

C-    L’appartenance à la société ne va plus de soi

 

La pression sociale et la responsabilité politique fabriquent l’individu.

L’individu se crée par intériorisation des contraintes et par différenciation.

D’où le paradoxe indépassable, formulé ainsi par le sociologue Norbert Elias :

 

« Plus sont denses les dépendances réciproques qui lient les individus, plus est forte la conscience qu’ils ont de leur autonomie« . Norbert Elias

 

Nous ne pouvons plus nous fondre simplement dans la société, car elle ne possède plus l’évidence faussement naturelle que les siècles passés lui accordaient. Notre existence au sein du monde social ne va plus de soi, les liens se sont distendus, les normes sont mouvantes et sans cesse en cours de réévaluation. Nous savons que plus rien dans l’ordre social ne peut ni ne doit être tenu pour naturel.

La société n’est qu’une formation de compromis, comme notre individualité elle-même, nous ne serons donc dupes ni de notre soi-disant individualité, ni de la capacité du monde social à nous dire comment vivre.

 

 

 

 

 

 

 

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